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 Sad Songs [PV]

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Aslan le Lion
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MessageSujet: Sad Songs [PV]   Dim 23 Sep - 2:22



Cœur de Lion - Souvenirs, passé, silence.


Il flotte. Dans un univers d'étoiles, de noir et d'infini. Et pendant qu'il dérive, sans savoir où il va et sans avoir envie de connaître sa destination, il pense. Et ses réflexions tournent, ses souvenirs échouent sur les plages de sa mémoire. Au loin, il entends un son doux et clair. Un son mélancolique, comme le plic ploc des jours de brume et de pluie. Un son apaisant et triste qui lui dit de ne pas perdre espoir. Qui lui affirme que quelque part, dans ce monde noir d'étoiles perdues, il existe un foyer pour lui. Un endroit où il pourra se blottir près d'un bon feu, un foyer agréable, au milieu d'autres chats en paix. Ces ruines n'ont pas toujours été sauvages et hostiles, murmure le son devenu une voix - celle de sa mère. Autrefois, nous étions réunis, nous tentions de survivre tous ensemble. Je crois que c'est cela qui me retient. Ce passé si doux, si envoûtant, qui caresse mon cœur d'espoirs insensés que tout puisse redevenir comme avant. Il fut un temps où la guerre n'existait pas, où chaque étoile pouvait briller discrètement dans le ciel, sans se retrouver seule dans l'infini de l'espace. Ce temps est remplacé aujourd'hui par les guerres et la famine. Mais ne perds pas espoir, mon doux enfant, murmure-t-elle encore tandis qu'elle s'éloigne peu à peu dans l'obscurité, ne perds pas espoir et n'ai pas peur, tu finiras par trouver ce foyer que je n'aurais jamais su voir. Et lentement, la voix disparaît, et le son revient, calme et bas. Grave et solennel. Il annonce la mort, l'échec, le désespoir. Et il sait en écoutant ce son qu'il est temps pour lui de partir, partir à la recherche de ce foyer, et ne jamais se retourner.
Mais il commet une erreur. Il choisit de ne plus jamais s'attacher, tout en sachant que c'est impossible. Qu'on finit toujours par rechercher la compagnie des autres, même sans jamais se l'avouer. Que la solitude n'est qu'une illusion que le cœur impose à l'esprit pour le préserver de la douleur et de la folie. Si ce petit chaton à l'âme brisée, enfuit seul avec ce son, cette musique, si terrible, avait pu se sentir entouré, peut-être en aurait-il été autrement. Si seulement il avait pu ouvrir les yeux. Rencontrer ces êtres, que l'on peut parfois se vanter d'appeler des amis, et qui nous entourent chaque jour et chaque nuit de lumière. Ces êtres qui nous laissent savoir qu'on est jamais seuls. Qu'on est aimé. Il aurait pu comprendre que le seul foyer digne d'être protégé, choyé, gardé comme le plus précieux trésor, c'est celui formé par les êtres que l'on a choisit, ceux que l'on aime sans attendre rien en retour, et qui pourtant nous donne un retour si beau que l'on ne peut pas même en pleurer. Sauf que le chaton ne connut jamais cela. Il fut seulement rattrapé par les ténèbres, happé par la glace, la froideur, et suivit par une famille qu'il n'avait aucunement choisit et qu'il n'avait pas encore la force d'assumer. Et il flottait, il flottait encore, dans le noir et l'infini. Et il pleurait. Ses grosses larmes de chatons mouillaient son corps tout entier. Il n'avait pas la force de courir, de se débattre, de chasser l'ombre qui l'engloutissait. Il se sentait terriblement seul, et il avait terriblement peur. Des souvenirs terribles, de guerres, de batailles et de meurtres, remontait en lui à la manière d'une vague amère et salée.
Il n'avait rien pu faire pour elle. Il se sentait si misérable, si lâche, et plus il s’apitoyait sur lui-même, plus il pleurait. A tel point qu'il finit par ne plus avoir de larmes. Et alors ses yeux restèrent secs, et son cœur également devint sec, et froid. Tout devint glacé, il préféra s'oublier, disparaître. Ne restait plus que son quotidien d'étoiles humides et effacées, le paysage obscur dans lequel il vivait, et dans lequel il tentait de se faire accepter malgré tout, silencieusement, sans un mot, sans une parole. Il construisait une bulle autour de lui. Une bulle si chaude, si agréable...
Qui fut percée brutalement. Et il tomba dans le rouge. Le sang. La haine.

Et le rêve explosa.

Cœur de Lion resta immobile sur sa couche de mousse humide et inconfortable. Au dehors de la tanière des guerriers, le cœur de la nuit déployait encore son obscurité sur le camp. Il devait n'avoir dormi qu'à peine quelques heures. Il se leva pourtant, aussi léger et silencieux qu'une brise, et quitta les guerriers endormis pour la fraîcheur nocturne glacée et sa pluie fine. Un ciel noir et sans lune, recouvert d'innombrables étoiles étincelantes, s'étalait au-dessus du camp. Et pour une fois, Léo se remémora son rêve. Différent des autres nuits. Par une seule chose : cette fois-ci, il en ressortait davantage la paix et la mélancolie qu'un quelconque terrible et effrayant cauchemar. Certes, il restait des traces de ce dont habituellement il rêvait, mais cette fois-ci, sans qu'il n'explique pourquoi, il sentait en son for intérieur que cela avait profondément changé. Tout d'abord, il s'éveillait en pleine nuit, au lieu d'être debout plutôt vers l'aube. Et ensuite, ce son... Une musique que jamais il ne pourrait oublier. La voix de sa mère, accompagnée de ce son qu'un vieil humain sortait d'un bout de bois qu'elle appelait Violon. Le vieil humain avait finit par s'endormir pour toujours, le violon avait pourrit, et sa mère était morte à son tour. Mais jamais il n'oublierait ce chant, et cette plainte tourbillonnante, grave, changeante, mélancolique que les chats des ruines écoutaient le soir et que certains accompagnaient en miaulant. C'était la première fois qu'il rêvait du chant de sa mère et du Violon. Et aussi la première fois qu'il rêvait du ciel noir et étoilé, un ciel semblable à celui qu'il avait au-dessus de lui, en cette nuit froide. Car il faisait de plus en plus froid au fur et à mesure que l'automne approchait. Et de plus, la tempête récente ainsi que la soudaine absence d’Étoile des Neiges ne faisait qu'augmenter les inquiétudes. Léo pensait surtout aux anciens, particulièrement à Pelage d'Automne, un chat très croyant pour qui tout cela ne présageait rien de bon. Cœur de Lion croyait lui aussi en ce cinquième Clan, tout d'abord par opposition ferme et pure à son père et son frère aîné qui ne croyaient en rien, mais également parce que les croyances de sa mère, et de sa terre originelle - les ruines d'une ville lointaine où règnent les chats errants - se fondaient sur une base commune avec les croyances des Étoiles et des esprits célestes. Pour ajouter à cette harmonie, Cœur de Lion avait été amené si petit au Clan du Vent qu'il en avait parfaitement adopté et assimilé les coutumes, faisant de lui un membre (bien qu'invisible et discret) bel et bien fidèle au Clan. Et bien qu'il ne l'admettra jamais, il aimait chacun de ses membres plus que sa propre vie. Il croyait donc au Clan des Étoiles même s'il ne les priait ni ne les vénérait pas, simplement il se sentait apaisé par l'immensité étoilée, et s'il ne comptait pas sur eux pour protéger le Clan, au fond de lui-même il gardait la certitude que les morts, braves guerriers, reines ou chats errants des villes, rejoignaient tous les étoiles pour le grand voyage et les grandes chasses parmi les étoiles, où tout n'est que paix et où plus rien n'a d'importance.

Une brise effleura la nuque de Léo et il frissonna de toute son échine. Il n'aimait pas ces changements qu'il sentait naître en lui, et encore moins l'affaiblissement de sa bulle de solitude. Il souhaitait retrouver sa tranquillité et que chacun oublia son nom. Cependant, rien n'était aussi simple et il le savait. Son père et son frère ne lui laisseraient jamais l'occasion d'oublier, d'être oublié. Museau Gris non plus, bien que ce fût là une autre histoire d'un tout autre niveau. En effet, ce guerrier blanc tacheté de gris, depuis le sauvetage de Petite Peinture ne le lâchait plus d'une semelle. Chaque fois, Cœur de Lion tentait à nouveau de s'esquiver, mais Museau Gris ne le laissait jamais aller seul et finissait toujours par venir le voir et lui parler de tout et de rien, de choses inintéressantes, d'exploits sans importance. Cœur de Lion avait beau être désagréable avec lui, Museau Gris était si déstabilisé lorsqu'il le faisait que Léo n'avait plus l'envie de le renvoyer. Et il finissait par céder à ce comportement dégoulinant de "bons sentiments" et de gestes "amicaux", qui achevaient toujours de l'horrifier et de lui faire regretter d'être venu. Sans l'admettre pourtant, Cœur de Lion finissait par s'attacher à Museau Gris, et sans se l'être dit ni entre eux ni à eux-mêmes les deux félins pouvaient bien être devenus amis. Cœur de Lion restait toutefois trop farouche pour qu'une véritable entente sincère ne se profilât, et les choses stagnaient donc ainsi, entre deux. Jusqu'à cette nuit-là. Sortit de son rêve si différent de ceux habituels, Léo s'assit au milieu du camp, contemplant les étoiles blanches et leur doux scintillement. Une silhouette de guerrier alors se glissa près de lui. Aussi silencieux, discret et réservé que Cœur de Lion l'était. Comprenant que ce ne pouvait être Museau Gris, il se tourna vers le nouveau venu. Un guerrier moyennement imposant, le pelage blanc et noir, aux magnifiques yeux verts clairs, le fixait d'un air calme et intelligent. Il s'était assis à ses côtés sans un mot, avec une réserve sage et respectueuse. Lorsque Cœur de Lion le fixa à son tour dans les yeux, le guerrier, nommé Constellation du Passé, esquiva le croisé des regards et leva la tête vers le ciel étoilé. Tous deux restèrent ainsi, silencieux et songeurs, pendant de longues paisibles minutes. Ce fut, à son grand étonnement, Cœur de Lion lui-même qui rompit le silence.

"Il paraît que l'on se ressemble, toi et moi.

- Il paraît, répondit calmement Constellation du Passé, sans rien ajouter de plus."


Et un autre moment de silence passa.
Jusqu'à ce que Constellation du Passé ne rompe le silence à son tour.

"Tu sais, il n'est pas méchant."

Cœur de Lion comprit immédiatement à qui il faisait allusion, puisque cela suivait le cours de ses propres pensées, et il eut un sourire discret et d'un amusement doux, serein - comme il n'en avait pas eu depuis longtemps.

"Juste un peu collant, en effet."

Et ce fut à Constellation du Passé de sourire ainsi à son tour. Les deux mâles s'appréciaient sans avoir besoin d'échanger plus que ces quelques mots. Leur amitié commune à Museau Gris, et cet étrange caractère qui les liait tous deux, et ce silence, et ce paysage nocturne paisible et silencieux : c'était tout ce qu'il leur fallait pour s'accepter.

"Les étoiles me semblent lointaines, ce soir, murmura Cœur de Lion.

- Plus lointaines et plus tristes qu'on ne saurait l'imaginer, confia le félin bicolore. Parfois, je me dis que je connais leur solitude.

- Et d'autres fois, qu'elles en savent plus sur toi que tu ne pourras jamais savoir toi-même. Oui, je comprends cela."


A nouveau, le silence fut maître, et leurs pensées dérivèrent.

"Crois-tu qu'il faille s'inquiéter des signes ? demanda Constellation du Passé, fervent croyant comme le découvrait Cœur de Lion.

- S'il fallut s'en inquiéter, nous ne pouvons de toute façon rien faire en nos qualités de guerriers, affirma doucement Léo. Il faut avoir confiance en Étoiles des Neiges et en notre guérisseur, ils sauront revenir à temps et nous avertir.

- Tu as sans doute raison. Je ferais mieux d'aller dormir, et toi d'en faire de même. Ce sera une journée longue et fraîche, aujourd'hui.

- Je pense aller faire un tour avant le lever du jour, répondit sincèrement Cœur de Lion sans éprouver le besoin de se justifier."


Constellation du Passé ne le jugea point et lui souhaita bonne route. Ce guerrier se glissait doucement, discrètement dans votre vie, sans que vous ne vous sentiez en intrusion, et cela était tellement agréable. Cœur de Lion estima qu'il pouvait tolérer la compagnie de ce guerrier calme et intelligent; ce fut cela par la suite qui l'amena à accepter de plus en plus Museau Gris également, mais cela est une autre histoire. Cette nuit-là, donc, Cœur de Lion s'aventura hors du camp. Il déambula dans les terres du Clan tout d'abord, pour une patrouille de routine dans les fraîches et délicieuses lueurs du soir, en compagnie du givre et de la buée de son souffle, ses pas sur l'herbe humide et le vent dans son pelage pour seule musique. Sa fourrure, d'une sublime couleur gris clair tigrée, prenait des teintes argentées sombres en cette paisible obscurité. Et ses yeux émeraudes s'assombrissaient tant et si bien qu'ils prenaient une couleur semblable à l'herbe qu'il foulait d'un bon pas, énergique et aéré. Après qu'il eut fait le tour des terres, et que la nuit commença de s'éclaircir dans une brume feutrée et opaque, rendant le ciel bleu foncé et les étoiles légèrement effacées, il continua son chemin hors du territoire du Clan, vers les terres libres. Lorsqu'il arriva aux Quatre Chênes, l'odeur délicate de la rosée commençait à se faire sentir, et le ciel de blanchir et les oiseaux de chanter leur mélodie matinale presque silencieuse. Le paysage prenait des teintes mystérieuses, douces, et tellement agréables à regarder que Cœur de Lion resta debout là, au milieu des arbres géants et centenaires, si vieux qu'ils laissaient apparaître l'insignifiance des choses de la vie. Et l'aube donna, vers l'est, une teinte rosée, violacée et orangée au ciel blanc si pâle et si brumeux, si bien que toute l'humidité du monde parut scintiller et, si Cœur de Lion en connaissait la signification, le mot fées lui serait certainement venu à l'esprit en voyant toutes ces gouttes lumineuses voleter autour de lui, ou briller sur les plantes vertes, ou étinceler sur l'herbe fraîche et jaune.

Il baignait dans un état de paix et de bien être lorsque quelqu'un se montra.



PNJ Joué

MUSEAU GRIS
♠ Guerrier du clan du Vent
Mâle de taille moyenne blanc tacheté de gris aux yeux verts foncés.


[center]
PNJ Joué

CONSTELLATION DU PASSE
♠ Guerrier du clan du Vent
Mâle blanc tacheté de noir aux beaux yeux verts clairs.


____________________________________________

Aslan le Lion.
« A force de traîner un espoir, on finit par l'user. »

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Shaé des Abysses
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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Jeu 27 Sep - 23:03



     « On finit par survivre, on n'oublie jamais, la douleur est toujours tapie au fond de notre coeur. Mais on fini pas survivre. C'est ce que je fais depuis toutes ces années et je t'apprendrai à le faire. »

    À quoi rimait sa vie ? Ça n'était qu'une enchaînement d’évènements, elle évoluait, réel électron libre, dans cette vie qui n'était pas faite pour elle. Tout se répétait, elle s'attachait, on la laissait. Elle espérait intérieurement un retour pendant un moment, puis abandonnait tout espoir, tirait un trait sur la passé et là... Là, la personne disparue refaisait surface comme pour lui rappeler que le passé est immuable, qu'elle était incapable de l'oublier, même avec toute la volonté du monde. Alors, elle avait ce réflexe, elle rejetait l'individu qui osait revenir après des mois passés dans l'oubli le plus total. Elle ne voulait pas du pardon, pas de ces excuses qui au final, n'effaçaient rien. Qu'est ce que cela voulait dire ? Il suffisait donc de partir quand tout allait mal et revenir plus tard, en espérant qu'un simple '' je suis désolé '' pouvait tout changer ? C'était impossible, elle ne pouvait pas. Alors, elle faisait tout pour s'éloigner. Ne pas s'attacher, n'était-ce pas là la clé pour éviter toute souffrance ? Elle en avait déjà bien assez de devoir supporter quotidiennement la douleur qui l’oppressait. Lorsqu'elle songeait à sa famille, elle ne pouvait penser qu'à la haine, au sang versé. Cette famille était détruite, elle avait été vouée à l'échec dès le départ, un père du Vent, une mère de l'Ombre, comment avaient-ils put penser que tout irait bien ? Comment avaient-ils put être si inconscient ? Ça n'aurait jamais put marcher. Cette enfance volée, était-ce cela qui l'avait empêché de croire au bonheur ? Abysse de l'Oubli était brisée. L'assassin retint un soupire. Elle avait conscience de cette fêlure en elle. D'ailleurs, elle n'avait jamais sut comment y remédier. Comment se construire quand rien n'avait jamais été stable autour d'elle ? Elle avait choisit le Clan de l'Ombre pour suivre les traces d'une mère inconnue qui, la seule fois où elle l'avait vu, avait tenté de la tuer. La rouquine serra les crocs. Elle avait été si naïve. Elle s'en voulait maintenant, d'avoir crut vouloir être proche de sa génitrice. Elle ne voulait pas lui ressembler. Ni à elle, ni à Cœur de Miel, ni à Prince d'Ambre ni à qui que ce soit. Pourtant, une phrase de son oncle se répétait en boucle dans sa tête... Ne lui avait-il pas dit qu'elle leur ressemblait à lui et Saphira ?  « Regarde-les, jeune assassin, tu vis dans le mensonge depuis trop longtemps. Ta vie, je le vois, n'a pas de sens. Sache qu'il est possible de ne pas éprouver la douleur que tu éprouves. Sache qu'il est facile d'éteindre cette part de souffrance qui règne en toi » C'était ce que sa mère lui avait murmuré. C'était si tentant. Elle se répugnait à accepter autant de facilité mais en mourait d'envie. Comme il lui serait simple d'être comme eux. C'était vrai. Sa sœur lui avait beau dit, un jour, de se garder des chemins sombres, elle s'était déjà bien trop aventurée au delà pour faire demie tour. L'Ombre elle y avait progressé, elle était Ombre, elle ne pouvait pas s'imaginer sillonnant les chemins lumineux qu'elle pensait réservés aux autres. Bien sur que sa vie n'était que mensonge, elle le savait depuis bien longtemps.

    Abysse de l'Oubli était assise juste à côté de la Source. Elle regardait la lune caressant la surface tranquille de la Source, de son léger reflet, jouant avec les couleurs de la nuit, teintant l'eau d'un doux éclat argenté. Elle n'était plus mentor. Quelques jours s'étaient écoulés depuis la nomination de Cœur de Lierre. Il était assassin désormais lui aussi. Il n'y avait pas d'apprentissage sans Envol. Sinon à quoi cela servait-il ? Elle ne voulait pas le façonner à son image, elle voulait lui donner les grandes bases, lui apprendre ce qu'il devait savoir et le laisser filer sur la voie des assassins à son tours. Lierre l'avait eut, son Envol, du haut du promontoire. Le meneur lui avait donné son nouveau nom, le Clan l'avait repris en criant. Il avait eut son moment de gloire, mérité après des lunes d’entraînements. Le souffle du Vent la tira de ses pensées en caressant avec douceur son flanc. Elle avait à peine dormit cette nuit là. Et comme tous les assassins, elle avait fait ça hors du camp, profitant encore de la douceur relative de la saison pour dormir à l’extérieur. Elle avait passé du temps à observer les étoiles et peinait encore à décrocher son regard du ciel, immensité presque noire, éclairée faiblement par l'astre nocturne, accompagné de sa multitude de nuée de points lumineux. L'ambiance était tendue au Clan. L'annonce du rêve du meneur n'avait rien arrangé. Et malgré le fait qu'il ait dit laisser une seconde chance à Virée Nocturne, les conversations à son sujet allaient de bons train. La rouquine savait ce que devait ressentir le fils du l'assassin, l'ayant elle même vécu. Pourtant, elle ne parvenait pas à en vouloir à son mentor. Elle gardait cela pour elle, comme tout d'ailleurs. En soupirant, elle songea à Souffle de Mort, revenu peu de jours auparavant, enseignant à son tours, de la fille du Chef. Comment pouvait-on lui faire confiance ? Et dire qu'il lui avait déclaré sa flamme. Elle était incapable d'accepter des excuses, comment avait-il put croire qu'elle serait prête à lui donner toute sa confiance et bien plus encore ? Elle ne voulait pas reproduire la catastrophe qu'avait été l'amour entre ses parents. Le mistral reproduisit sa caresse, comme un appel, comme s'il lui disait de ne plus s'occuper de tout cela, d'oublier.

    L'assassin se releva. Abysse dégageait une aura sombre, chargée de mélancolie, et de douleur parfois comme ce soir là. La souffrance lui nouait la gorge, lui brûlait le ventre. Elle avança. Laissant ses pas la guider, elle ne se soucia pas de sa destination. Elle essaya d’apprécier l'instant présent sans grands résultats. Elle découvrit non sans surprise qu'elle se dirigeait vers les Quatre Chênes. L'aube commençait à briser la noirceur de la nuit, l'assassin évoluait avec discrétion, dans le silence le plus parfait. Elle huma l'air aux abords de la Clairière... Le Clan du Vent. Elle avait l'impression que tout tournait autour de ce Clan. Elle y était née et depuis elle continuait à être souvent en présence de membres du Vent. Sans savoir vraiment pourquoi. Abysse de l'Oubli ressentait une grande lassitude. À l'aube de sa vie, elle se sentait déjà épuisée. Pourtant, Lierre lui avait fait remarqué qu'elle était jeune. Elle avait la vie devant elle. Mais elle n'en voulait pas. Elle était belle et le serrait d'autant plus si son visage n'était pas si indifférent, son regard bleu si impassible et glacé. Elle donnait l'impression de ne rien ressentir. Mais c'était pire que ça, en elle, c'était le néant, elle était détruite mais continuait à avancer, sans savoir pourquoi. Finalement, Abysse de l'Oubli vit la silhouette dont elle avait précédemment remarqué le parfum. Il était là. Plutôt grand, il la dominait de quelques centimètres, son pelage était un mélange entre un gris clair et un plus foncé. Elle s'approcha encore et distingua son regard vert émeraude, différent de celui de son ancien apprenti, un peu plus pâle peut-être, mais terriblement attirant. Ses pattes étaient larges, il était bien bâtît. Sortant de sa contemplation, l'assassin daigna finalement se montrer. Elle se trouvait là, dans ce lieu si méprisé. Elle n'aimait pas les Quatre Chênes. C'était l’emblème d'une période révolue, celle où aucun clans n'était hérétique, où tous étaient aveuglés par une croyance excessive en un Clan dit supérieur. Elle reporta son attention sur l'inconnu, plongea son regard bleu dans celui, vert, du guerrier gris, incapable de s'en détacher. Elle n'avait aucun idée de qui il était, aussi demeurait-elle mine de rien, toujours attentive à ses moindre mouvements. Elle avait néanmoins l'impression d'avoir brisé une certaine paix. Sans qu'elle ne cherche à les arrêter, les mots surgirent.

     « Je suis désolée d'avoir... brisé votre harmonie. »

    Sa voix froide avait quelque chose de posé. Elle souffrait encore mais, sans qu'elle ne sache pourquoi, elle n'avait pas envie de partir de cet endroit. Pourtant, elle avait terriblement mal. Quelque chose dans cet inconnu l'intriguait presque. Peut-être était-ce son regard. Elle demeura immobile, dans l'attente d'une réponse incertaine.

____________________________________________

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Aslan le Lion
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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Sam 29 Sep - 1:49



Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris,
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.


« Mon rêve, je le tenais dans mes bras, et il était mort. »


Il pensait à sa mère. Dans cette matinée si délicate, si pure, les couleurs renversées dans l'est du ciel, il songeait au visage d'Evangéline la damnée. Une pellicule de gouttelettes étincelantes couvrait la bruyère autour de lui. Cette poussière blanche brillant à la lumière de l'aube était en fait, des toiles d'araignées couvertes de rosée. Les fins ouvrages des dames noires, tissées durant la nuit, laissait apercevoir la beauté et l'éphémère de la vie, cette fragilité si envoûtante, cet art d'exister et d'entreprendre. Peut-être ces toiles représentaient aussi la mort, le piège. Deux versants d'une même histoire, deux oppositions fondamentales. Les ténèbres se cachent dans la lumière la plus éclatante. Et dans les ombres les plus noires peut exister cette envie de briller. Oui, dans cette aube, naissance mortelle, Cœur de Lion contemplait le temps qui passe et son insignifiance. Cette paix en lui, ce bien-être, ne venait que du savoir fragile que le silence et que ces arbres centenaires vivaient avant lui et vivront encore après lui. Il aimait ces lieux imposants, écrasants de sérénité, dans cette atmosphère figée et mouvante du soleil levant. Rien ne semblait pouvoir briser cette quiétude lasse et éternelle, cette harmonie des Quatre Chênes, symboles anciens d'une union déchue. Pas même lui ne pouvait exister en ce confins du monde, et rien ne lui plaisait plus que de s'oublier. Tout oublier. Et dans les jeux de l'obscurité et des rayons pâles d'un soleil endormi, Léo caressait la brume et la rosée, se fondait en elles, et disparaissait simplement. Seul un souvenir subsistait : ce visage, cette blancheur immaculée qui lui souriait, et que jamais plus il ne pourrait revoir. D'un yeux d'un vert si sombre et pâle qu'ils semblaient fait d'une herbe venue des étoiles. Sa mère, condamnée, pour le simple fait d'avoir aimé la paix et la vie, d'avoir regretté le passé. Si l'on ne voulait souffrir, il ne fallait s'attacher. Car alors nos natures profondes et ténébreuses se découvraient, et ses sentiments qui s'attachaient et se bousculaient en nous, finissaient par nous dévorer. Et lorsque nous avions tout perdu, un temps nous nous déchainions, le temps d'après nous pleurions, et lorsque de nos corps furent éteintes toutes larmes, nous ne faisions qu'attendre et n'être plus rien. Voilà pourquoi Cœur de Lion se sentait si bien ici. Car en ces lieux, il avait le droit de ne plus rien être, cela semblait normal, naturel. En ces lieux, ne plus exister semblait facile, la plus judicieuse chose à faire. Mais évidemment cela ne pouvait être aussi simple. En s'oubliant, il ne faisait que ramener à sa mémoire des souvenirs qui ne peuvent se laisser oublier, qui sont trop possessifs de l'âme de leur hôte pour ne plus être. Et ainsi le visage de sa mère, incessant, revenait à sa conscience; plus il s'oubliait, plus les traits devinrent nets, plus le sourire devint doux et réel. Il se rappelait chaque contour, et chaque détail de l'histoire... Baissant les yeux sur ses griffes, il y vit presque le sang qu'il avait versé. Pourquoi être né en ce monde ? Pourquoi rester ici, pourquoi continuer de vivre ? Oui. Oui, il serait facile de se laisser aller à mourir, et plus facile encore de se laisser aller aux ténèbres, tout comme son père et son frère aîné, trop lâches pour mourir et trop cruels pour vivre d'eux mêmes. Il serait si évident de suivre leur chemin. De tuer sans vergogne, comme il l'avait déjà tant fait, de tuer pour vivre et de vivre pour tuer. S'amuser à blesser les autres, les écraser, devenir froid et glacial plus encore qu'il ne l'était déjà beaucoup, et de devenir un mercenaire. Un assassin. Un serviteur de l'ombre, un jouet se jouant des ténèbres. Mais deux choses retenaient Léo plus fermement que toutes les chaînes : les regrets et la haine. Regret pour sa mère et tant des siens, soi disant ennemis. Haine de ces vils créatures qui se disaient sa famille, de ces cloportes, ces lâches moins dignes que des insectes. Oui, oui, tous leurs beaux discours, et leurs belles paroles sur l'honneur, la noblesse, ou encore sur la vanité et les délices de l'ombre. Oui, oui. Mais n'était-ce pas seulement des discours ? Et ici, aux Quatre Chênes, ces être de paroles vaines n'étaient-ils pas simplement écrasés par le silence ? Un silence puissant, imposant, véritable. Voilà où se trouvait la vraie dignité. Dans l'aube naissante, la nuit mourante, le silence et l'immuable paix de ces lieux interdisaient ces vains et inutiles discours. Des paroles, que des paroles. Des excuses, des arguments, des plaidoiries. N'importe. Ici, seul le silence était maître. Seul le silence était dieu.

Paix, bien-être. Une apparence venue de l'oubli. La conséquence de savoir que l'on est insignifiant. De s'arrêter dans la course de la vie, de la survie, et de tout à coup comprendre que l'on a le droit d'être rien, que c'est une chose naturelle. Comprendre que ces arbres survivront, eux, et que nos années-secondes ne sont rien d'autres que des points dans l'univers du temps. Un autre souvenir lui revint, venu de plus loin encore que le visage blanc de sa mère, lorsqu'une douce odeur vint à lui par la brise de l'est. Ce souvenir était celui d'une musique. Il l'ignorait, mais c'était la musique de sa venue au monde. Un mot lui vint à l'esprit : piano. Si lui était un violon, l'odeur délicate qui s'approchait ne pouvait être qu'un piano, cette musique si triste et si lointaine, cette berceuse endormant pour toujours. Où était-il né ? Comment pouvait-il se souvenir de cet instrument, de cette mélodie ? Nul ne le sait plus à présent. Nul ne le saura jamais, et ce fut mieux ainsi. Car alors Cœur de Lion pût simplement se remémorer cette musique qui planait dans son âme, le transportait, et il allia inconsciemment ce piano à la personne qui s'approchait. Et en effet, le parfum léger venant de l'est, qu'il reconnût peu à peu comme celui d'un membre du Clan de l'Ombre, s'approchait des Quatre Chênes. Lentement, Léo se retourna vers l'est, vers le ciel coloré, et il attendit. Quelque chose dans les éclats de la lumière faisait que cette partie de la forêt d'où venait l'inconnu était dissimulé dans l'ombre, et que quelques pas plus loin, des rayons orangés et contrastés de noirs et de violets sombres rendaient le paysage d'un goût mauve. Les toiles, plus nombreuses de ce côté est, formaient comme les minuscules étoiles d'un ciel renversé. Et tout semblait beau et immuable lorsque, cachée jusqu'à présent, elle surgit enfin. Silhouette fine et feutrée, son pelage roux et crème s'incendiait dans l'éclat du jour naissant. Elle se révélait à lui comme une ombre naît sous la lumière, et intrigué, Léo ne refusa pas sa présence. Sur son visage, il pouvait lire des marques semblables aux siennes, de souffrance, de silence et de lassitude. Son regard bleu glacial, impassible, témoignait pour elle de tout ce qui ne pouvait que se taire. Leurs regards plongèrent l'un dans l'autre et les yeux émeraudes de Léo la fixèrent de cet air profond, puissant, et ténébreux qui ne le quittait jamais. Cœur de Lion pensa qu'il fût possible qu'ils se comprennent, mais gardait un sentiment d'étrangeté, de distance, de méfiance. Qui était-elle ? Attentif, il l'observait en silence, sans le moindre mot. Elle semblait construite de silence et d'ombre. Il ne trouvait pas d'autre adjectifs pour la qualifier, sur le moment, que belle et ténébreuse.

« Je suis désolée d'avoir... brisé votre harmonie. »

Léo resta coi. Tranquille et silencieux, il ne trouva pas besoin immédiat de briser ce moment. Des excuses ? Une harmonie ? Peut-être. Peut-être cependant, il ne pouvait s'empêcher de penser que le pardon n'avait pas lieu d'être ici, et que son insignifiante harmonie qui s'achevait était de toute façon destinée à être éphémère. La paix et le bien-être, peu importait lorsque l'on était rien, et si le silence devait s'achever alors que l'aube montait dans le ciel et que les oiseaux commençaient à chanter, alors autant qu'il s'achève immédiatement avec ce hasard. Cela l'indifférait d'être troublé dans cet oubli évanescent de sa condition : et, s'il était farouche et solitaire, la surprise de trouver cette étrangère calme dans cette aube fraîche et nouvelle lui imposait le silence et le respect. Comment en vouloir à une ombre, à un visage si froid, à des yeux si bleus ? Solitaire et silencieuse, voilà ce qu'elle était. Léo pensa à Constellation du Passé, puis chassa cette image. Elle ne lui ressemblait pas vraiment. Quelque chose de différent émanait d'elle, sans qu'il ne puisse dire pourquoi, quelque chose de triste, de dur et de brisé. Un peu comme lui. Un peu. Et, indifférent aux querelles et aux guerres stupides, Léo ne la chassa pas. Il ne l'aurait fait que si elle avait portée atteinte à son Clan, comme le solitaire arrogant d'un autre jour. Fidèle, solitaire, silencieux, mais pas hostile. Bien qu'il ne l'admettrait jamais, Léo se révélait peut-être de plus en plus sociable - quoique chaque nuit les ténèbres ne le dévorent un peu plus. C'était peut-être de plus en plus l'inverse, peut-être devenait-il si froid, si distant, si indifférent que sa raison ne se soit ankylosée, et qu'il laissa faire les démarches de son esprit dans une complète attitude détachée. Ce n'était pourtant pas tout à fait cela encore. Car malgré tout, il s'accrochait, il s'accrochait aux lueurs qui pouvaient le retenir de sombrer dans l'abysse de l'oubli. Que ce fût un visage, des sentiments ou une rencontre inattendue, la vie lui réservait encore de ses tours qui vous vont savoir que vous êtes réveillés et bien vivants. Même si c'était dans l'éternelle souffrance, des cendres soufflaient encore en lui leur désir de se rallumer et de consommer la vie. Même que ce fût dans les ténèbres, il restait vivant, il ne mourrait pas. Jamais il ne disparaitrait. Promesse immuable de vie, tout comme ces arbres, même s'il était insignifiant, il ne partirait pas si facilement. Il resterait présence silencieuse, mais présence tout de même. Même s'il se révélait inutile à son clan, même s'il ne se liait à personne, toujours est-il qu'il vivrait et agirait pour son clan, et pour sa propre fierté. Il continuerait de se battre pour ne pas être rabaissé à l'état de lâche se complaisant dans de si simples et si évidences ténèbres. Car il est plus difficile, contrairement à ce que l'on pourrait croire, de se maintenir dans une hypothétique lumière lorsque l'on est si effacé, si discret, et que l'on souffre tant. Mais c'est cette souffrance qui forge le mieux les esprits forts, ceux qui se contentent de plier, de tomber, jamais de sombrer ou de céder. Et ces esprits-là se relèvent, même pour une vie qui ne rime à rien. Ceux-là, les âmes les plus douloureuses, tiennent leurs promesses et en connaissent la valeur. On ne les voit pas, mais ils sont là, présents, solides, ils se glissent dans l'ombre, se muent derrière vous, en silence, et vous protègent, vous aident à construire la lumière qu'il vous faut. Si sa famille n'était qu'hypocrisie, mensonges et discours, il ne l'avait pas choisi. Il pouvait se contenter d'être différent, il aimait cela. Différent. A part. Jamais inclus. Lui, il serait silence là où eux ne sont que vaines paroles. Et il se choisirait sa propre famille, son clan, patrouilleur silencieux, ou resterait solitaire à jamais. Les moqueries, les railleries, tout ces mots qui pouvaient le rabaisser, qu'importait ? Le temps effacerait ces traces comme le vent balaye d'insignifiantes poussières, et il mourra avec elles. Ils mourront tous. Pourquoi devrait-il être comme eux, à tellement craindre la mort qu'ils leur faut la donner sans réfléchir pour s'en croire maître ? Il ne voyait pas l'utilité d'être maître de la mort ou maître du temps. Savoir qu'il pouvait simplement les contempler, se savoir insignifiant face à eux, le confortait. Car s'il était insignifiant, alors toute sa souffrance, ses regrets, et sa haine l'étaient tout autant.

Une brise souffla doucement sur les deux félins et emporta l'instant de leur première rencontre au passé, ainsi que ses réflexions, et alors seulement, Cœur de Lion répondit à la froide étrangère. Sa voix ressemblait à la sienne, tout aussi posée et calme, mais plus chaude, plus grave, et aussi plus lointaine.

"Il y a, quoi qu'il arrive, toujours une dissonance dans mes tableaux."

Sa façon d'exprimer en une phrase, courte et ambiguë, qu'il acceptait ses excuses et considérait même qu'elle n'avait point à en formuler. Il plongea son regard, vert profond, dans celui de la rouquine et attendit sans trop savoir quoi.

[Wouah... ton rp m'a trop inspirée xD]

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Mer 3 Oct - 22:17



     « La vie ne souffre d'aucune logique ; La vie est l'expression même de l'incohérence et de l'absurdité. »

    Ce regard... Il éveillait des milliers de sentiments en elle, sans qu'elle ne cherche à les analyser, à les détailler. Cet inconnu dégageait quelque chose qui lui était familier. Peut-être était-ce la souffrance qu'elle pouvait lire malgré tout dans son regard. Alors que son regard se détachait presque à regret du guerrier du Vent, Abysse de l'Oubli songea à sa famille. La déchirure qu'elle avait pressentie lors de cette rencontre à la Frontière s'était enfin révélée au grand jour. Elle n'était plus rien. Soleil Couchant d'abord était venu la voir, lui annonçant son départ. Il avait été perturbé par ce qui s'était passé ce jour là. Mais la rouquine n'avait sut supporter ses énièmes jérémiades, elle l'avait rabroué avec force, lui intimant de se montrer vraiment fort à son tour lui aussi. D'être le pilier un peu, pour que ses épaules puissent cesser de souffrir de tout le poids qu'elles supportaient. Mais son frère était parti, et dans son regard, elle avait lu que c'était la dernière fois qu'elle le verrait. Elle avait gravé dans sa mémoire l'expression, les traits de son visage. Jamais elle n'oublierai la peine qu'elle avait remarqué dans ses yeux quand il avait compris qu'elle n'aurait aucun geste d'affection. Elle n'avait jamais eut l'occasion de lui dire qu'elle l'aimait et que si elle imposait ces barrières c'était pour le protéger de l'ombre qui la dévorait, contre qui elle luttait chaque jour. Il ne l'avait sans doute jamais compris et garderait à jamais le souvenir de cette sœur froide qui était incapable d'aimer. Peut-être était-ce mieux, les adieux avaient étés moins douloureux. Puis, Cœur de Miel était à son tour venu la voir. Elle n'avait même plus réussi à ressentir de la surprise lorsqu'il lui avait annoncé son départ. Il avait prétendu partir pour retrouver Soleil Couchant et le ramener. Comment croire à un retour définitif, à une famille unie et soudée ? Cette famille n'était qu'une chimère, jamais elle ne serait unie, chacun était brisé à sa façon. Qu'il s'en aille ne l'étonnait plus. Elle ne parvenait pas à savoir ce que ça lui faisait, c'était confus. Lorsque Âme Abyssale était venue elle aussi à sa rencontre, l'assassin avait compris. Ils la laissaient tous. Elle aussi allait partir. Et même les mots que sa sœur lui avait offert n'étaient plus assez forts pour guérir la blessure qui s'accentuait à chaque départ. Elle partait retrouver Cœur de Miel, mais elle lui avait également avoué que son amour pour Rêve Mystérieux alors qu'elle était guérisseuse était une cause, qu'elle préférait s'en aller. Elle lui avait dit combien elle l'aimait mais la femelle de l'Ombre arrivait à douter de tout désormais. Ils étaient tous partis. Même Soleil Couchant qui depuis toujours avait été là. Elle était seule, définitivement. Finalement, peut-être n'avait-elle plus de liens avec le Clan du Vent. Et même avec qui conque de sa famille puisque Prince d'Ambre avait soudainement simplement cessé d'exister, il s'était évanouit dans la nature et elle ne l'avait plus vu depuis un moment déjà. Dans sa vie, elle n'avait pas eut ne serait-ce qu'un semblant d'équilibre. Dès qu'elle trouvait un semblant d'harmonie, la vie s'empressait d'anéantir tout espoirs, l'intraitable roue de la vie écrasait tout ce qu'elle avait fébrilement essayé de construire. Disparitions, morts, retours... Elle demandait juste une accalmie dans la tempête impitoyable qu'avait été sa vie jusqu'alors.

    Abysse de l'Oubli posa son regard sur le Ciel qui avait définitivement quitté les couleurs dont il se paraît une fois la nuit venue. L'aube orangée s'imposait dans le ciel et le ciel rougeoyant était bien présent. L'air se rafraîchissait, le vent se faisait plus froid dans quelques semaines, trouver des proies seraient de nouveau plus difficile. La rosée s'était délicatement posée sur l'herbe fraîche, les feuilles des arbres, partout. L'assassin balaya du regard la clairière, elle laissa son esprit s'envoler quelques secondes avec les oiseaux qui se réveillant, faisaient profiter les environs de leur chant. Son regard bleu se porta un moment vers le Rocher qui trônait, tel un maître, dans cette clairière. Les Quatre Chênes, symbole emblématique des quatre Clans, l'entourait, tels des escortes silencieuses et éternelles. Une brise souffla sur eux, ramenant l'assassin à l'instant présent. Elle apprécia la douce caresse du mistral sur son flanc et finalement, reporta son attention sur cet inconnu. "Il y a, quoi qu'il arrive, toujours une dissonance dans mes tableaux." Sa voix était à son image même si elle semblait presque lointaine. Il plongea ses yeux dans ceux d'Abysse de l'Oubli. Encore une fois, elle fut encore une fois happée par la profondeur de son regard. Elle détailla, à nouveau, la couleur si particulière. Le vert si doux s'étalait pour s'éclaircir et se rapprocher de couleurs plus chaudes. Ils restèrent un long moment ainsi, comme si le silence n'avait pas besoin d'être brisé comme si ce long regard en disait bien plus. Elle ne savait pas ce qu'elle pouvait répondre, elle ne savait pas ce qu'il attendait. Elle était simplement sereine là, comme si cette simple rencontre l'avait apaisée. C'était comme si le temps s'était arrêté, du moins autour d'eux. C'était étrangement complexe et difficile à expliquer mais... le monde évoluait autour des deux félins mais tandis que le regard de la femelle de l'Ombre demeurait prisonnier de celui du guerrier du Vent, alors plus rien d'autre ne semblait compter. Prisonnière de son regard, peut-être était-ce le terme adéquat, elle ne pouvait regarder autre part et d'ailleurs, elle ne cherchait pas à le faire. Les yeux... l'histoire du monde pouvait s'y refléter. Même elle qui s'efforçait de ne rien y laisser paraître ne pouvait pas retenir la lueur ténue toujours présente tant elle faisait partie d'elle, la douleur. C'était son quotidien. Un quotidien pesant et presque insupportable mais elle faisait avec, elle n'avait pas le choix. Elle supportait cette boule au ventre qui l'oppressait, la détruisait même. Les ténèbres l'emportaient un peu plus chaque jour sans qu'elle ne puisse résister. Comment aurait-elle put de toute façon ? Elle était fatiguée de lutter, fatiguée de se battre pour rien. Elle était seule, plus personne ne l'attendait nul part et seul son Clan à qui elle avait juré loyauté l'empêchait d'aller autre part. De toute façon, où aurait-elle put aller ? Certainement pas à la recherche de sa famille, elle avait trop souffert par leur faute. Elle voulait demeurer le plus loin possible d'eux. Ils s'étaient peut-être tous retrouvés, ils étaient peut-être ensemble mais peu lui importait, c'était d'ailleurs sans doute mieux ainsi. Elle avait cependant réfléchi au départ de son Oncle et avait deviné la raison de son départ. Sans Cœur de Miel, il n'avait plus rien à faire de la forêt, son but n'était-il pas de l'éliminer ou tout du moins de le faire souffrir ? Enfin, ils allaient devoir se débrouiller sans elle, jamais Abysse de l'Oubli s'abaisserait à fuir son Clan. Elle n'en avait jamais eut l'intention. Le Clan de l'Ombre lui avait ouvert une voie, sa voie. Peut-être que la caste d'assassin était méprisée par les autres clans, en particulier par le Tonnerre et le Vent, mais ils n'y connaissaient rien. C'était si différent des guerriers, c'était ce qui lui correspondait. Elle n'avait jamais regretté de s'être engagée sur ce chemin et c'était sans doute la seule chose qui ne lui laissait aucun regret dans sa vie. Un fin sourire vint briser son visage indifférent et pendant une seconde, elle se découvrit une image plus douce. Elle ne mit cependant pas longtemps à reprendre son air impassible.

     « Je suis souvent cette dissonance dans le tableau des autres. »

    Se laissant aller au jeu de ces paroles ambiguës, elle lui avait donc répondu de sa voix habituelle. Elle parvint enfin à décrocher son regard de celui de l'inconnu. Elle se demandait pourquoi elle était venue jusqu'ici, aux Quatre Chênes alors qu'elle n'avait rien à y faire. Abysse de l'Oubli n'avait jamais connu d'assemblée des Quatre Clans, elle n'était jamais venue ici un soir de pleine lune mais étrangement, elle n'était pas curieuse de connaître l'effet produit. L'assassin inspira un grande bouffée d'air et son attention se reporta sur son interlocuteur. Il semblait différent des autres, elle se sentait proche alors qu'elle ne lui avait jamais adressé la parole avant ce jour là. Elle ne savait pas comment ça se faisait. Le fait qu'il ne soit pas de son Clan ne l'avait même pas perturbée. Ils ne faisaient d'ailleurs rien de mal là, elle se sentait même à l'aise. Et pourtant, si un membre de son Clan avait été là, elle savait que ça aurait été mal vu. Avec tous les soucis qui s’amoncelaient depuis quelques temps, elle aurait été traitée de traître, comparée à celui qui avait été son mentor, Virée Nocturne, son ex apprenti aurait finit par perdre l'espoir de trouver un jour quelqu'un qui serait finalement là pour lui, toujours. Abysse de l'Oubli s'efforçait d'être ce quelqu'un, elle même n'avait plus personne, elle ne considérait pas Souffle de Mort comme une personne présente. Il était parti six lunes, il l'avait abandonné lui aussi et finalement il était revenu, comme si elle avait eut envie de le revoir. La rouquine soupira et elle ne bougea plus, elle attendait à son tour, quelque chose de la part de ce mystérieux inconnu. Elle ne savait pas quoi, elle ne savait pas quand ça allait se passer mais elle attendait, simplement, persuadée qu'il lui répondrait d'une façon ou d'une autre.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Sam 6 Oct - 20:14



« You found me est une chanson dure pour moi. Elle concerne les déceptions, les peines d'amour, l'abandon qui accompagne la vie. Parfois tu es abandonné, parfois tu es celui qui laisse tomber quelqu'un. C'est difficile de savoir en qui faire confiance, sur qui tu peux compter. Elle vient d'une période difficile, et elle reste toujours dans la lignée de ma pensée. Il y a des circonstances difficiles que ma famille et mes amis ont traversé ces dernières années et qui peuvent être pesantes. Cela m'affecte. Cela demande beaucoup de ma foi pour continuer à croire, continuer à espérer dans l'inconnu. Quelques fois le tunnel à une lumière au bout, mais la plupart du temps il est noir comme la nuit. Cette chanson concerne ce sentiment, et l'espoir que j'ai toujours, enterré au plus profond de moi. » - Chanteur de The Fray à propos de sa chanson.


Un souvenir remontait doucement à sa mémoire. Telles des bulles s'envolant vers les cieux, des images se reflétaient peu à peu en lui et remontaient encore. Il se revoyait, enfant, lové contre la fourrure chaude de sa mère, l'écoutant lui raconter les plus belles histoires qui puissent exister. Elle lui disait, mon doux enfant, les félins de jadis veillent sur nous depuis les étoiles. Chacun d'eux devint poussière, puis se rassembla à la source lactée, et s'y réincarna en esprit céleste. N'aie pas peur, mon petit, murmurait-t-elle encore. La nuit n'est pas effrayante. L'obscurité que tu contemples autour de toi, fera vivre la lumière de demain. Ce sont des plus profondes ténèbres que naissent les plus belles lueurs. Et c'est pour cela qu'il fait nuit chaque soir : pour que la lune soit plus étincelante encore et guide les pas des esprits célestes qui chassent en son cœur. Sais-tu que le passé est immuable mais que l'en regardant au fond de la source lactée, les esprits qui habitent les étoiles peuvent nous construire un avenir meilleur ? Les guerres se termineront, mon amour. Tout redeviendra paix et silence en ces lieux, lorsqu'Ils en auront décidés ainsi. Mais pour cela, mon chéri, il faut les appeler. Il faut croire en Eux. Deviens quelqu'un capable de croire, tendre Léo, et transmets cette lumière autour de toi. Tu verras, tout est plus simple avec le sourire. Tout semble plus beau au-dessous des étoiles. Et encore et encore, sa mère répétait ces phrases, elle les gravait dans le cœur de Léo qui les lui réclamait chaque soir. Les contes et les légendes s’amoncelaient en son âme d'enfant, et plus il rêvait, plus cela pour lui devenait réel. Des valeurs d'amour et de bonté, de doux mots de réconfort, au milieu de la violence et de la haine. Tandis que son frère partait au combat au côté de son père, son frère encore si frêle et tremblant sur ses pattes et déjà capable de tuer sans retenue, avec la plus extrême sauvagerie, Léo lui restait avec sa mère, s'imprégnait de la douceur angélique de son pelage blanc, de la bienveillance de ses profonds yeux verts. Lequel des deux frères fut élevé dans la vérité, lequel dans le mensonge ? Quelle importance, puisque de toute façon, tous deux semblaient s'être fourvoyés dans leur chemin. Aucun d'entre eux ne semblait destiner à trouver le bonheur ou la satisfaction, où que ce fut. Car tous deux étaient poursuivis par la peur. Léo de mourir, Ryu de faire une erreur et que la gloire lui échappe. Qui peut dire s’il vaut mieux être confronté à la cruauté de la mort immédiatement, ou s’il est plus évident de souffrir de la désillusion plus tard ? Et certaines nuits d’hiver, lorsque les étoiles brillaient plus intensément encore dans les nuits les plus noires, Léo se rendait à l’église détruite. Dressée sur une colline sous le clair de lune, ces ruines glauques de murs effondrés et de vitraux brisés semblaient pourtant féériques à Léo. Il ignorait qu’autour de lui, les étranges pierres aux ombres qui s’étiraient n’était autre que des tombes et que sous ses pieds furent enterrés tant et tant de corps. Il l’ignorait et, regardant l’éclat argenté des rayons lunaires heurter les vitraux colorés, et se diffuser en lueurs sombres et mystérieuses, il était fasciné par cet endroit. Il pensait qu’ici, les esprits célestes dont lui parlait sa mère l’entendraient mieux encore. Et il montait donc tout en haut de la colline, face à l’horizon sombre où s’étalait une longue et lugubre forêt, dos aux ruines de l’église, levait la tête vers la lune et les étoiles et il priait. Fervemment, il racontait aux félins de jadis les malheurs qui tombaient sur leurs descendants, et le besoin qu’ils avaient de retrouver la paix. Il les appelait à les guider, à leur montrer la lumière, et ouvrait son cœur aux étoiles silencieuses qui l’écoutait, versant les flots de son espoir aux cieux et aux ruines délabrées. Patiemment, il murmurait qu’il croyait en Eux, que bientôt, Ils viendraient les aider. Personne n’est jamais venu. Personne, sauf un Voyageur humain égaré, grand et maigre, qui vint un soir observer les étoiles au côté de Léo. Silencieux, ce Voyageur sortit ce Violon de bois de ces bras frêles, et le porta à son visage. Avec lenteur, il se mit à en jouer d’une douce mélodie. Léo n’oublierait jamais ce son, celui que le Voyageur lui faisait entendre pour la première fois, et que plus tard, alors qu’il s’installerait dans la ville détruite des chats errants, il jouerait tant de fois encore. Mais de cette première fois, sous les étoiles, naquit l’amour éternel de Léo pour ce son. Rebondissant en courbes gracieuses, en gémissements si beaux, l’instrument hoquetait des larmes intérieures qui ne couleraient jamais, chantait un poème qui ne serait jamais écrit. Sur les ruines de l’église, au milieu des tombes, la mélodie glissait, réveillait les âmes tapies dans l’obscurité, et les sentiments éclos au fond du cœur comme des fleurs blanches qui ne naissent que sous le clair d’une lune exceptionnelle. N’osant fermer les yeux de crainte qu’il s’en aille, n’osant bouger, parler, ni même penser, Léo se laissa emporter par la musique et par la vue du ciel étoilé et de la forêt en contrebas, son esprit s’accordant avec la tristesse du Voyageur, leurs regard n’ayant besoin de se croiser pour se comprendre. Personne ne viendrait jamais à leur aide. Les étoiles seraient toujours silencieuses, les esprits à jamais morts. Il ne tiendrait qu’à eux de protéger ce qu’il leur était cher. Ils seraient seuls toute leur vie, mais à leur mort, les esprits seraient là pour les accueillir à bras ouverts, et enfin ils trouveraient le repos. Il leur faudra pour cela trouver le courage de vivre jusqu’au bout, de vivre par eux-mêmes et pour les autres. Et sous la complainte du violon, alors un jour s’ouvrirait les portes d’un jardin secret, interdit, un jardin magnifique où les plumes seraient blanches et les fleurs d’un bleu turquoise. Ainsi, cette nuit-là, Léo devint quelqu’un capable de croire. Quelqu’un capable de savoir que les rêves sont des rêves, que certains espoirs sont absurdes, et que chacun sera toujours seul, tout en se battant inconsciemment, sans un mot ni une parole, pour être accueilli et accepté, pour donner le sourire autour de soi. Quelqu’un capable de se taire pour mieux s’épanouir, de cesser de prier pour mieux vivre et se réaliser dans ses plus profondes croyances. Il retournait, chaque soir, contempler les étoiles au sommet de la colline de l’église, mais sans se complaindre dans des vœux inutiles. Il se contentait de regarder, d’admirer. D’apprécier. Et surtout, depuis cette nuit-là, il ne cessa de veiller sur sa mère fragile et naïve, d’être l’ombre sous sa lumière, l’obscurité naissante de ses ailes angéliques, celui qui chassait le danger autour d’elle pour que son sourire puisse toujours exister et que ses souhaits restent purs et chimériques. Bien sûr, sa mère savait ce qu’il tentait de faire, cette cage dorée qu’il lui construisait. Bien sûr qu’elle savait que rien ne redeviendrait comme avant, que les esprits célestes ne comptaient pas intervenir pour cesser cette guerre et ce sang inutile versé. Et elle voyait bien son fils premier né devenir aussi sanguinaire que son père, et son fils second né sombrer dans une profonde tristesse, une noirceur ténébreuse et silencieuse, et elle constatait leur désir chaque jour plus dévorant de la protéger et de la garder, tel un fragile trésor que l’on est destiné à perdre un jour ou l’autre, mais que l’on voudrait voir le plus longtemps possible. Et alors Évangeline pleurait. Ô étoiles, quémandait-elle, offrez votre salut à mes enfants. Éloignez-les de moi s’il le faut, éloignez-les de leur père à tout prix, de ce monde de sang et de haine. Préservez leur liberté, ne les laissez pas s’enchaîner à des illusions de pureté blanche… Et Léo écoutait ses prières dans l’ombre, le cœur serré. Il pressentait que leur famille finirait par éclater, que ce bonheur factice finirait par être détruit. Il était impossible qu’il fût autrement. Leur père avait trop soif de pouvoir, leur mère trop faim de paix, son frère aîné trop d’avarie de lumière et lui-même trop dévoré par les ténèbres. Chacun d’eux reposait en un trop fragile équilibre, prêt à se rompre, à mourir comme le son du violon lorsque les mains du Voyageur devinrent trop lourdes pour le porter, et son cœur trop fatigué pour continuer de battre. Comme, même si Léo l’ignorait, la jeune fille fût trop malade pour continuer de jouer du piano, le jour maudit où elle était morte et que Léo fût né, sous la musique decrescendo de l’agonie. Quand on y pense, Léo était encore si jeune, à peine l’âge de tenir sur ses pattes. Mais les félins errants de cette ville habituaient si tôt leurs enfants à se battre et à tuer, ou à savoir courir et défendre. Et plus le temps passait, plus dans l’ombre, Léo devenait fort. Et son père finit par le remarquer, par le sommer d’aller au combat, avec eux. Il se disputa longuement avec sa mère pour cela. Elle tentait désespérément de le protéger, encore un peu, encore un peu, pleurait-elle. Parfois, Léo pensa qu’ils allaient s’enfuir. Mais sa mère n’avait pas le courage d’aller au-delà de la terre de ces ancêtres, elle ne voulait pas quitter cette terre où autrefois, il y a si longtemps, elle avait pu être heureuse. Où irait-elle, et pourquoi ? Comment abandonner son deuxième fils ? Ne pouvait-elle pas encore raisonner son compagnon, ramener le chat amoureux d’autrefois, celui qu’elle aimait ? Le père finit par obtenir satisfaction, et Léo fut envoyé au front malgré les larmes de sa mère. Mais Léo n’avait pas peur pour lui, non. Il pressentait ce qui allait se passer, il sentait le drame venir, le point de pression, la fissure bientôt franchie. Et il se révéla, cette nuit-là, qu’il avait raison. Oui, il se souvenait… Le corps de sa mère, ensanglanté… La douleur qu’on pouvait lire sur son visage, les larmes qui coulaient encore le long de ses joues… Et sa propre rage, sa propre souffrance, et le carnage qu’il avait fait cette nuit-là, les ténèbres qu’il avait laissées prendre le contrôle. Un monstre, un monstre hideux assoiffé de vengeance et de désespoir, voilà ce qu’il fût. Comment pourrait-il jamais oublier ? Comment aurait-il pu se reconstruire une vie ? Après cela, il ne fût plus rien. Une ombre inexistante. Il ne mangeait plus, ne dormait plus, passait son temps lové contre les murs de l’église détruite, en haut de la colline. Il aurait voulu écouter le son du violon, et inconsciemment, celui du piano. Mais le Voyageur et la jeune fille étaient morts. Sa mère était morte. Tout était sa faute, et jamais personne ne l’accueillerait, les étoiles le rejetteraient. Il n’avait plus le droit d’exister, plus le droit de mourir. Il n’était rien. Plus rien. Sa vie n’était qu’un mensonge. Au sommet de la colline, les étoiles brillaient toujours tandis que son temps à lui s’était arrêté. Les rayons de lune se heurtaient toujours aux vitraux brisés, mais il lui semblait que cela fût avec plus de violence et de chagrin encore. Et c’est alors qu’il le vit. Autour de lui, dessinées sur les vitraux, des images. Des visages. Il reconnut un violon, un piano, une jeune fille et un Voyageur, des étoiles et des guerres, une ville avant qu’elle ne soit détruite, des chats et des êtres ailés qu’il apprit plus tard être des anges. Les murs effondrés qu’il avait cru être ceux d’une église, étaient ceux d’un manoir abandonné, peut-être même un ancien château. Ici avaient habités et étaient morts la jeune fille et le Prince, devenu Voyageur, puis mort à son tour. Ici avait eu lieu de si nombreuses tragédies, et alors Léo comprit. Il devait partir. Devenir un voyageur. Revenir mourir ici, bien plus tard, lorsqu’il serait temps que les étoiles ne l’accueillent. Il se tourna vers l’horizon, vers la forêt sombre et infinie. Où irait-il ? Au fond de son cœur, la réponse s’esquissait déjà. Vers la forêt. Pas celle-ci, mais celle d’après, plus loin encore que l’horizon, celle des légendes et des contes que sa mère lui racontait. Celle où les esprits célestes devenaient le Clan des Étoiles, et où des chats répartis en quatre clans différents se battaient pour la survie, tout en se maintenant dans une paix précaire. Il ferait son chemin là-bas. C’était son premier choix en tant que chat libre. Ce qui fût imprévu, c’est que son père et son frère aîné le suivirent, et qu’ils choisirent le Clan dans lequel ils iraient : le Vent. Pourquoi Léo les écouta, pourquoi se laissait-il faire par leurs moqueries, leur hypocrisie ? Peut-être par autopunition pour la mort de sa mère qu’il considérait comme sa faute, peut-être par profonde indifférence pour sa propre vie. Léo n’était plus rien.
C’est au Clan du Vent qu’il devint quelqu’un.
Petit Lion fut le nom qu’on lui donna. Silencieux, distant, refusant de jouer ou même de parler à quiconque, il instaura d’emblée un gouffre entre lui et les autres, si bien que tous l’oublièrent vite au profit des deux grands chasseurs que se révélaient Dieu du Lac, son père, et Nuage de Dragon, son frère ainé. Leur atroce hypocrisie et leur tempérament hautain et supérieur ne pouvaient supplanter les prouesses qu’ils accomplissaient au Clan, et ils furent bien vite respectés. Quant à Petit Lion, on oubliait jusqu’à son nom. Il n’était qu’une ombre, invisible, un ange déchu qui cachait ses blessures sous un masque d’indifférence glacé. D’une certaine manière, son caractère à lui aussi était atroce, et personne n’osait l’approcher sous peine de devoir affronter le blizzard terrifiant de son regard. Il valait mieux l’ignorer autant qu’il ignorait le monde, puisqu’il ne demandait rien, ni n’offrait rien non plus. Les reines ne remarquaient pas son existence lorsqu’il se glissait sans un bruit dans la pouponnière, pour dormir, puis repartait on ne sait où le lendemain, vagabonder. Les autres chatons tentaient parfois une approche, puis s’enfuyaient lorsqu’il tournait vers eux son regard froid et indifférent, un regard adulte pour un visage si jeune. Les autres le rejetaient et il rejetait les autres. Pourquoi aurait-il fallut qu’il en soit autrement ? Léo voulait se rendre en ces lieux, mais il n’avait jamais attendu qu’on l’accueille à pattes ouvertes, ni qu’il lui fallut s’y rendre le sourire aux lèvres. Il était ainsi, il n’y pouvait rien. Il se sentait mieux dans l’ombre, dans l’inexistence, mieux lorsqu’on l’oubliait, lorsqu’on ne prêtait pas attention à lui. Silencieusement, il observait souvent les guerriers s’entraîner avec leurs apprentis, pensait un instant les imiter, puis renonçait d’un haussement d’épaule et repartait marcher au hasard. Pourquoi vouloir devenir plus fort encore ? Il n’avait plus personne à protéger, et de toute manière, il ne pouvait protéger personne même s’il le voulait. Tous finiraient par mourir. Pourquoi s’attacher ? Cette question resta pour lui sans réponse jusqu’à ce qu’il fût nommé Nuage de Lion, par un meneur qui semblait presque surpris de s’apercevoir l’existence de ce chaton n’avait pas encore été nommé depuis toutes ces lunes. Ce fût là qu’il rencontra Mélancolie des Fées, sa mentor. Léo se souvenait de la chatte écaille et de son caractère bien trempé, à l’énergie incroyable et aux yeux jaunes comme un feu d’or ardent. Ce fût grâce à elle qu’il devint le Cœur de Lion qu’il était à présent, ombre veillant sur ses camarades de Clan et croyant en ce Clan des Étoiles qui donnait sa force aux meneurs et aux guérisseurs. Il ne pourrait jamais assez la remercier, puisqu’elle était morte. Tuée lors d’une bataille, dans un accident si stupide qu’il ne pouvait rejeter la faute sur personne, laissant son amertume, sa colère et son désespoir le brûler dans le vide. C’est ainsi que Léo avait choisi de ne plus jamais s’attacher, et ainsi qu’il recommençait, car personne ne peut s’en empêcher. Émergeant des images floues des bulles de ses souvenirs, Cœur de Lion reporta son regard sur l’inconnue qui le fixait. La douleur, lueur ténue, qu’elle ne pouvait retenir s’échappait de son regard aux incroyables nuances de bleu sombre. Cette couleur si particulière, tel le ciel d’une nuit avant l’orage ou les profondeurs glacées d’un océan silencieux, le happait dans des sentiments qu’il ne cherchait pas à analyser, lui non plus. Elle lui était familière par l’aura qu’elle dégageait, si bien qu’il aurait juré… l’avoir déjà vue. Il ne savait expliquer comment, pourquoi, ni où il avait bien pu connaître cette fourrure rousse et blanche, ce regard bleu froid et ombrageux. Troublé, il tentait de chercher dans ses souvenirs un semblant d’être qui ressemblât à la femelle, en vain. Il cessa alors de chercher et reporta lui aussi son regard sur le ciel. Le soleil rougeoyant s’était élevé, pendant qu’ils songeaient, et il déversait dans la clairière une lumière orangée éclatante qui éclaboussait la brume et éblouissait le regard. L’air rafraîchis formait de la buée avec leurs respirations chaudes, et la brise froide ébouriffait leurs pelages et fit frissonner Cœur de Lion. Bientôt l’automne ferait tomber les feuilles, puis l’hiver viendrait, et tout se couvrirait de neige immaculée. Les clans survivraient-ils au long et dur hiver qui les attendaient, avec ces tempêtes menaçantes au-dessus de leurs têtes ? La rosée féérique semblait répondre oui à cette question, et les Quatre Chênes, immenses, rassurants, étaient comme symboles du cycle éternel de la vie. L’aube à présent bien installée, engageant une matinée fraîche mais magnifique, fit se réveiller les oiseaux qui entamèrent la musique entraînante et joyeuse du réveil. La lumière s’accordait à eux par une radieuse couleur dorée, et la rosée gouttait doucement sur le sol, éclatante et allègre. Le piaillement agréable des oiseaux et le rocher enchanteur, dressé en maître des lieux, semblait animer la forêt toute entière. Et bientôt, à l’atmosphère brumeuse et mystérieuse des lieux s’ajouta une étrange gaieté décalée, si bien que l’on s’y sentait plus encore en paix et presque libéré de tous les poids, désenchaîné de toutes les chaînes, le ciel s’agrandissant plus encore par effet d’optique et se couvrant de nuages duvetés s’étirant dans l’immensité. Le mistral caressa alors les deux félins et les fit apprécier à l’unisson l’instant présent. Cœur de Lion se sentait bien en ces lieux, en présence de la féline rousse, bien qu’elle fût d’un clan ennemi. Que diraient les siens s’il le voyait là, tranquillement installé aux côtés d’une adversaire, Léo n’en avait cure pour le moment. Elle n’avait pas insulté son Clan, ni ouvert d’hostilité – pourquoi donc l’aurait-elle fait, et ils se trouvaient en territoire libre, où chacun pouvait aller et venir à sa guise. Aucun d’entre eux n’avait enfreint une quelconque règle, bien qu’il sente que tous auraient désapprouvés. Sereins, apaisés, les deux inconnus se laissaient engloutir par le silence comme si rien n’avait besoin d’être dit. Prisonniers du regard de l’un et de l’autre, ils oubliaient jusqu’au temps qui passe, et qui pour eux semblait s’être arrêté. Si belle sensation que cela, qui vous donnait l’impression que vos douleurs prenaient une pause, que le temps ne vous rapprochait plus pas à pas de la souffrance, mais qu’enfin, on vous accordait une minute de répit au milieu des tempêtes, du quotidien de douleur et d’amertume. Enfin, le droit d’être fatigué, de prendre conscience de cette boule oppressante au fond de la gorge, de cette barre de fer écrasante au ventre. Avec à vos côtés quelqu’un dégageant la même atmosphère que vous, capable de vous comprendre d’un regard, sans un mot… Léo baissa les yeux et se tourna vers la féline, et le choc le frappa violemment à l’abdomen. Elle souriait. Un sourire éphémère, à peine plus de quelques secondes de vie, mais si fin et si doux sur ce visage souffrant qu’il l’éblouit et le fit chanceler. Il ne comprit pas lui-même ce qui le toucha tant dans ce sourire, et oublia cette profonde et emportée sensation dès qu’elle reprit son air impassible. Cependant, il ne parvenait pas à chasser de son esprit cette douceur en elle ni à calmer les battements précipités de son cœur affolé par la surprise.

« Je suis souvent cette dissonance dans le tableau des autres. »

A son tour, il se reprit bien vite et plongea ses yeux verts dans les siens sans ciller ni sourire, mais avec un air légèrement amusé au fond du regard, presque taquin. Il appréciait le jeu qui s’installait entre eux, de ces phrases ambigües qui ne signifient rien et en disent beaucoup. Elle était différente des autres. Il l’avait déjà ressenti auparavant, mais cela se confirmait de plus en plus et le surprenait. Il n’aurait su dire en quoi exactement, mais elle était différente. Peut-être était-ce cette différence qui lui avait valu tant de souffrances et de peines. Lui aussi, il se sentait proche d’elle d’une étrange manière, alors qu’ils ne s’étaient jamais parlé auparavant. Vraiment, jamais ? Et cette impression de déjà-vu, qui ne le lâchait pas depuis le début ? Il plissa les yeux, en pleine réflexion. Avait-elle un lien quelconque avec le Clan du Vent ? Cela expliquerait pourquoi il ne se sentait pas gêné en sa présence. Ou peut-être s’étaient-ils croisés, durant leurs enfances… Ou alors, il se faisait des films. Pauvre vieux, se dit-il, tu perds la boule. Elle est du Clan de l’Ombre, c’est tout, tu as dû rêver. L’inconnue soupira alors, puis ne bougea plus. Tout comme il avait attendu une réponse de sa part, elle en attendait une de lui, sans savoir pourquoi ni ce qu’elle contiendrait. Quelle relation mystérieuse s’installait-elle entre eux ? Cela semblait pourtant si simple, si évident. A son tour donc, il répondit, de sa profonde voix chaude, distante et impassible.

« Les autres ne sont pas moi. Vous devez être trop différente pour eux, leur peinture ne sait pas esquisser les ombres. »

De nouveau, son regard exprima un instant son amusement. Jamais encore il n’avait révélé ce visage à quelqu’un, cette attitude taquine, presque malicieuse. C’était là sa vraie personnalité, celui qu’il aurait sans doute pu être, si la vie et les obstacles rencontrés n’en avaient pas décidés autrement.

« Cœur de Lion. »

Un nom. Murmuré.


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Aslan le Lion.
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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Mer 10 Oct - 23:12



     « J'étais fatiguée. Fatiguée de cette vie que j'avais à peine entamée, et qui me laissait déjà sans forces. Mais il y avait, malgré tout, cette présence qui me murmurait '' La Terre ne s'est pas arrêtée de tourner, ta vie continue, ne la laisse pas te semer, elle en vaut la peine. Le monde ne s'est pas écroulé tu sais." Et c'est cette présence qui me permettait de tenir. »

    Il n'y avait rien en elle. Plus rien. Seul demeurait la douleur, véritable poison qui s'était rependu dans ses veines, imprégnant son sang, souillant son cœur. La souffrance, si connue, presque amie. Les souvenirs, doux et rassurants avaient finis pas s'effacer, laissant place à un voile rappelant la couleur des ténèbres, son histoire et son avenir n'étaient que plus assombris. Elle cherchait, loin, elle tentait de se rappeler, parfois, l'effet produit lorsque le corps chaud de sa mère se tenait à ses côtés. Malgré tous ses efforts, il ne lui revenait que le contact froid, glacé, de la mort. Sa première sensation. La mort s'emparait lentement, sûrement de sa mère qui au final, n'était pas morte. Mais ça, elle ne l'avait jamais sut. Elle était née dans le sang, dans la douleur. Elle y vivait. Elle avait été nourris par une autre femelle que sa génitrice, jamais elle ne s'était lovée contre sa mère. Son père, trop anéanti par la disparition de sa bien aimée n'avait pas non plus été la présence protectrice que des enfants pouvaient attendre. Elle avait grandi dans la solitude et la froideur. Elle n'avait pas savouré son enfance qui s'était envolée trop vite. En avait-elle eut une au final ? Elle même était incapable de le dire. Elle n'avait jamais joué avec les autres, ne s'était pas imaginée, plus tard, guerrière accomplie, voire lieutenant. Elle n'avait pas rêvé être meneuse. Abysse de l'Oubli semblait vide d'ambitions. Comme si elle se refusait à un destin trop important. Tout le monde, tous ceux qu'elle avait connu jusqu'alors étaient morts ou disparus. Ils l'avaient tous laissés pour partir à la recherche d'un autre, d'une personne les ayant quittés. Sans songer, un moment, que d'autres restaient eux. Que d'autres avaient toujours étés là, dans l'Ombre à veiller, guetter, surveiller, protéger. Elle avait refusé d'admettre ce rôle qu'elle avait pourtant mené, silencieuse, sans en toucher mot à personne. Elle avait voulu éliminer le meurtrier, Prince d'Ambre, pour libérer sa famille entière d'un mal trop virulent. Elle avait échoué. Comment alors, pouvait-elle prétendre à un rang supérieur au siens ? Elle se sentait incapable, elle ne parvenait même pas à s'imaginer un avenir quel qu'il soit. Vivre au jour le jour. Elle était là pour son Clan, c'était sans doute l'essentiel. Certains voulaient plus, plus de reconnaissance, de pouvoirs... Elle... L'assassin roux avait toujours cherché un bonheur avant de comprendre que ça n'était qu'une chimère. De toute façon, toute joie, tout bonheur était éphémère. Seule la souffrance l'avait suivie le long de sa vie, parfois plus forte, oppressante, l’étouffant par sa présence trop marquée. Et puis, certains jours, elle semblait se rétracter au fond d'elle même, sans disparaître mais en la laissant vivre, respirer. Et c'était là, en se plongeant dans ce regard d'une profondeur infinie que la douleur se tût. Elle cessa de hurler, résonnant dans son être entier, elle s'apaisa. Comme si l'écho qu'elle avait lu dans le regard de cet inconnu lui avait permis de calmer cette tempête intérieure. Elle ne savait pas qui il était, pourtant elle se sentait liée à lui d'une façon si forte et à la fois si fragile. Comme si cet échange de regard avait tissé un lien, si puissant, si inédit. Elle se sentit frissonner. Ça n'avait rien de désagréable, ça n'était ni l'air frais ni le mistral qui lui avait caressé le flanc. Non, c'était la force qui s'installait en elle, la tranquille force produite par ce simple regard. C'était un frisson presque plaisant. Elle se sentait presque en harmonie avec l'instant présent. La musique de sa vie se calquait avec celle du moment, elle vivait. L'assassin en prit conscience. Elle était vivante, au delà de son cœur qui battait dans sa poitrine, au delà de ses poumons qui lui permettait de respirer. Elle observa encore les alentours. Elle faisait parti de ce tout. Elle avait forcément un rôle à jouer, quelque part. Un rôle qu'elle trouverait, elle avait le temps. Elle inspira, fermant les yeux, expira, les rouvrit.

    Devant elle, elle eut le temps d'apercevoir cet inconnu chanceler, frappé par quelque chose de puissant qu'elle ne parvenait pas à déterminer. Puis il se reprit et une nouvelle fois, leur regard se croisèrent. Au fond, elle distingua cette lueur presque rieuse qui dansait dans son regard vert. Elle se sentait proche de lui. Elle ne pouvait pas expliquer pourquoi, c'était ainsi. Elle avait l'impression de trouver quelque chose. D'être complète. Elle lui décrocha un nouveau sourire. Il semblait plus détendu, elle décida donc à son tours de se dévoiler. De dévoiler la personne qu'elle aurait put être si la vie ne l'avait pas malmenée. Elle conserva son sourire, guettant presque inconsciemment sa réponse qui ne tarderait pas à venir. Elle l'attendait, vraiment, sans savoir pourquoi. Ces simples phrases qui en dévoilait bien plus qu'il n'y paraissait. Enfin, il ouvrit la bouche, elle attendit cette voix qui lui était si vite devenue familière. « Les autres ne sont pas moi. Vous devez être trop différente pour eux, leur peinture ne sait pas esquisser les ombres. » Son sourire disparut sans qu'elle ne sache pourquoi. Il s'était simplement évaporé, laissant son expression redevenir neutre. Une ombre, c'était ce qu'elle était, les ténèbres l'avaient engloutie depuis bien longtemps. Lorsqu'elle avait regardé son frère, Soleil Couchant, qui pleurait quand il la voyait, son frère a l'air si innocent... C'était en lui qu'elle avait vu une lumière, une lumière qui faisait de lui cet être si chaleureux, si naturel, si ouvert. Son nom, Soleil, qui l'avait suivit tout au long de sa vie le résumait parfaitement. Elle avait, inconsciemment, essayé de briser, de l'attirer dans l'ombre lui aussi, peut-être pour ne plus y être seule. Elle n'avait jamais réussi. Cette source brillait en lui avec tellement de force que rien ne pourrait l'éteindre. Elle songea douloureusement qu'elle ne reverrait sans doute jamais cette lumière. Soleil Couchant était parti, fermant derrière lui une porte qui la plongeait définitivement dans les abysses effroyables des ombres. L'enfermant à jamais dans cette froideur mortelle, la poussant pour le reste de sa vie dans un puits sans fond. Elle ne lui en voulait pas, il n'y était pour rien, elle n'avait jamais sut franchir cette porte, jamais sut abandonner l'ombre pour devenir lumière. Elle n'était pas destinée à arpenter ce genre de chemins. Elle le savait, ou du moins le sentait, depuis le début. Depuis toujours. La lumière l'avait rejeté, ou peut-être était-ce elle qui l'avait niée, préférant l'ombre. S'effaçant de ces tableaux qui n'étaient pas faits pour elle. Fuyant son clan natal. Suivant son instinct, rejoignant le Clan qui lui correspondait le mieux. Lorsqu'elle reprit une gorgée d'air frais, elle sentie à nouveau la douleur peser sur elle. Un seul regard sur cet inconnu lui permit de l'oublier, de l'enfermer quelque part en elle. Lorsqu'il reprit, elle était apaisée.

    « Cœur de Lion. »

    Elle l'observa, un souvenir essaya de percer une barrière qui semblait infranchissable. Elle le regarda, encore. Détaillant la moindre partie de son corps, scrutant chaque particularité de son visage. Tout la renvoyait à la douleur qu'elle voyait dans son regard. Cette douleur, elle s'y voyait dedans. Elle se revit scrutant une paire d’œil à la couleur indescriptible. Elle se revit entrain de découvrir une partie d'elle même dans un regard inconnu. Elle se souvint d'une présence discrète, familière. Elle se rappela d'un regard dévoré par les ténèbres. Elle s'était reconnue dans une autre personne un jour. Et elle eut soudainement une impression de déjà vu. Elle observa à nouveau cet inconnu sur qui elle pouvait poser un nom. Cœur de Lion.

     « La différence, à l'inverse de l'ombre, est difficile à supporter. L'ombre, c'est ma demeure. »

    Une voix, un souffle. Un murmure destiné au mâle gris. Désormais, peu lui importait la nature qui s'éveillait péniblement encore, peu lui importait le chant magnifique des oiseaux. Peu lui importait la rosée qui faisait briller l'herbe, les feuilles des arbres. Peu lui importait l'astre nocturne qui achevait de disparaître, engloutit par quelque chose qui le surpassait à chaque fois. Seul comptait cette présence, ce regard. Elle le connaissait ou l'avait déjà vu, rien qu'aperçu peut-être. Certaines rencontres ne s'oublient pas.

     « Abysse de l'Oubli. »

    Elle lui offrit son nom, comme il lui avait donné le sien. Elle le regarda, appréciant à nouveau ce contact. Plus rien ne comptait. Le temps leur avait permis de savourer cette rencontre sans s'inquiéter des minutes, des heures qui défilaient.

     « J'ai connu un Lion, autrefois. Une ombre. »

    Elle murmurait, laissant les mots couler sans se soucier de leur sens, sans savoir si c'était lui. Elle en était persuadée. Elle s'était retrouvée en lui une première fois. Et des mois après, ils se revoyaient.
    Il lui était impossible de l'oublier à nouveau.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Jeu 3 Jan - 18:49



« O Fortune
Comme Lune
Tu es variable aussi
Toujours croissante
Et décroissante
Cette détestable vie
D'abord douleur
Devient douceur
Et rien ne dure à ce jeu
Peine ou pouvoir
Misère ou gloire
Fondent comme glace au feu
Cruel destin
Tu n'offres rien
Que ta tournoyante roue
Tu es malheur
Le vain bonheur
Toujours s'éloignant de nous
D'ombre vêtu
Tu es venu
Moi aussi me torturer
Je suis perdu
Sur mon dos nu
Tes coups je dois endurer
Le sort heureux
Et vertueux
M'est étranger désormais
Il s'affaiblit
Il dépérit
Et reste esclave à jamais
Donc, à présent
Dès maintenant
Les cordes faites vibrer
Puisque le sort
Abat les forts
Avec moi
Venez pleurer ! »
- Traduction de O Fortuna (Carmina Burana).


Est-ce qu’il existe une destinée du monde ? Est-ce qu’elle peut tenir dans le creux de ma patte, ainsi ?
Je ne comprends pas. Comment les choses peuvent-elles tourner, ce qui régit la roue de l’univers. Je me noie dans le néant. Le noir, couleur puissante, couleur douleur, couleur du pouvoir et du vouloir. Le noir me tire du néant et j’épouse les ténèbres. Cela me va bien. Le néant, le gris, la couleur de mon pelage, je les déteste. Je n’aurais pas aimé être blanc non plus. Le blanc finit toujours par se teinter de rouge.
Mais le noir, c’est une couleur solide. C’est celle de l’ombre dans laquelle je vis. Et si je ne suis noir à l’extérieur, c’est que mon cœur est teinté d’ébène. Mon âme est de jais. Léo, n’est-ce pas ? Où voyez-vous un lion en moi ? Je ne suis pas doré comme le soleil. Je ne brille pas. La chaleur en moi, elle vient du noir brûlant qui me consume. Ce noir intense au souffle moite d’où suinte ma souffrance et respirent mes ardeurs. Mes yeux émeraude aux nuances dorées, personne n’a jamais su y lire ce point sombre autour duquel tout se met à tourner. Cette pupille, gouffre de ténèbres infini, déroulant mes mystères au monde sans que le monde ne puisse les saisir. Faille obscure, fente sombre, fissure dans la falaise de mon âme, ce trou noir absorbe les émotions et fixe le monde d’un œil dur.
Rien n’a de sens ici bas. Tout n’est que Chaos.
Je souffre. Un étrange mal déchire mon cœur, compresse mes poumons, diffuse une bile amère dans ma gorge. Pourquoi es-tu partie ? Pourquoi partez-vous tous, les uns après les autres ? Pourquoi est-ce que je me sens partir moi aussi ? Silence. Le Violon ne jouera plus. Le Piano est mort dans un coin de ruines, il y a longtemps. Et le Voyageur n’a jamais pu se pardonner. Je ne comprends pas pourquoi je me sens tant relié à cette histoire. Mais c’est comme le vitrail de ma vie, morceaux de verre éparpillés sur une colline, sous le vent. La lune éclaire ce paysage de désespoir et moi… moi… J’ai simplement cessé d’exister. Dans cet instant figé, j’ai dit adieu à toute la confiance que j’aurais pu avoir en la vie. Je suis seul. Dans tous les sens que cette phrase implique.
Je regarde les anges mourir.
Et la neige ne tombe pas.
Maman, m’as-tu abandonnée ? Les étoiles semblent me tourner le dos. Je pars, je quitte cette ville de mort pour errer sur les chemins. Il n’y a que les routes qui sont belles, et peu importe où elles nous mènent. Marcher m’empêche de penser. Loin, le plus loin possible. Vers l’horizon. Fuir le gris, fuir le rouge, fuir la haine et l’ennui. Ne reste que le noir de la solitude. Je suis seul et c’est mieux ainsi. Je commence à prier pour que jamais la neige ne tombe. Mère est morte. Je n’ai pas de frère. Je n’ai pas de père. Je ne suis rien. Simple électron qui se croit libre parce qu’il n’a aucun but. Mais en vérité, il est le plus prisonnier de ce fameux destin. Ou du hasard. Mais on m’a dit un jour que le hasard n’existe pas.
Mes pattes finissent par être trop petites pour continuer à avancer. Je maudis ce monde, j’ai envie de hurler. Je ne fais que pleurer silencieusement, et sans un bruit, les larmes s’écroulent et se brisent sur la terre gelée. J’ai froid. Je me sens misérable. Mais je n’ai pas le droit ni l’envie de mourir. Parce quand on est rien, on ne meurt pas. Quand on est rien, on n’existe pas. On disparaît. Juste comme ça. On passe par le rôtissoire à enfants, là où l’on entasse les enfants dont on a plus besoin. On est mélangé aux autres. On disparaît, on cesse d’exister. On devient invisible.
Invisible.
J’aime ce mot. Il est doux, il m’apaise. Je veux disparaître. Déjà ? A quelques lunes d’une vie si misérable ? Peut-être, oui. Je suis fatigué. Étrange, j’ai la sensation de me situer entre deux mondes… De ce côté de la clairière, une odeur de vent, et de l’autre, une odeur d’ombre. Où me suis-je donc effondré ? Je trouve la force de lever le museau et de humer l’air. Je suis sur une frontière. J’ai trouvé les clans. Je peux cesser d’être le Voyageur… C’est pour cela que je ne suis plus rien. Je suis allongé entre deux mondes, sur une frontière inconnue. J’aurais voulu choisir l’ombre. C’est agréable, l’ombre. C’est noir aussi. Mais je ne suis à ma place nulle part en ce monde. Je dois disparaître. C’est l’endroit idéal pour devenir invisible. Ici, sur la frontière de deux univers qui ne m’accepteront ni l’un ni l’autre. Entre la mort et la vie. Le coma va m’engloutir et je serais en paix.
J’entends un son.
Des pas de velours effleurent le sol comme les notes sur une partition de musique. Cela ressemble au Piano de la jeune fille, en plus ténu. En plus sombre aussi. Comme une symphonie de lumière qui ferait une ode aux ténèbres. Comme une poupée danseuse cassée. Mélodie étrangement décalée, différente. Qui exprime à quel point rien ne sera jamais droit. Jamais normal. Le son d’une enfance volée trop tôt, dès la naissance. D’une innocence qui ne pourra jamais exister. Un film en noir et blanc qui ne sera jamais restauré, et finira oublié, dans le coin d’un vieux cinéma délabré. Tout cela contenu dans le simple couplet de ces pattes qui s’avancent vers moi. Je dois délirer. J’ai de la fièvre. Mais ces pas m’évoquent l’écho des miens. Comme si soudain, une sœur d’âme se présentait à moi dans l’éclat de la souffrance et de l’ombre. En venant du côté du Vent.
Pourquoi ?
J’ai voulu articuler la question, mais mes mots se sont noyés dans ma gorge et j’ai manqué d’air. Dans un regard bleu océan sombre, penché au-dessus de moi, je lis soudain le parfait miroir de ma douleur. Une partie de moi est détenue dans ces yeux. A qui appartiennent-ils ? Je distingue une fourrure rousse et crème. Mélange étonnant. Elle me semble elle aussi perdue entre deux mondes. Je juge immédiatement que sa place n’est pas de ce côté de la frontière. Elle est ombre. Toute entière faite d’ombre. Tout comme moi.
Je m’évanouis le sourire aux lèvres par l’ironie de la situation.
Lorsque je m’éveillais, bien plus tard, j’étais dans un camp inconnu où une foule de chats déambulaient. Une chatte me regardait avec dégoût, ramenant ses chatons contre elle comme pour les protéger d’une maladie que j’aurais eu sur la fourrure. Je ne comprends pas mais je ne dis rien. Je suis habitué. Une autre chatte, le pelage écaille-de-tortue, me pousse doucement du museau vers son ventre chaud. Mes poils se hérissent. Je ne veux pas qu’elle me touche avec sa pitié. Qu’elle garde son lait et sa chaleur pour les autres, je ne vis que d’ombre et de sang. Je m’échappe de son emprise en me glissant sous les autres chatons. Étrangement, ils n’ont pas tous la même odeur. Certains ont une odeur venteuse, fraîche, et d’autres un mélange de sang et de mort. En observant bien, je constate qu’ils n’ont pas tous le même âge. Les plus grands semblent vifs et normaux, bien que l’autre mère se tient à l’écart et semble rejeter tout contact avec ses propres petits. Normaux mais rejetés pour une raison que j’ignorais. Les autres, les plus jeunes nés, étaient deux. L’un avait le pelage roux flamboyant et semblait ne pas tenir en place, l’autre un pelage crème et une douceur pure et heureuse. Ils sentaient le sang, la mort et… l’ombre. Un peu de vent aussi, mais encore trop ténu pour que je ne remarque pas qu’ils ne venaient pas vraiment de ce clan. Tout comme moi. Combien de chatons impurs cette chatte couveuse allait-elle adopter ? Elle se faisait déjà rejeter par les autres mères, mais cela n’avait pas l’air de la perturber. Elle me regardait avec de grands yeux pour que je revienne auprès d’elle, mais je refusais et fit quelques pas au dehors.
La nuit était tombée sur ce qu’il me semblait juste d’appeler mon nouveau chez moi, bien que je sache que je ne pourrais jamais m’y sentir à ma place. Le camp du Clan du Vent baigné par les étoiles semblait paisible. Je percevais toutefois l’odeur de mon père et de mon frère près d’un buisson, et je supposais avec indifférence qu’ils m’avaient suivi. Qu’importait. Le Voyageur que j’étais venait de mourir et, par un étrange coup du sort, je n’étais pas de l’ombre mais du vent. On ne m’avait pas laissé devenir invisible, mais quelque chose dans mon cœur s’était brisé puis effacé en poussière lorsque j’avais cru mourir. Comme-ci l’enfant, le Léo en moi, avait disparu et que désormais je n’étais plus rien ni personne. Je n’avais pas de nom, pas d’identité. Seulement une existence corporelle en ce camp sans comprendre quelle était ma place en son sein.
Deux félins, jeunes novices, passèrent à ce moment devant ce que je saurais plus tard être la pouponnière et murmurèrent en ricanant.

« T’as vu, c’est le moitié-mort qu’on a retrouvé à la frontière…
- Ouais, Petit Lion tu veux dire ? »


Je n’entendis pas la suite de leur conversation tandis qu’ils s’éloignaient vers leur couchette, mais retint mon nom avec effroi. Qu’avais-je donc du lion pour que partout l’on me nomme ainsi ? Le froid transforma en buée mon souffle chaud et un frisson me parcourut. Je n’avais qu’un pelage gris affreusement sale, et des yeux verts affreusement vides. J’étais un tueur et une âme vide de passé et de sens. Alors pourquoi ?
J’entendis un son.
Des pas de velours, effleurant le sol comme les notes sur une partition de musique.
Je tournai la tête vers elle, ses yeux bleus glacés et son pelage roux et crème, étonnant mélange de soleil et de glace, d’ombre et de lumière. Comme les deux autres chatons, elle sentait le sang et la mort. L’odeur du vent prenait encore moins de force sur son pelage, comme si elle refusait de la porter. Ses yeux n’étaient pas ceux d’une enfant. Les miens non plus. Et je trouvais écho en elle de mon propre vide. Pas d’identité, juste une souffrance profonde et ancrée. Ainsi qu’un étonnant désir de liberté et de solitude.

« Bonsoir, dame marchombre, murmurais-je sans trop savoir pourquoi. »



Il rouvrit les yeux et détailla le visage de la chatte en face de lui.

« La différence, à l'inverse de l'ombre, est difficile à supporter. L'ombre, c'est ma demeure. »

Son odeur avait changé. Sa voix aussi. Cœur de Lion acquiesça. Il n’avait rien à répliquer, cette fois, puisqu’il était entièrement d’accord avec elle. Ou presque. Il n’avait pas la même vision de la différence. Mais il n’estimait pas qu’il fût nécessaire de philosopher sur ce sujet. Un détail venait plus haut dans ses priorités. Une étrange impression, alliée à ce souvenir qui remontait à la surface en images floues et en paroles déformées. Il parvenait presque à superposer le visage de la chatonne de son enfance et celle de la chatte en face de lui. Presque. Sauf que c’était impossible, en termes de logique et de raison. Il plongea son regard émeraude dans celui océan de la féline et ne le lâcha plus, tentant de trouver des réponses dans les volutes bleues glacées de ce regard hypnotisant. La sensation montait en lui et papillonnait dans son estomac, lui hurlant ce qu’il cherchait à deviner. Et pourtant, pourtant, la chatonne de son souvenir flou n’avait ni cette odeur, ni cette voix, et faisait partie de son clan. Il y a longtemps qu’il l’avait oubliée, disparue dans les méandres de sa mémoire de chaton, dans les abysses de sa souffrance et de sa solitude. En cette aube naissante, il ne se rappelait que très mal cette chatonne mystérieuse et se demandait s’il ne l’avait pas même imaginée. Les oiseaux chantaient à pleine voix désormais. Les lumières devenaient éblouissantes et le froid plus agressif tandis que naissait le vent venu du nord. Ce dernier fouetta la fourrure grise de Cœur de Lion avec une violence encore contenue tandis qu’un nom se formait à la limite de son esprit. Esprit. C’était cela, tenu en équilibre sur le bout de sa langue, qu’il allait formuler d’un instant à l’autre. La chatonne de son souvenir se nommait…

« Abysse de l'Oubli. »

Le vent redoubla d’intensité et Cœur de Lion se tut, troublé au plus haut point. Le nom qu’il allait formuler s’évapora et la sensation au creux de son ventre se tut. Il se sentait frustré et indécis. Le paroxysme qu’il avait failli atteindre s’évanouit dans l’oubli, et plus il cherchait à le retrouver, plus il lui échappait. Son regard se plongea de nouveau dans celui de celle qui se nommait donc Abysse de l’Oubli. Il apprécia le contact de leurs yeux, l’écho de sa souffrance qu’il trouvait en elle, puis rompit ce contact pour lever les yeux vers le ciel. Le vent, toujours plus intense, semblait refléter sa propre frustration et ramenait de mauvais nuages gris comme la cendre, qui couvrirent bientôt le soleil blanc et son éblouissante lumière d’hiver. Les quatre chênes furent plongés dans une semi-obscurité oppressante et l’air se fit plus lourd et plus froid. Le vent cessa ses caresses joueuses et vint fouetter les chênes immenses, ondulant leurs feuilles comme la mer retient sa vague avant de la déchaîner contre le récif. L’endroit en devint écrasant. Elle lui avait offert son nom comme il lui avait offert le sien. Mais quelque chose clochait sans qu’il ne puisse dire pourquoi. Il baissa la tête et enchaîna de nouveau son regard à Abysse de l’Oubli, sans se soucier des éléments qui s’affolaient autour d’eux. Plus rien ne comptait sauf ce regard assombri par l’absence de lumière, comme la couleur d’une mer avant une puissante tempête. Il s’étonna du nombre de nuances qu’il pouvait trouver dans ce simple regard. Les heures, les minutes se figeaient dans ce paysage tourmenté. Et plus rien d’autre ne comptait.

« J'ai connu un Lion, autrefois. Une ombre. »

Ce murmure s’instilla en lui comme une certitude enfouie. Sa frustration s’en trouva de nouveau troublée, tandis qu’une nouvelle vague venteuse souffla sur les arbres gigantesques. Qui était-elle vraiment ? Il tenta encore une fois de percer le mur d’oubli de ses souvenirs, sans y parvenir tout à fait. Un long moment passa tandis que le silence explosait dans une gerbe de grincements, de vent puissant et d’un grondement lointain qui se rapprochait. Et plus ce bruit s’accentuait, plus il lui semblait remonter en lui des mots, de simples mots, un simple nom. Les feuilles arrachées aux arbres tourbillonnaient autour d’eux et l’herbe s’agitait comme des milliers d’oiseaux apeurés. Plus aucun de ces derniers ne chantait, et soudain, un plic ploc continu se mêla à la danse funèbre des géants de verdure et vint mouiller les pelages des deux félins. La pluie commença doucement, apaisante musique troublant le hurlement du vent, puis à son tour doubla d’intensité. De plus en plus proche, le tonnerre grondait sa colère et un éclair lumineux éclaira tout à coup la scène et les aveugla tous.

« Esprit, articula enfin Cœur de Lion entre deux coups de tonnerre. J’ai connu Petit Esprit ! »

Un éclair terrible illumina la scène à l’écho de son cri, suivi d’un grondement de tonnerre plus puissant encore. La pluie martelait le sol et Cœur de Lion fut bien vite complètement trempé. Ses yeux émeraude assombris brillaient d’une intense euphorie.

« Dame marchombre ! cria-t-il pour couvrir le bruit assourdissant de l’orage. Et vous, qui êtes-vous vraiment ? »

Les éléments se déchaînaient tandis que le vent risquait bien de les emporter, mais plus rien ne comptait que sa réponse.
Aussi dangereuse que l’orage qui hurlait.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Mer 9 Jan - 20:08



     « Comment oses-tu faire un discours sur le bien et le mal ? Quel que soit ton chemin, tu ne trouveras jamais de réponses dans ce monde. »

    Peu importait le nom qu’il portait désormais, ou auparavant. Ses yeux seuls semblaient avoir une importance. Ce regard qu’elle ne pouvait pas oublier. C’était comme s’il était ancré en elle. Abysse de l’Oubli avait essayé de nombreuses fois de renier son passé, de l’oublier, de tirer un trait, de passer à autre chose. Cela s’était révélé impossible et elle se rendait compte de la stupidité de son envie. Elle avait donc voulu tout oublier, tout, même ce regard envoûtant. Profond. Sombre. Ils étaient identiques. Deux ombres venues au monde par erreur, qui avaient survécus malgré tout. L’Ombre était plus que leur demeure, ils étaient ombres. L’assassin se sentait, se savait dévorée par les ténèbres depuis bien longtemps déjà et le regard de Cœur de Lion lui confirmait qu’elle n’était pas seule. L’Ombre était devenue presque une amie. Une amie de toujours, elle n’avait jamais vécu autrement. Elle ne savait même pas si le Vent avait remarqué son départ. Regrette-t-on une Ombre ? Lorsque l’on est lumière, le départ de la noirceur n’est-elle pas la chose la plus agréable ? Tandis que la présence de l’Ombre était dérangeante, froide, silencieuse, celle de la Lumière n’était-elle pas l’opposée ? Chaleureuse, exubérante, agréable, rassurante. C’était ainsi qu’Oubli avait vu la Lumière. Ainsi qu’elle l’avait qualifiée. Elle l’avait nommé, l’avait trouvée en Soleil Couchant avant qu’il ne parte et que peu de lumière qu’elle connaissait s’éteigne. Elle s’était effacée pour lui, elle s’était retrouvée dans un Clan qui lui correspondait, elle était partie chez ‘’ l’ennemi’’ pour essayer de comprendre, de se rapprocher d’une mère qu’elle n’avait jamais vu. Une mère qui ne l’aimait pas, ne savait pas qui elle était. Abysse de l’Oubli était seule. Elle l’avait toujours été. Alors elle ne luttait pas, elle n’essayait pas de trouver un chemin qui l’aurait ramené vers la Lumière. Elle n’avait jamais arpenté cette voie, pourquoi aurait-elle changé maintenant ? Elle se plaisait dans cette froideur, elle était elle même dans l’Ombre. Elle pouvait faire ce qu’elle désirait dans l’Ombre. Elle pouvait être invisible, inaudible, inexistante. Elle pouvait s’oublier. Elle pouvait se laisser. Et là, elle se retrouvait prisonnière d’un regard. Mais c’était une prison si douce, si agréable. C’était le reflet d’elle même qu’elle voyait dans ces yeux. C’était une partie d’elle qu’elle n’avait pas vu autre part que dans ces yeux verts. Cœur de Lion avait connu la mort, le sang. Dès son plus jeune âge, dès le début. Avait-il seulement eut une enfance ? Sans doute que non. Il était comme elle. Depuis le début, ils étaient voués à une existence différente. Abysse de l’Oubli ne savait pas être heureuse. Elle n’avait jamais put. L’insouciance ne s’était jamais lue dans son regard bleu. Elle était née dans le sang, dans la douleur, elle était née et le premier corps qu’elle avait touché était froid. Le premier corps qu’elle avait touché était celui d’une personne morte. Alors que son frère et sa sœur avait par la suite appris à se réchauffer, c’était comme si elle avait absorbée cette froideur, comme si elle était devenue sienne et qu’elle n’avait jamais sut s’en détacher. Elle ne s’était pas amusée à jouer avec les autres, à imiter les guerriers, à questionner les anciens, à rire des apprentis, à poursuivre un ennemi imaginaire. Elle avait appris à vivre dans l’Ombre, à devenir Ombre et c’était naturellement que la voie des assassins s’étaient imposées à elle. Elle se dissimulait si bien, si facilement. En devenant assassin, elle avait appris à cultivée ce qu’elle savait si sombre en elle. Loin d’être devenu une force, ça n’était pas non plus une faiblesse, c’était simplement elle. Abysse de l’Oubli savait que Cœur de Lion était un guerrier, elle savait qu’il n’avait pas reçu le même entraînement qu’elle et pourtant, ils étaient pareils. Elle se souvint, fugacement, d’une parole échangée un jour, avec cette Ombre du vent. Elle ne put saisir complètement le souvenir et le laissa s’évanouir dans les brumes de ce qui aurait dut être son enfance. Elle songea alors à Cœur de Lierre, son ancien apprenti qui lui avait dit qu’elle était jeune, qu’elle avait la vie devant elle. Si seulement il avait sut. Elle n’avait pas de vie à proprement parlé. Comme si toute existence, toute ambition lui avait été refusé. Elle était condamnée à errer, véritable ombre, jusqu’à ce que la mort revienne vers elle, amie, et qu’elle l’accueille avec un sourire. Elle était brisée, et cela faisait bien longtemps qu’une partie d’elle même appartenait déjà aux morts.

    Leurs regards s’entremêlaient, l’un et l’autre se laissait aller à leur contemplation. Non, pas une simple contemplation. Tandis que Cœur de Lion plongeait, se noyait dans l’océan glacé de son regard, Abysse de l’Oubli se jetait entièrement dans l’immensité verte, sans aucune retenue et avec un délice à peine dissimulé. Elle remarqua le changement en lui, comme s'il était surpris, après qu'elle lui ait révélé son nom. Il rompit le contact en levant les yeux au ciel. Pendant un instant, ce fut comme si elle se réveillait après un long sommeil. Un sommeil infini dans lequel elle serait tombée depuis des années. Puis elle reprit contenance. Le Soleil venait à peine de prendre possession du Ciel que déjà de gros nuages gris annonçaient un temps loin d'être festif. Le vent cessa de venir s'enrouler avec douceur autour de ses flancs et devint agressif presque violent. Le ciel s'assombrissait dangereusement. Cœur de Lion baissa à nouveau le regard et ils purent se mélanger à nouveau, elle retrouva ce contact qu'elle trouva presque rassurant. Les éléments continuaient leur danse endiablée. Le vent continuait à souffler avec force, les feuilles s'envolèrent, tourbillonnèrent... Peu importait. Une première goutte vint s'écraser au sol, une deuxième, dix, vingts. Elles devinrent impossible à compter mais peu importait. En quelques secondes, le silence fut brisé par le vacarme de la pluie devenue un réel déluge. Le vent emportait la pluie dans une danse et cette dernière, emportée par cette force invisible, s'écrasait sur les deux félins avec violence.
    Peu importait.
    Bientôt, leurs poils furent trempés.
    Peu importait.
    Immobile, les deux silhouettes s'accrochaient au regard de l'autre.

    Le Tonnerre arrivait, il grondait, la foudre aussi entra en scène lorsqu'un éclair déchira l'obscurité du Ciel. C'était comme si les éléments avaient décidés de les séparer. Mais rien n'y faisait. Abysse de l'Oubli voyait chaque orage comme un écho d'elle même, de sa vie. Sa vie qui n'était qu'une immense tempête dans laquelle elle était balayée, impuissante.« Esprit. J’ai connu Petit Esprit ! » Elle sursauta, comme si elle réintégrait la réalité tout à coup. Ses yeux perdirent ceux de Cœur de Lion. Petit Esprit... Elle avait été Petit Esprit, au Clan du Vent. Elle était devenue Nuage de l'Oubli, et, comme si elle avait voulu ignoré son nom d'origine, elle était devenue Abysse de l'Oubli. Un sourire flotta pendant une seconde sur son visage. Il n'avait pas oublié. Elle était Esprit, elle avait été ce chaton du Vent. Et il était l'Ombre qu'elle avait connu. Un éclair aveugla Abysse de l'Oubli qui dut fermer les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, elle les plongea à nouveau dans ceux de Cœur de Lion. Malgré les ténèbres qui le dévorait, malgré l'Ombre évidente qui faisait partie de lui, une lueur, une lumière de joie intense brillait avec puissance dans son regard, illuminant son regard, son visage, son être entier. « Dame marchombre ! Et vous, qui êtes-vous vraiment ? » Il hurlait mais il aurait put murmurer, elle l'aurait entendu. Elle aurait reconnu cette appellation en lisant sur ses lèvres, elle se serait souvenue de cette voix qui lui avait un jour murmuré ces mots. Elle se souvenait, enfin, comme si c'était la veille, de cette nuit. Elle s'était libérée de l'étreinte de Souffle de Vie, elle s'était échappée de la pouponnière pour observer les étoiles. Et il était venu. L'Ombre. Petit Lion. Il l'avait appelé Dame marchombre et pour seule réponse, elle avait plongé son regard bleu dans le siens, vert, un long moment, sans que rien ne les perturbe. Ils étaient liés, par un lien unique, puissant et que le Temps lui même ne pouvait briser. Alors elle le retrouvait enfin... Malgré l'ambiance qui régnait aux Quatre Chênes, malgré la pluie qui l'avait trempée, malgré le Tonnerre qui grondait avec force, malgré les éclairs qui l'aveuglait...
    Abysse de l'Oubli souriait.

    Qui était-elle ? Une question d'apparence si simple... Qui était-elle alors ? Abysse de l'Oubli, assassin de l'Ombre, fille de Cœur de Miel et Nuage de Saphir, originaire du vent, ancienne apprentie de Virée Nocturne, ancien mentor de Cœur de Lierre. Voilà, voilà qui elle était officiellement. Mais au fond, elle n'était ni plus ni moins que cette Dame Marchombre comme l'avait nommé, un jour lointain, un chaton de son âge. Ils s'étaient oubliés en grandissant, mais alors qu'elle le revoyait, elle ressentait à nouveau toutes les émotions qu'elle avait eut à ce moment là, bien des lunes plus tôt. L'assassin n'avait pas perdu son sourire qui flottait toujours sur ses lèvres, illuminant à son tours le visage entier de la femelle rousse. Ils avaient grandis, changés. L'odeur du Lion qu'elle avait connu n'était plus, remplacée par celle qu'elle connaissait bien, celle du Vent. Il était devenu plus fort, sa silhouette était imposante, elle se sentait presque frêle à ses côtés mais peu importait.... elle se sentait infiniment bien.

     « Qui suis-je ? J'ai été Petit Esprit, j'ai été la Dame Marchombre. » Un éclair zébra le ciel, Abysse de l'Oubli se tut. Qui était-elle vraiment ? Elle était bien incapable de répondre. Son sourire disparut, son regard était toujours plongé dans celui de Cœur de Lion. « Qui suis-je ? Plus rien. »

    Sa réponse était sortie en un murmure. Ses yeux ne lâchaient pas ceux de Cœur de Lion. Rien n'était plus important que ça. Elle ne comprenait pas tout ce qui se passait, elle ne savait pas pourquoi, tout à coup, c'était devenu essentiel.
    Pourtant, elle ne pensait même pas à regarder ailleurs.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Mer 12 Juin - 1:45

    « Qui suis-je ? J'ai été Petit Esprit, j'ai été la Dame Marchombre. »

    Nouvel éclair.

    « Qui suis-je ? Plus rien. »

    Il ne la lâchait pas du regard. Même sous la pluie battante, le vent déchaîné et l'orage grondant. Il n'existait plus rien au monde que son regard bleu abyssal. Elle ne souriait plus. Et pourtant, elle gardait au fond de ses yeux la lueur scintillante de ce sourire, comme si soudain la souffrance prenait une teinte étoilée. Cœur de Lion laissa le hurlement de la tempête couvrir les mots de la féline. Mystérieuse que cette manière de partager un silence au beau milieu d'un déluge. Seules leurs paroles possédaient de l'importance. Seuls leurs regards se donnaient le droit d'exister. Tout le reste s'effaçait.
    Oui, tout à coup, c'était devenu essentiel.

    « Abysse de l'Oubli. »

    Répéter ce nom comme on murmure une prière. Elle était cette Esprit qu'il avait connu, mais elle ne l'était plus également.
    Et alors ?
    Devant lui, il voyait une magnifique féline au pelage flamboyant. Il lisait la douleur et la force dans l'océan de son regard. La grâce dans ses mouvements. Le danger sur les courbes de son corps. Et par-dessus tout, il pouvait imaginer des ailes dans son dos. Elle n'était peut-être plus un simple esprit. Mais ce qu'elle était devenue, cette dame Marchombre transformée, elle ne le devait qu'à une seule chose.
    La Liberté.
    Aucune chaîne ne la retenait plus. Elle avait quitté le vent pour rejoindre l'ombre, sacrifié ses ailes pour prendre son envol dans les ténèbres. Qu'y avait-il de plus beau que ce chemin qu'elle avait délibérément choisi ? Qu'elle empruntait encore ? Son mentor avait dû lui apprendre la dernière règle. Même enchaînée, un Marchombre reste Marchombre. Reste libre. Et devant lui, ce n'était plus esprit mais bel et bien Abysse de l'Oubli. Voilà ce qu'elle était. Et bien plus encore. Il eut soudain le désir de la connaître plus. D'apprendre d'elle ses pensées, ses goûts. Choses anodines mais qui prendraient tout leur sens s'ils venaient d'elle.

    Vous savez ce qu'on dit ?
    Que l'ombre gagne. Qu'il n'est pas de montagne au-delà des vents plus haute que les marches de l'oubli.
    Qu'il faut apprendre, à défaut de le comprendre, à rêver nos désirs et vivre des ainsi soit-il.
    Alors...

    « Ainsi soit-il. »

    Il ne lâchait pas son regard.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Mer 12 Juin - 23:29






     «Je n’ai pas peur de mourir. J’ai peur de demain. J’ai peur de te regarder prendre la mer en sachant que tu ne reviendras jamais. Avant que tu arrives j’étais une ombre qui marchait, se nourrissait, se baignait dans les flots... Je n’étais qu’une ombre. »

    Il était là, et rien ne comptait plus au monde. Son regard, sa voix, ses paroles, son odeur... tout lui donnait l'impression d'exister, d'avoir sa place, enfin. Son histoire, son passé si important, son Clan si aimé, sa famille si étrange... plus rien n'avait d'importance. Ils étaient là, deux silhouettes ballottées dans une tempête et qui, pourtant, étaient immobiles. Par la seule force de leurs regards, ils restaient accrochés l'un à l'autre. Peu important leur pelage qui était trempé, peu importait le vent qui aurait du leur glacer les os tant il était puissant, peu  importait les éclairs qui auraient du les aveugler, peu importait le tonnerre qui aurait du les assourdir. Lion et Esprit. Ils se retrouvaient enfin. « Abysse de l'Oubli. » Elle respirait, savourant la liberté qu'elle avait cherché jusqu'alors, qu'elle avait toujours eu et qu'elle ressentait enfin.
    Devenir Ombre, c'était cela sa Liberté.
    Abandonner le Vent, devenir assassin, s'éloigner de tout le monde, avancer sur sa voie. C'était ça sa Liberté. Et en retrouvant ce regard vert et infini, elle le comprenait.

    « Ainsi soit-il. »

    Comme si elle avait saisi sa pensée, comme si elle se l'était appropriée, comme si elle était devenue sienne, Abysse de l'Oubli répéta les mêmes mots, en murmurant dans le vacarme. Elle inspira une grande bouffée d'air. La vie entrait dans ses poumons, elle souriait, à nouveau. Un sourire si unique, si rare, qui éclairait son visage, son regard bleu. Elle abaissa ses paupières un instant puis les ouvrit à nouveau.

    Elle observa, encore et toujours, le mâle en face d'elle. Elle lâcha son regard, descendit le long de son corps musclé, observa son pelage gris tigré beau et trempé. Elle regarda ses pattes qu'elle devinait puissantes... Elle revint vers ses yeux émeraudes. Il était magnifique. Un Lion. Un magnifique Lion sauvage et insaisissable.

    « Bonsoir, dame marchombre. »

    Bien sur qu'elle se souvenait de cette nuit là. Sa mère était morte, son père était dévasté. À l'abri dans la pouponnière son frère et sa sœur dormait. Elle avait entendu parler d'un chaton de son âge ou presque qui avait été recueilli. Elle l'avait aperçu, plusieurs fois. Et elle avait compris qu'il était brisé, comme elle. Cette nuit là, elle était sortie de l'Antre, désireuse de s'en aller, loin. Elle avait alors vu une silhouette seule qu'elle avait reconnu. À pas lents et silencieux, elle s'était approchée comme on approchait quelqu'un qu'on connaissait déjà sans jamais lui avoir parlé. Leurs regards s'étaient entremêlés sans se lâcher. Pendant des heures, sans doute. La notion du temps lui avait échappée cette nuit là. Leur lien s'était alors crée, unique et d'une puissance infinie. Rien d'autre que lui n'avait eu d'importance. Alors que seule la lune les éclairait, ils s'étaient observés, sans que rien ne les perturbe. Quelques semaines plus tard, elle était partie.
    Elle n'avait jamais revu ce Lion.
    Jusqu'à ce jour. Les éclairs s’enchaînaient, la pluie tombait continuellement, les minutes s'égrainaient.
    Les retrouvailles entre le Lion et la Dame Marchombre ne souffraient pas de tout ça.

     « J'ai cru ne plus jamais revoir le Lion. »

    Sa voix n'avait été qu'un souffle emporté par la tempête.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Ven 14 Juin - 3:50


Dans le monde il n’y a pas d’un côté le bien et le mal, il y a une part de lumière et d’ombre en chacun de nous. Ce qui compte c’est celle que l’on choisit de montrer dans nos actes, ça c’est ce que l’on est vraiment.


    Les éléments se déchaînaient autour d'eux mais plus rien d'autre ne comptait que leurs regards mélangés. Il est certaines rencontres qui, soudain, deviennent le tournant de votre vie sans que vous sachiez pourquoi. Il suffit d'un simple geste ou d'un simple sourire pour que soudain tout devienne limpide. Pour que votre vie prenne un sens. C'était ce qui avait eu lieu, des années plus tôt, entre la dame marchombre et l'ombre du lion. Quelques mots et un long regard. Ils n'avaient pas échangés plus mais s'étaient trouvés le même écho de souffrance. La même profonde solitude. Quand vous rencontrez quelqu'un qui possède les mêmes cicatrices que vous, vous êtes instinctivement capables de le comprendre. Parce que vous avez les mêmes pensées. Les mêmes gestes. Parce que vos deux cœurs battent dans la même douleur et que par un simple regard vous devenez alors capable de vous soutenir mutuellement. Vous n'êtes plus seuls, tout simplement. Et la Solitude sale est le pire fléau de ce monde. Cœur de Lion écouta le murmure d'Abysse qui répéta ses mots comme pour graver dans le marbre cette formule du destin. Oui, ainsi soit-il. Inutile de chercher à comprendre, de chercher à savoir. Laisser les choses aller comme elles sont et sentir, au plus profond de soi, le monde changer par ces retrouvailles.

    Léo secoua son pelage trempé par la pluie. Les gouttelettes voltigeaient autour d'eux sous le balancement du vent devenu fou. Il se remémorait son désarroi cette fameuse nuit, durant son enfance. Le voyageur et son violon avaient quittés ce monde. Il venait de perdre sa mère et de passer des lunes à errer, mort à l'intérieur. Il s'était évanoui sur la frontière de l'ombre. Et elle était venue à lui, dans un bruissement léger, ses pas tels une musique rappelant le Piano de la jeune fille. Avant de sombrer dans l'inconscience, il avait vu ses yeux bleus et son visage portant le même masque d'indifférence que lui. Puis il avait trouvé le clan du vent avec ce père qu'il haïssait et ce frère qu'il voulait voir disparaître de sa vie. Il ne s'y sentait pas à sa place. La pouponnière était trop étouffante, trop emplie du bonheur des chatons nouveaux nés. Il l'avait quittée pour observer le ciel nocturne et la lune remplie. Et là, elle était revenue une nouvelle fois. Aussi silencieuse que la nuit. Elle lui avait évoquée une dame, une dame marchant dans l'ombre. Une Marchombre. Et ainsi naquit leur lien. Ce lien à l'épreuve du temps qui venait de transpercer les années pour les réunir à nouveau.

    « J'ai cru ne plus jamais revoir le Lion. »


    Un souffle. Emporté par la tempête. Mais Léo le cueillit tout de même avant qu'il ne s'envole complètement. Ces mots impliquaient tant d'émotions différentes qu'il renforça la profondeur de son regard émeraude. Cela signifiait qu'elle ne l'avait jamais oublié. Qu'elle l'avait espéré, tout comme il l'avait attendu. Il avait également cru qu'il ne la reverrait jamais. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il avait d'abord chercher sa présence dans le camp, chercher ce regard bleu océan, il voulait trouver ce réconfort étrange de savoir qu'une autre partageait les mêmes souffrances. Il n'avait jamais plus eu cette chance. Quelques semaines plus tard, on lui apprit qu'elle avait quitté le camp pour rejoindre l'Ombre. Il l'avait d'abord attendu. Espérant secrètement la croiser de nouveau une nuit de pleine lune, comme ça, par hasard. Puis il avait cessé d'espérer. Avait relégué la dame marchombre au rang des doux souvenirs de l'enfance qu'on souhaiterait revivre encore et encore. Qu'on souhaiterait faire durer rien que pour les sensations.

    Léo ferma les yeux. Lui aussi, à présent, se sentait plus libre que jamais. Il rouvrit les yeux et repris le contact visuel rassurant avec la féline rousse. Il espérait qu'elle ne disparaîtrait plus, désormais. Il voulait simplement... il ne savait pas exactement... Vivre avec sa présence. Vivre avec cette sensation, ce frisson le long de son échine, indiquant qu'il avait enfin trouvé un être capable de le comprendre. Un éclair suivi d'un coup de tonnerre éclatèrent autour d'eux. Rien ne semblait pouvoir les perturber. La liberté dans leurs membres semblait même se diffuser dans le paysage, qui s'affolait encore et encore, se déchaînait plus que jamais comme pour montrer l'euphorie de ne pas être enchaîné. Lion était fier de ce qu'il était, désormais. Sa mentor défunte, Mélancolie des Fées, serait fière de lui. Le petit lion, ombre du clan du vent, n'était plus désormais. Il était Coeur de Lion. Toujours une ombre, mais plus forte. Invisible mais présent pour son Clan. Sa vraie famille. Tout ce qui lui restait, en fait.

    Sa voix grave et posée s'éleva, couvrant un instant le bruit du vent déchaîné.

    « J'étais là. Un lion debout dans le vent hurlant. Une ombre. »


    Ses yeux verts étincelèrent d'une lueur puissante, confiante.

    « Comme aujourd'hui. Et demain encore. »

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Sam 15 Juin - 0:53



     « Penser que la vie humaine ne peut être régie que par la raison, c’est nier la possibilité même de la vivre. »

    La douleur n'était pas quelque chose de plaisant. Ce n'était pas quelque chose de rassurant, ce n'était pas un cocon dans lequel elle aimait s'enfermer. Au contraire, elle en était prisonnière. Elle souffrait, puisqu'elle n'avait jamais eu sa place nul part. Elle était l'ombre de sa famille, elle les avait quitté pour l'Ombre. Elle était assassin. Pendant son apprentissage, elle s'était battue pour avoir sa place. Elle s'était toujours donné corps et âme pour réussir. Elle avait réussi. Au Camp, elle s'effaçait, puisqu'elle avait choisie cette voix, celle des assassins, celle de la discrétion. Au final, sa place, elle l'avait trouvé. Sa place c'était ça, être assassin. Mais sa place, c'était aussi là, au Quatre Chênes, avec cette présence...

    Elle eut l'impression de tomber. Tomber dans ce regard émeraude infini... Et rien n'était plus agréable. Elle restait accrochée à ces yeux, comme si sa vie en dépendait. Ils n'avaient pas tellement besoin de parler, le silence leur permettait aussi bien de s'exprimer. Sa présence semblait suffisante pour qu'elle le comprenne. Elle n'avait besoin de rien d'autre. Elle semblait pour une fois avoir trouver un équilibre, l'équilibre de sa vie, celui qui avait volé en éclat à sa naissance, lorsque sa mère était morte. Ou presque. Après tout, elle était revenue après, des mois après. Mais elle ne se souvenait de personne. Alors bon, c'était comme si elle était morte. De toute façon, elle avait à nouveau disparue. C'était mieux ainsi. Abysse de l'Oubli s'était crue proche de sa mère, elle pensait et voulait lui ressembler. Et puis, elle l'avait rencontré. Quelle erreur. Sa mère, un simple pantin aux pattes de son Oncle. L'inverse de ce qu'elle voulait être. La liberté, voilà ce qui l'avait toujours attirée. Voilà ce qu'elle retrouvait en lui. Non seulement son équilibre, mais aussi son insatiable envie de liberté. Et, quand elle plongeait son regard dans celui du Lion, elle lisait une souffrance qui était aussi sienne. Pendant quelques instants, ses yeux demeurèrent clos. Elle balada son regard partout, découvrant ce que la Nature avait fait aux Quatre Chênes, réalisant l'eau qui avait trempé son pelage...
    Les yeux du Lion s'ouvrirent. Le reste n'avait plus d'importance.
    Un éclair illumina la scène, lui donnant un aspect irréel. Pendant une fraction de seconde, la clairière rayonna. Et puis, replaçant la foudre, le tonnerre se mit à gronder. Par deux fois. Les éléments se libéraient, déchaînant leur puissance infinie. Puis les grognements du Ciel s'apaisèrent.


    « J'étais là. Un lion debout dans le vent hurlant. Une ombre. »

    Elle trouvait dans son regard, dans sa voix, dans ses paroles, quelque chose de rassurant. Oui, sa place, elle la trouvait en étant là. Là, alors que la tempête se déchaînait, que la pluie l'avait trempée jusqu'aux os, que le vent martelait ses flancs... Les yeux de Cœur de Lion brillèrent et elle se noya dans ce regard vert. « Comme aujourd'hui. Et demain encore. » Elle se sentait bien, elle se sentait entourée, elle se sentait légère, elle se sentait libre. Il serait là, pour toujours. Sa présence l'accompagnerait, son souvenir la hanterait. Le monde ne se déchirait pas, la douleur reculait, l'avenir s'étalait sous ses pas. Elle avait la vie devant elle.
    Et il était là.

     « Je l'espère. Je l'espère tellement. »

    Sa voix avait totalement perdu sa froideur. Elle laissait place à une certaine douceur inédite. Elle laisse place à quelque chose de plus mélodieux, plus agréable. Elle laissait place à ce qu'Abysse aurait toujours pu être si la vie ne l'avait pas tant brisée. Mais le monde s'était acharné contre elle. Et si elle connaissait une période d'accalmie, elle était loin de se douter de ce qui allait lui tomber dessus. En attendant, elle se laissait aller. Leur regard était ce lien si puissant, si agréable.

     « Moi aussi, j'ai toujours été là. Ombre parmi les ombres, j'attendais. »

    Sa voix s'éteignit, son regard se perdit une fois de plus dans celui de Cœur de Lion.
    Autour d'eux, la tempête se déchaînait toujours.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Sam 15 Juin - 20:00



Les yeux sont les fenêtres de l’âme.


    Libre. Au cœur de la tempête, leurs âmes se rencontraient enfin. A travers cet échange de regards qui traversait le temps et les lunes. Leurs esprits se croisaient de nouveau. Et ce lien n'ayant nul besoin de mots s'épanouissait sur le fil reliant leurs yeux. Au milieu de la tempête, balloté par le vent, éclairé par l'orage, ce fil dansait encore et encore. Il entamait le ballet de leurs souffrances et de leurs sentiments. Il virevoltait dans les pirouettes de leurs cœurs soudain attachés l'un à l'autre. Il n'existait plus que ce bleu océan et ce vert émeraude de leurs iris mélangés. Les éléments eurent beau se déchainer, le fil ne faiblissait pas, au contraire. Il n'en devenait que plus intense. Et le temps poursuivait sa course que cela même n'entachait rien à leur silence partagé. Jusqu'à ce qu'elle le brise, pour élever sa voix plus envoûtante encore que le précédent silence.

    « Je l'espère. Je l'espère tellement. »

    Une douceur, inédite. Cœur de Lion comprit soudain qu'elle lui était adressée et n'en revenait pas. Comment aurait-il pu le croire ? Tout cela était irréel, improbable, illogique. Et pourtant. Plus il s'accrochait à ce regard, plus il esquissait la réalité de ce lien si puissant. Lorsqu'il basculait dans ces pupilles noires entourées d'un bleu hypnotique, le reste devenait flou. Le reste perdait sa consistance. Seuls restaient ses yeux bleus, défiant la logique, défiant la raison. Défiant tout ce qui existait au monde pour ne laisser que la paix et l'envie d'être en vie. Pour pouvoir les contempler plus encore. Coeur de Lion n'osait même plus bouger, parler, répondre. Il se sentait démuni. Que pouvait-il faire face à ces yeux-là ? Son âme tremblait d'ouvrir une fenêtre sur la sienne. La profondeur de ce lien qui dansait lui parut soudain essentielle. Fallait-il qu'il découvre enfin la vérité. Fallait-il que les espoirs qu'elle formulait soit les mêmes pour lui.

    « Moi aussi, j'ai toujours été là. Ombre parmi les ombres, j'attendais. »

    Il lui sembla se noyer dans les vertiges de son regard. Il se laissa aller à son tour, se laissa couler en elle, ouvrit son regard. Lui si secret, si distant, si invisible pour les autres. Il avait soudain conscience que quelqu'un le voyait. Quelqu'un le regardait, lui, comme il était, tout entier. Les mêmes souffrances. Ils avaient les mêmes souffrances. Les mêmes douleurs. Le même désir de liberté et les mêmes espérances. Il détailla le visage d'Abysse de l'Oubli, sa fourrure trempée mélange de roux et de crème, son expression plus paisible qu'au début de leur rencontre. Les gouttelettes tombaient sur elle comme autant de larmes qu'elle n'avait sans doute jamais versées. La pluie les versait pour elle. Et sur le lien qui les unissait dansaient leurs souffrances. Plus rien ne les enchaînait. Et pourtant ils se liaient d'eux-mêmes l'un à l'autre, parce que c'était si agréable, si puissant, si paisible. Un nouvel éclair plus vif encore illumina la clairière. Tout devint blanc. Cœur de Lion s'avança. Un pas unique. Un pas incontrôlé. Il ne savait même pas pourquoi il avançait. L'éclair s'évanouit, le tonnerre gronda, leurs regards se rencontrèrent de nouveau.

    « Qu'attendais-tu ? »

    Un murmure. A peine plus audible qu'un scintillement d'étoile. Balayé par la tempête, il restait pourtant aussi immobile que possible. Il ne savait pourquoi mais soudain, il avait peur. Peur de la voir disparaître. Peur de la voir s'évanouir de nouveau. Peur qu'elle ne soit qu'un filet de brume, qu'une ombre plus intense que les autres, qu'un simple rêve. Peur qu'elle soit aussi éphémère que la douceur qu'il avait autrefois connu chez sa mère, avant qu'elle ne se retrouve couverte du sang rouge de la décadence et du chaos. Il n'osait plus faire un autre pas. Se contentait de la regarder. De la découvrir plus encore.

    Son univers se résumait soudain à ses yeux bleus.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Lun 17 Juin - 14:57

    http://www.youtube.com/watch?v=co5gy_2uOEY

     « Car ils étaient unis par un fil qui ne pouvait exister qu'entre deux individus de leur espèce, deux individus qui avaient reconnus leur solitude dans celle de l'autre. »



    « Qu'attendais-tu ? »

    Qu'avait-elle attendu ? Pendant tout ce temps, qu'attendais-elle ? Elle ne savait pas. Elle n'avait jamais su. Sa vie n'avait aucun sens puisqu'elle n'avait jamais pu lui en donner un. Tout changeait si vite. Elle n'était pas stable et n'avait aucun objectif. Oui voilà. Elle ne savait pas quoi attendre dans la vie. Elle avait voulu devenir assassin et c'était chose faite. Elle n'avait pas plus d'ambition. Alors qu'avait-elle attendu ?
    Cœur de Lion avait fait un pas, la scène s'était illuminée pendant quelques secondes et il avait posé cette question.
    Depuis qu'elle avait vu le jour, Abysse de l'Oubli était ombre. Le premier corps qu'elle avait touché était tiède mais l'odeur de la mort régnait. Elle avait été élevée par un père détruit par le chagrin qui partait et revenait comme s'il n'avait pas d'enfant. Elle avait grandi en se disant que si elle devenait comme sa mère, son père lui porterait plus d'attention. Elle avait était façonnée à l'image du couple que formait Cœur de Miel et Nuage de Saphir : un couple brisé. Comment alors aurait-elle pu être différente de ce qu'elle était ? Abysse de l'Oubli avait rejoins l'Ombre lorsqu'elle était enfant. Son père restait indifférent. Elle avait mis en place ce véritable mur entre les autres et elle. Elle s'était fabriquée ce masque d'indifférence. Elle avait rejeté sa famille. Elle était devenue assassin. Et son père restait encore et toujours obsédé par Nuage de Saphir. Sa sœur avait été déclarée morte. Il ne restait alors plus que Nuage de Soleil et Nuage de l'Oubli. Elle n'était plus Petit Esprit, elle avait totalement changé. Esprit avait disparu.
    La suite, elle préférait ne plus y penser.
    Elle n'avait jamais aimé, elle n'avait pas d'amitiés particulières. Abysse de l'Oubli était un enchevêtrement compliqué de haine et de douleur. Sa vie était basée sur la colère infinie qu'elle avait canalisée pour la changer en force.
    Et dans le tumulte de sa vie, elle en avait oublié ce Lion qui, le temps d'une soirée, lui avait fait oublié ce qu'elle avait vécu.
    Son regard bleu se perdit une nouvelle fois dans l'univers qui était uniquement composé de vert émeraude. Elle ne méritait pas qu'on s’intéresse autant à elle, elle le savait, elle n'avait rien que l'on puisse aimer, elle n'était rien. Et pourtant, rien n'était plus agréable que ce regard envoûtant.
    Qu'avait-elle attendu depuis tout ce temps ? Elle le savait si bien au fond. Elle avait attendu de pouvoir vivre un jour, aux yeux de quelqu'un, ou même aux siens.

    Le vacarme était incessant. Les éclairs étaient puissants et se répétaient à intervalles irréguliers. Le Tonnerre était un grondement presque continu. La pluie tombait si fort qu'on aurait dit de la grêle. Le vent faisait dangereusement pencher les arbres. Au milieu d'une clairière bordée par quatre chênes, deux silhouettes s'observent, se redécouvrent.
    Ombres parmi les ombres, Cœur de Lion et Abysse de l'Oubli se retrouvent.

     « J'attendais... j'attendais que ma vie commence. J'attendais d'exister. »

    Elle fit un pas en avant et s'arrêta, comme paralysée.
    Le Vent et l'Ombre... On aurait dit une histoire déjà vue et vouée à l'échec qui recommençait.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Sam 22 Juin - 13:57



Et soudain pour un simple regard
Je veux vivre au bord du vide.


    L'orage hurlait sa rage en tambourinant contre les nuages. Le vent se joignait à la symphonie destructrice en sifflant sa haine contre les chênes immenses. Tout n'était que chaos. Et Cœur de Lion ne ressentait qu'harmonie. Dans ce regard, il trouvait tout ce qu'il était. Dans ses mots il écoutait l'écho de sa propre attitude face au monde et à la vie. Il était né là-bas, dans une ville déchirée par la guerre et le sang. Chaque jour était un combat. Dès sa naissance il ignorait de quoi était faite la paix. Le sang, la rage, la haine : c'était son quotidien. Son père, le fier Néo, solitaire arrogant et tyran puissant. Roi des ruines dans lesquelles les chats errants régnaient. Son grand frère, Ryu, déjà trempé autant de pourpre que de ténèbres. Et au milieu de tout cela, sa mère. Son pelage blanc. Ses yeux émeraudes. Et son sourire empli d'amour et de lumière. Qui aurait cru qu'une fleur de lune pousserait même dans un endroit aussi noir ? Evangéline la douce. La belle, la femelle que tous désiraient pour sa pureté. Elle possédait une force d'âme si puissante et si délicate que même les mâles les plus sanguinaires, comme Néo, succombaient à sa gentillesse. Lion sentait son cœur se serrer. Repenser à cette époque faisait renaître en lui l'étau de fer des jours passés. Sa mère avait donné toute son âme pour le préserver, lui, le jeune Léo, de la rancœur et de la haine. Elle avait tenté de le faire grandir dans une bulle. Mais c'était peine perdue. Et elle le savait, bien que pas une seconde elle n'ait ne serait-ce qu'envisager d'abandonner. Léo fut atteint par la mélancolie, par les horreurs, et envoyé au front. Sa mère mourut cette nuit-là. Son pelage maculé de sang. Et Léo... était devenu une machine à tuer. En l'espace d'une nuit, il avait causé par vengeance plus de morts que n'importe quel lieutenant des chats des ruines. Plus que son frère Ryu. Son père avait été fier de lui. Mais Léo n'avait pas été en repos. Cette nuit-là était connue aux ruines comme la Nuit Sanglante. Le massacre fut sans précédent. Léo tua sans distinction, même les siens. Ce que sa mère avait voulu lui éviter fut déclenché par son assassinat. Et après cela, Léo ne fut plus rien. Rien qu'une ombre. Pas même un déchet misérable. Il n'avait plus d'existence. Plus de consistance. Ce n'est pas qu'il voulait mourir, c'est qu'il ne pouvait plus vivre.

    Le tonnerre ramena Cœur de Lion au présent et aux yeux d'Abysse de l'Oubli.

    « J'attendais... j'attendais que ma vie commence. J'attendais d'exister. »

    Elle fit un pas, unique. S'arrêta, aussi paralysée qu'il l'était. La vie jouait avec les fils rouges du destin. Elle entremêlait les choses et les gens. Les âmes et les regards. Il y a longtemps de cela, alors qu'il n'était rien, il s'était effondré dans la neige. La fièvre le gagnait. La mort l'attendait au tournant. Là, sur une frontière entre le vent et l'ombre, entre la vie et l'inexistence. Des pas légers s'étaient faits entendre. Des pas comme une musique mélancolique. Un Piano solitaire. Et un visage roux aux yeux bleus s'était penché sur lui. L'expression glaciale, mais emplie de souffrance. Et il avait perdu connaissance. Le lendemain au soir, il était sorti contempler les étoiles. Et elle fut là. Son regard plongé dans le sien. Et l'espace de ces quelques heures, alors, Cœur de Lion avait recommencé d'exister.

    « Tu as toujours existé à mes yeux. »


    Les éléments continuaient de se déchaîner. Il pensait à l'avenir. Où cela les mèneraient-ils de continuer ? Pourquoi s'attacher alors qu'à tout moment les êtres pouvaient vous être arrachés ? Il revit sa mère, baignée dans le sang. L'espoir ne survivait pas en ce monde. L'amour finissait tâché de rouge. Il revit sa mentor, son pelage écaille en touffes hirsutes, son corps formant un angle étrange. La confiance finissait brisée au bas des falaises. Et il baissait les yeux sur ses propres pattes. Épaisses, puissantes. Elles furent couvertes cette nuit-là d'un liquide rubis si épais qu'il en devenait noir. Il se mit à trembler doucement sous la pluie torrentielle. Il n'était qu'un monstre après tout. En quoi méritait-il qu'Abysse pose son regard sur lui ? Et s'il la tuait aussi, comme toutes ces âmes à qui il n'avait jamais su demander pardon ? Si son visage finissait par faire parti de ceux qui le hantaient d'horreur sans répit la nuit ? Il ferma les yeux, sans pouvoir s'arrêter de frissonner. Il ne pouvait pas s'attacher. Il était un meurtrier. Et sur son chemin, seule la mort se répandait. Sa mère, sa mentor, des inconnus... Personne ne restait longtemps dans sa vie. Il ne pouvait pas s'attacher. Trop douloureux. Trop dangereux. Il rouvrit les yeux, posa son regard sur Abysse, se noya dans ses yeux bleus. Sa gorge se serra. Lentement, une larme coula sur sa joue et se mêla aux gouttes folles de la tempête.

    « Et le monde qui continue de tourner malgré tout... »


    Souffrance. Fragilité.
    Il s'ouvrait et ce pas de l'âme lui faisait plus peur encore que le précédent.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Dim 23 Juin - 19:57



     « Combien d'épreuves un être vivant peut-il endurer avant de se briser définitivement ? »

    L’ombre, c’était elle. La note dissonante dans le tableau des autres, c’était elle. Celle qui détruisait tout ce qu’elle touchait, c’était encore elle. Ses yeux d’un bleu sombre n’était qu’une invitation à la douleur. Abysse de l’Oubli n’était pas l’harmonie. Elle ne prônait pas le chaos mais son être entier l’était. Elle n’était pas à son aise dans la lumière, elle n’aimait pas être vue. Elle était si discrète, si effacée. Elle n’avait pas d’ambition, pas d’envies. Et pourtant, ces yeux émeraudes braqués sur elle lui donnait envie de croire qu’elle existait bien. L’assassin de l’Ombre vit le guerrier du Vent se perdre dans ses souvenirs. Il la regardait sans la voir et elle redevint ce qu’elle avait toujours été : Une ombre. Le monde autour d’elle pouvait briller, elle était la noirceur résident dans chaque être. Et le temps, l’orage qui se déchaînait n’était qu’un écho de ce qu’elle ressentait. Abysse de l’Oubli était une ombre, rien que ça, et elle ne pouvait l’oublier. La rouquine observa le vent qui obligeait les arbres à se soumettre, à se plier. Elle observa la lutte acharnée qu’ils menaient; leurs branches se mouvaient dans tous les sens. La pluie tombait tel un torrent, comme si le ciel se vidait de toute l’eau qu’il avait accumulé depuis la nuit des temps. On aurait dit que l’orage voulait tout noyer, tout engloutir. Le grognement du tonnerre résonnait comme s’il était juste au dessus d’eux. Les éclairs se succédaient. Du regard, Abysse de l’Oubli chercha la lune. Elle trouva l’astre parfaitement rond à travers les nuages.

    « Tu as toujours existé à mes yeux. »

    Elle-même perdue dans sa contemplation, elle n’avait pas remarqué qu’il était revenu à lui. Elle avait toujours existé pour lui… Un doux sourire se peignit sur ses lèvres. Elle le vit alors trembler. Le grand Lion semblait ébranlé. Comme si partir dans ses pensées l’avait soudainement torturé. Elle lu une souffrance plus intense qu’avant dans ses yeux. Elle lu ses doutes. Elle lu ses peurs. Ses yeux se fermèrent et leur contact fut perdu. Il frissonnait toujours et immobile l’Ombre demeurai paralysée. Elle s’apprêtait à avancer encore lorsque ses yeux verts s’ouvrirent. Son sourire doux s’effaça. Elle vit la larme avant qu’elle tombe de son œil, elle suivit sa descendre à travers la pluie qui dégoulinait de son visage, elle la regarda mourir aux coins de ses lèvres… « Et le monde qui continue de tourner malgré tout... » Est-ce que le monde tournait vraiment ? Est-ce qu'il continuerait si elle faisait ce pas en avant elle aussi ? L'univers de ses yeux lui parut tout à coup effrayant. Effrayant et attirant. Ses doutes persistaient et elle ne pouvait les enfermer. Elle voulait... elle voulait faire ce pas en avant elle aussi. Elle voulait s'ouvrir, parler.

     « Mais je ne suis ni une Dame Marchombre, ni Esprit. Je suis une Ombre, je suis un assassin. Je détruis tout ce que j'approche. Mon monde ne tourne plus depuis longtemps, il s'écroule. Tu as également toujours été là, quelque part en moi. Mais j'ai toujours préféré ne pas penser au Lion. Toutes les personnes auxquelles je me suis accrochée ont finis mortes ou disparues. »

    Elle cessa de parler, sa voix fut comme coupée. Elle retrouva ses yeux verts. Elle ne devait plus douter, elle devait être sûre.
    Mais elle ne voulait pas l'entraîner dans les abysses qu'elle connaissait, elle ne voulait pas le détruire lui aussi.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Lun 1 Juil - 18:50



Il faut que tu respires
Et ça c'est rien de le dire.

    Au fond de ses yeux océans auxquels il s'accrochait, il trouvait l'univers entier condensé dans des éclats de souffrances. Pourquoi fallait-il qu'ils se soient rencontrés ? La lucidité se fraya lentement un chemin dans l'esprit de Cœur de Lion. L'orage grondait et la pluie frappait son pelage avec la violence des bourrasques. Il était trempé et soudain, le froid s'infiltrait jusque dans son âme. Le Vent et l'Ombre. Deux clans ennemis. Cette rencontre n'avait aucun sens. Il aurait dû... Il ne savait pas ce qu'il aurait dû faire mais il sentait que la pente glissait dangereusement. Néanmoins, il ne fit pas un seul pas en arrière. Étrangement il ne regrettait rien. Alors que sa vie n'était parsemée que de remords, cette fois-ci, il se sentait enfin vivre. La présence d'Abysse de l'Oubli, son regard dans lequel il se noyait... Tout prenait sens à ses côtés. La vie trouvait enfin un chemin. Elle venait de s'insinuer dans son cœur sans qu'il ne puisse rien faire, sans qu'il n'ait envie de lutter contre. Faire un tel pas de l'âme, lui montrer sa fragilité, lui parler... Tisser un lien sur lequel ils pourraient danser ensemble pour l'éternité. Les éléments pouvaient bien se déchaînés, rien n'était plus beau et plus prenant que le regard de la belle féline rousse.

    « Mais je ne suis ni une Dame Marchombre, ni Esprit. Je suis une Ombre, je suis un assassin. Je détruis tout ce que j'approche. Mon monde ne tourne plus depuis longtemps, il s'écroule. Tu as également toujours été là, quelque part en moi. Mais j'ai toujours préféré ne pas penser au Lion. Toutes les personnes auxquelles je me suis accrochée ont finis mortes ou disparues. »


    A son tour, elle venait de franchir le pas de l'âme. Les tremblements de Lion se calmèrent doucement. Le froid qui s'emparait de lui recula, pour laisser place à une chaleur plus douce et plus mordante que tout ce qu'il avait pu ressentir auparavant. Il aimait cette douleur au goût de miel. Il reçut les paroles d'Abysse comme un cadeau. Un cadeau exigeant et écrasant. Un cadeau pour grandir, comprendre, s'ouvrir, apprendre. Et il continua d'accrocher ses yeux émeraudes aux siens et à faire danser leurs pupilles au rythme de leurs cœurs. Ainsi était-elle l'une de ses fameux assassins de l'Ombre. La nouvelle ne l'ébranla pas. Dans chacun des mouvements souples de la féline, dans la souffrance de son regard, dans l'ombre qu'elle était, il avait perçu cette différence. Désormais, il pouvait y mettre un nom, voilà tout. Assassin. Tout comme lui. Voilà pourquoi leurs esprits s'accordaient. Voilà pourquoi la même souffrance scintillait au fond de leurs yeux. Tous les deux, ils avaient distribués la mort avant même d'apprendre ce qu'était la vie. Ainsi, tous les deux, ne possédait une vie faite que de douleurs, de disparitions, d'absences. Vivre leur était un verbe davantage étranger que celui de mourir.

    Cœur de Lion ne la lâcha pas une seule seconde du regard. Il resta impassible, doux, les iris vert profond plongé dans ses yeux bleus abyssaux.

    « Si l'on raisonne ainsi, alors je ne suis pas un Lion. Je suis également un Assassin. »


    Il fit une pause, laissant le silence les envahir tous les deux malgré le vacarme de la tempête autour.

    « Mais cette rencontre en elle-même ne relève pas de la raison. Ton monde, mon monde, s'écroulent. Le monde, lui, tourne et nous oublie. Du moins, c'est ce que j'ai toujours cru. Aujourd'hui je ne sais plus. J'avais décidé de ne plus jamais m'attacher, tu sais. Parce qu'ils partent et meurent tous. Ils nous abandonnent ou nous ne sommes pas assez forts pour les protéger. Je suis une Ombre aussi. Mes pattes rougies du sang. Je ne mérite même pas que tu poses ton regard dans le mien, Dame Marchombre... »


    Malgré ses paroles, il ne la lâcha pas des yeux.

    « Et plus je te regarde, plus ces règles m'échappent. »

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Jeu 4 Juil - 22:23



     « Aujourd'hui, nos chemins se séparent, pourtant, malgré ma peur et mon chagrin, j'ai envie de dire que ce n'est pas grave. Je tournais en rond, j'étais perdue, vous m'avez sauvée en m'apprenant la ligne droite. Cette ligne droite a beau m'entraîner vers l'inconnu, cet inconnu vaut mille fois mieux que l'existence qui aurait été la mienne si je ne vous avais pas rencontrés. »

    L'ombre se retrouvait dans ses yeux, depuis longtemps. Lui suffisait-il de croire en ce lien pour approcher un peu plus l'harmonie ? Retrouver un équilibre qu'elle n'avait jamais eu lui semblait impossible. Elle se renfermait, elle s'interdisait de vivre, elle ne voulait pas le détruire lui aussi. Pourtant, son regard bleu resta accroché aux verts de Cœur de Lion. Dans ce même regard, des lunes plutôt, elle s'était perdue. Et, sans un mot, ils s'étaient promis de ne jamais s'oublier tout en laissant les souvenirs de cette rencontre s'enfoncer doucement dans les brumes qui représentaient l'enfance. Pouvait-elle faire les mêmes erreurs que ses parents ? Elle en doutait. Abysse de l'Oubli avait un Clan, en fait, elle n'avait que ça. Jusqu'à ce moment. Elle avait retrouvé l'infinie verte du Lion. Elle l'avait retrouvé, lui. Mais elle devait servir l'Ombre en étant assassin. Elle avait trouvé sa voie, elle ne voulait pas être reniée par le Clan ou torturée par son absence. Il avait cessé de trembler, et alors qu'elle doutait, lui restait là, immobile, rassurant. Leurs regards ne se quittaient pas, elle s'abandonna à cette contemplation. Elle marqua dans sa mémoire les moindres nuances de ses yeux verts, elle observa ce dégradé de vert qui s'accordait à merveille avec son pelage gris désormais trempé. Mais la pluie, le vent, le tonnerre, la foudre... rien n'était important. Rien à part lui. Elle se laissa aller. Elle devait oublier ses doutes et ses pensées. N'était-elle pas libre ? Si, bien sûr qu'elle l'était. Mais sa liberté n'existait que parce qu'elle voulait bien y croire. D'autres, en sachant qu'elle appartenait à un Clan trouverait que sa notion de liberté était bien étrange. Mais trouver sa voie, c'était ça être libre. Et l'Ombre lui permettait tout ça. L'Ombre lui permettait d'évoluer comme un électron libre. Mais elle appartenait à ce Clan. Sa loyauté était sans faille, elle avait toujours fait en sorte qu'il en soit ainsi.

    « Si l'on raisonne ainsi, alors je ne suis pas un Lion. Je suis également un Assassin. »

    Elle l'épia, sans un mot. Lui, un Assassin ? Ça ne l'étonnait pas. Elle s'était reconnue en lui. Ils étaient identiques. Elle avait lu dans son regard la même solitude, la même souffrance.

    « Mais cette rencontre en elle-même ne relève pas de la raison. Ton monde, mon monde, s'écroulent. Le monde, lui, tourne et nous oublie. Du moins, c'est ce que j'ai toujours cru. Aujourd'hui je ne sais plus. J'avais décidé de ne plus jamais m'attacher, tu sais. Parce qu'ils partent et meurent tous. Ils nous abandonnent ou nous ne sommes pas assez forts pour les protéger. Je suis une Ombre aussi. Mes pattes rougies du sang. Je ne mérite même pas que tu poses ton regard dans le mien, Dame Marchombre... »

    Oui, ils étaient les mêmes. En tout point. Et si elle n'avait pas eut cet attachement pour l'Ombre, tout aurait été plus facile. Mais depuis toujours, il était inscrit dans ses gènes que rien ne serait simple pour la femelle rousse. Il ne cessait de la regarder. Et elle soutenait ce regard qu'elle ne voulait pas perdre. Elle avait toujours mis une barrière entre les autres et elle. En voyant Cœur de Lion, elle savait qu'il l'avait franchi depuis bien longtemps.

    « Et plus je te regarde, plus ces règles m'échappent. »

    Ne devait-elle pas lutter contre tout ? Toutes ces belles paroles, tous ces sentiments ? N'était-il pas temps pour elle de partir et de rejoindre l'Ombre ? Elle hésitait. Elle ne devait pas être là, avec lui. Et d'un autre côté, ses yeux verts l'hypnotisaient et lui faisaient oublier ses devoirs envers son Clan. Ça ne lui était jamais arrivé et ça ne devait pas arriver. Elle n'avait pas prévue ça, elle avait l'impression de tomber, de perdre contrôle. Et elle n'était plus aussi certaine d’apprécier.

     « Moi aussi. Plus je te regarde, plus ces règles s'effacent. »

    Pendant quelques instants, elle resta silencieuse. Son regard bleu ne lâchait pas le vert du Lion.

     « Mais je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. »

    Elle poussa un long soupire. Pour une fois, Abysse de l'Oubli se retrouvait dans une impasse. Elle se sentait incapable de prendre la moindre décision. Elle était inquiète. Enfermée dans l'univers infini de son regard émeraude, elle savait. Il était les deux à la fois.
    Son problème et sa solution.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Dim 21 Juil - 22:54



« This is a story of boy meets girl, but you should know upfront, this is not a love story. »

      Le temps perd son emprise et tombe dans l'oubli quand vient la rencontre. Il est enfin possible de le suspendre. De se reposer, souriant. De sortir de la course, aussi simplement que cette existence, de s'effacer au monde pour n'être plus que deux. Il est des doutes et des inquiétudes. Mais dans l'univers de son regard, il n'est autre possibilité qu'un éclat de certitude. Il est aisé de briser des barrières qui n'ont jamais existé. Il est plus dur de s'y accrocher, de marcher à travers l'inconnu... Mais trembler n'est pas une tare. Et dans ses yeux l'on peut trouver la solidité pour tenir droit.
      Cœur de Lion la regardait. Il la trouvait belle, mystérieuse, solitaire. Aussi blessée par la vie que lui. Tout autant faite de ces ombres salvatrices. La pluie avait plaqué son pelage contre ses formes et les sublimait parmi les gouttes de pluie. Les feuilles des arbres secoués par le vent dessinaient des formes ouatées et sombres. S'illuminait le ciel de temps à autre par un éclair suivi du grondement lent de l'orage. Le temps n'avait plus d'emprise sur lui. Et c'était bien cela, le plus inquiétant. Une boule se forma en bas de son ventre. Il avait envie d'avancer plus loin, de la toucher, de l'approcher, de la connaître. Ses pattes étaient paralysées. Son visage impassible, bien que son regard émeraude ne puisse mentir en étant plongé dans ses yeux océans. Dans son esprit, plusieurs états se disputaient. Il cèderait, si sa nature sombre ne lui dictait de rester distant, si sa nature loyale ne lui imposait de s'enfuir avant de perdre l'âme, et si sa nature sceptique ne le faisait pas douter de lui à chaque instant. Il remettait tout en question. Sans cesse. Et tandis que les éléments se déchaînaient, il se sentait englouti dans une spirale sans fin, dans un croisement inéluctable où il devrait choisir un chemin qui déterminerait sa vie entière. Et il restait là, immobile, à la regarder.

      « Moi aussi. Plus je te regarde, plus ces règles s'effacent. »


      Il resta silencieux. La regardait, toujours. Ses iris verts brillants d'intensité. Ils partagèrent ces minutes dans le bruit du silence avant qu'elle ne reprenne la parole.

      « Mais je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. »


      Il écouta son long soupir, plus audible que la tempête. Il se sentait exactement comme elle. Il ne la comprenait que trop bien. Et en même temps, il avait encore tout à apprendre d'elle. Cependant, avaient-ils un quelconque avenir, ou même un quelconque présent à se partager ? Le silence le gagna tout entier. Pas un mot, pas une phrase. Ne restait plus que son regard. Aussi vert que les bois, aussi sombre que la nuit, aussi profond que les ombres. Intense comme cette rencontre. Intense comme tout ce qui se bousculait en lui.

      Il la fixait, silencieux.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Mar 6 Aoû - 0:21



     « L'amour est comme la fièvre, il naît et s'éteint sans que la volonté y ait la moindre part. »

    Pourquoi avait-il fallut que ce soit elle ? Pourquoi s'était-elle rendue aux Quatre Chênes ? Au fond, peut-être qu'elle avait sentit sa présence et qu'elle avait voulu le retrouver. Ils étaient liés, au delà de ce qu'elle pouvait imaginer. Le chemin qu'elle arpentait n'était pas le même que le siens. Lui le Vent, elle l'Ombre. Début d'histoire raté. Plus son regard émeraude la dévorait, plus elle sentait sa raison vaciller, elle sentait que la barrière qu'elle s'était imposée entre les autres et elle se consumait doucement. Elle était terrifiée, incapable de choisir quoi que ce soit. S'attacher et souffrir ou rester loin et souffrir aussi ? Non, la première option n'était pas envisageable. Elle avait quitté le Vent, plus aucun membre de sa famille y demeurait. Il n'y avait que l'Ombre. L'Ombre, l'Ombre, l'Ombre... et le Lion. Ce Lion magnifique. Elle le détailla une fois de plus. Sa carrure forte, il la dépassait de quelques centimètres, sa musculature était bien plus visible, bien plus celle d'un guerrier, que celle, fine, de l'assassin qu'elle était. Son pelage était un enchevêtrement de gris plus ou moins foncé. Ses pattes étaient grosses, fortes. Sa silhouette lui donnait l'impression d'être en sécurité. Et puis, venait son regard. Ce dégradé de vert, cette intensité. Muet, il l'observait. Muette, elle le contemplait. Réunis dans leur silence, proches et pourtant si loin l'un de l'autre. Elle ne pouvait pas l'approcher, paralysée, elle demeurait immobile.

    Abysse de l'Oubli sentit tout-à-coup les gouttes qui s'écrasaient avec violence sur son dos, sur son flanc, sur sa tête. C'était comme si elle sortait d'un rêve, comme si elle réintégrait la réalité après un moment d'inconscience. Et c'était un peu ça. Leur rencontre était hors du temps, leur rencontre était comme une trêve qu'on leur avait accordé. Mais tout était éphémère, et cette rencontre, pour exceptionnelle qu'elle fut, ne devait pas s'éterniser. Elle remarqua que le vent la bousculait avec force, elle fut assourdie par le tonnerre : en réalité, le monde ne leur offrait pas une trêve, les éléments se déchaînaient pour les séparer. Mais qui pouvait vraiment le faire à part eux-mêmes ? Elle savait très bien qu'elle ne pouvait pas rester là. Depuis combien de temps était-elle avec lui ? Une minute, une heure ? Deux, trois, dix ? L'assassin n'en n'avait aucune idée. La magie de leur rencontre était encore présente, comme si elle le serait pour toujours. Et pourtant...

     « Vas t'en. »

    Sa voix ne fut qu'une murmure, à moins qu'elle ne lui hurla, elle ne savait plus. Ces simples mots étaient douloureux et, sans lui laisser le temps de répondre, elle quitta à regret son regard vert. Silencieuse telle l'Ombre qu'elle était, Abysse de l'Oubli tourna les talons.
    En une seconde, elle s'était évanouie dans la nature, une douleur en plus en elle.
    Déjà, son regard émeraude lui manquait.

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MessageSujet: Re: Sad Songs [PV]   Jeu 26 Sep - 15:46



« I will never say it. But I miss you. »


      « Vas t'en. »

      Ce furent ses derniers mots avant qu'elle ne s'évanouisse dans la tempête.

      Immobile, silencieux, Cœur de Lion resta longtemps au milieu des quatre chênes sous la pluie et le tonnerre déchaînés. Il sentait de nouveau le poids de la Solitude peser sur ses épaules. A chaque goutte de pluie s'écrasant sur son pelage, une douleur lui revenait. Il était seul. Il était misérable. Et le monde n'avait plus aucun sens. Cette réalité autour de lui revenait aussi brutale que le vent hurleur. Et pourtant, rien n'était plus réel. Il ne se sentait plus en vie. Et il savait, il savait que jamais il ne serait plus vivant tant qu'elle ne serait plus là. Ses sens auraient beau entendre, goûter, voir, toucher, sentir, tout serait fade et sans but. L'instant de leur rencontre s'était envolé et désormais il éprouvait la souffrance de l'absence.

      Et il désirait ne plus jamais la revoir.

      A son tour, il tourna les talons et s'enfonça dans la forêt. Sa foulée, lente, lourde, morte. Dans son esprit ne restait qu'un regard bleu océan et un pelage roux trempé, se tenant droite sous la pluie, se tenant droite face au monde, se tenant droite face aux souffrances. Ses yeux émeraudes vides se relevèrent soudain et il regarda droit devant lui. Il lui fallait vivre. C'est ce qu'il avait toujours fait. Survivre. Avancer, toujours. Son pas s'accéléra. Autour de lui, les ombres des arbres balayés par l'orage se mouvèrent. Il accéléra encore, jusqu'à courir. Courir à en perdre haleine. Courir à en perdre l'esprit.

      Ne jamais plus la revoir.

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