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 l'éveil ~ privé

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William des Cendres
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MessageSujet: l'éveil ~ privé   Ven 25 Oct - 18:51


Son œil s'ouvre. Pâle iris bleu-vert aveuglé par la lumière du jour. Un râle. Sa paupière se referme, alourdie par une fatigue innommable, qui n'avait rien à voir avec le sommeil. Il n'a que la peau sur les os, charogne striée de cicatrices couleur chair. Mais il vit. Il respire. Son souffle lui chatouille les entrailles, son large torse s'élève à un rythme régulier. Mais enfin, son œil se rouvre. Conscient. Et inconscient à la fois. Le chant des oiseaux, dehors. La lumière. Cette fois-ci, il se redresse ; et ses os craquent, et son corps le brûle, mais il se redresse tout de même et, d'un seul coup, d'un seul, se lève. Il chancelle, titube, se ressaisit, prostré contre l'armoire qui borde son lit. Un lit aux draps de soie, un lit blanc, celui des malades. Où suis-je ? Désorienté, il se rassoit, docile, et observe. Sa tête lui fait mal. Son ventre crie. Son regard descend, et se suspend à ses habits. Et quels habits ! On lui avait refilé une chemise de lin, et un pantalon en toile. Lorsqu'enfin il relève l’œil, il constate que ceux qu'il portait auparavant étaient posés sur un siège à proximité, lavés, repassés, bien loin des guenilles qu'ils semblaient être lorsque le pauvre hère qu'il avait été avait laissé la folie le reprendre. Mais la folie n'est plus. La fièvre a disparue. Grise. Son nom est une déchirure, et pourtant, les larmes ne lui viennent plus. Grise. Lointaine, inaccessible. Un amour perdu.
L'homme n'a plus rien du prince. Mais il vit. Par quel miracle ? Il n'aurait su dire. Mais malgré la faiblesse, il était guéri. Guéri de cette peine déchirante qui avait succédé à la haine. Que lui restait-il à présent, si ce n'est des regrets ? Des regrets, et un grand sentiment de lassitude. Où était-il, déjà ? La mémoire ne lui vient plus. Alors il se lève et, le pas maladroit mais plus assuré, s'avance vers la grande baie vitrée qui le lie à la vie, la vie au-dehors, la vie en-deçà des murs. Il ne lui faut pas longtemps pour comprendre, et pour se rappeler. Les couleurs de l'automne se dessinent derrière la vitre lustrée. En contrebas, on peut voir des enfants jouer. Ces lieux, il les a connus, autrefois. Il les a connus plus que quiconque, car c'est ici qu'il est né. Peut-être ici même. Qu'en savait-il ? Il ne s'était jamais posé la question. Il se souvint dès lors d'où il avait été avant de paraître ici. Il revoit Sa Seigneurie, il la voit, mais il sait qu'il ne la voyait pas. Pourquoi ? Pourquoi l'avoir emmené avec elle ? Par compassion ? Par simple courtoisie ? Peu importait désormais. Il était là, et c'était ainsi. Qu'y pouvait-il ? Il avait été trop faible, trop stupide pour s'occuper de lui-même. Il n'avait pas vieilli. Que de bêtise. Il le savait pourtant. Il le savait qu'il était fautif. Il n'avait plus rien ; pas même une cour pour se consoler, pas même une horde de courtisans hypocrites pour lui donner un semblant de reconnaissance, un semblant d'importance – une valeur. Il n'était rien. Plus rien du moins. Il n'avait jamais vraiment été. D'abord copie dépassée d'un père, puis finalement allégorie méprisée du tyran. Sa vie pouvait se résumer ainsi ; un échec. Il avait cru tout posséder. Le pouvoir, une famille, une compagne. Il songea à son fils et sa fille. Les deux seuls qui lui restaient, mais qui ne lui restaient pas, car ils n'étaient rien pour lui, pas plus qu'il n'était quelque chose pour eux. Si ce n'est l'objet de leur courroux. Et sûrement avaient-ils raison de lui en vouloir. Tout cela était pathétique.
Mais enfin, pourquoi songer à tout cela désormais ? Il était là, perché dans cette chambre, désarmé, aussi chétif qu'un gamin se relevant de maladie, et aussi orphelin qu'il n'aurait jamais dû l'être. Et maintenant ? Partir, s'enfuir comme un voleur ? Pour aller où ? Son regard s'arrache des couleurs du paysage qui se tend à lui. Il se pose sur ses habits. Ses gestes le guident, mécaniques, irréfléchis. Il retire ses vêtements d'infortune pour mieux revêtir les autres. Belle chemise, cuir, fourrure couleur de nuit. Il enfile ses gants. Ses gants noirs, de jais, abîmés. Puis il plie soigneusement le reste, qu'il dispose sur son lit. Il est prêt. Mais prêt à quoi ? Prêt à franchir cette porte, celle-là même qui le retient prisonnier ? Il ne l'est pas, non, mais c'est tout comme. Car il sait bien que son honneur a été sali, et qu'il n'est pas plus homme qu'il n'est seigneur. Depuis combien de temps était-il ici ? Il n'en savait rien. Sûrement aurait-il dû se nourrir, mais il avait déjà oublié la faim. Il craignait les regards, les regards emplis de jugement. Il ne pouvait changer de visage, il était déjà bien trop mutilé. Il était maigre, certes, bien plus maigre qu'auparavant, mais il conservait sa largeur d'épaules naturel, son air imposant, comme si un tas d'ossements pouvait l'être. Il ne savait pas encore s'il voulait vivre, mais, puisqu'il vivait, il devait bien faire ainsi.
Avant qu'il n'ait pu s'imaginer à nouveau fugitif, il lui sembla entendre un bruit. Un bruit régulier, celui de pas qui tapent sur le pavé. Il lève la tête. Le teint pâle, les yeux creusés, mais apprêté, prêt à se retirer.
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Julia l'Obscure
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Sam 26 Oct - 15:21

    Elle avait pensé s'habituer à ses fonctions. Elle avait pensé que l'appartement qui lui était réservé allait un jour lui devenir familier. Mais non... Après des années de règnes, elle se sentait toujours aussi étrangère, comme si ça n'était pas sa place. Seule dans la pièce, elle s'approcha de la fenêtre et son regard vert pâle se perdit dans le paysage... Souvent, elle s'était demandée pourquoi s'efforçait-elle à rester et la réponse, toujours évidente, finissait par venir. C'était ses Terres, depuis sa naissance elle était restée là, et si l'inconnue ne l'effrayait pas, elle savait pertinemment que son peuple tout comme ces lieux familiers lui manqueraient trop. Recommencer à zéro, oublier, partir... Si seulement. Mais rien ne pouvait effacer sa mémoire et tout ce qu'elle avait vécu ne la laisserait jamais tranquille. Deux fois mère, deux fois elle avait perdu ses filles. Comme si elle n'avait pas le droit de prétendre au doux bonheur qu'un enfant aurait pu lui apporter. La femme blonde sortit finalement de la pièce, ignorant ces courtisant qui l'étouffaient, elle voulait simplement être tranquille. Pendant un moment, elle déambula dans les nombreux couloirs du bâtiment, souriant tendrement en passant devant l'endroit bruyant dans lequel des enfants jouaient, elle s'y attarda, contemplant ce spectacle qui ne manquait jamais de l'attendrir. Pendant quelques secondes, elle resta dans l'encadrement de la porte puis, elle continua son chemin.

    Elle passa devant un nouveau groupe de courtisants en les ignorant, comme chaque jour, elle se rendait auprès de l'ancien Seigneur de l'Ombre, la plupart du temps inconscient, elle le surveillait un moment. Il n'était pas prisonnier, elle l'avait simplement retrouvé totalement détruit, perdu et n'avait pas pu se résigner à l'abandonner. Aussi l'avait-elle ramener là. Sans vouloir se faire discrète, la femme blonde arriva enfin dans la salle où l'invité demeurait depuis un moment. Elle le trouva prêt à partir. Pendant un moment, elle observa ses joues creusées, devina que ses côtes ressortaient, passa fugacement son regard sur la cicatrice qui avait remplacée son œil... Où était passé le Seigneur arrogant qu'il avait été ? Détruit, consumé, il n'en restait plus rien ou presque.

     « Vous partez ? » Demanda-t-elle finalement de sa voix calme.

    Elle ne comptait pas le retenir, de toute façon elle ne le pouvait pas. Si elle lui avait sauvé la vie, elle ne comptait cependant pas l'héberger éternellement mais de toute façon elle savait qu'il n'en avait aucune envie. Elle avait accompli son devoir, c'était bien l'essentiel mais maintenant, elle n'avait pas d'autres choix que d'accepter son départ. Où comptait-il aller, comment allait-il vivre ? Elle n'en savait rien mais sans doute que lui non plus et au fond, ça ne la concernait pas.
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William des Cendres
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Sam 26 Oct - 17:47


Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que l'on venait pour lui. L'instant qui suivit, une femme parut ; c'était Sa Seigneurie en personne, toujours auréolée de son brin de majesté. Le temps sembla se suspendre, on eut pu entendre une mouche voler. Quelques secondes s'écoulèrent ainsi, et il la dévisagea. Il retint un sourire ; il ne savait plus comment la saluer. Jusqu'alors, leurs rapports s'étaient contentés de quelques entrevues, de conférences, de longs discours déjà préparés. Il lui suffisait alors d'un simple signe de tête, d'un simple regard, ou il ne savait déjà plus encore, car ces gestes lui avaient semblé aussi naturels qu'ils pouvaient l'être. Mais voilà longtemps qu'il avait salué en tant que Seigneur, et non en tant qu'homme, observant devant lui les larves qui lui servaient de larbins et se contentant de les faire disposer. Quel était ce sentiment désagréable, celui de se savoir dévalorisé, déprécié, pire, de se savoir humilié ? Mais cette humiliation, il le savait, ne venait pas de la mine sévère que revêtait Sa Seigneurie, non, c'était son propre regard qui se reflétait dans le sien, l'exigence de sa propre personne. Après tout, il avait été homme avant d'être Seigneur. Ne pouvait-il s'en contenter ?
– Vous partez ?
Demande-t-elle, et il se demande si elle pense un mot de ceux qu'elle vient de prononcer, tandis qu'il sent un léger vertige le parcourir pour finalement le laisser, bel et bien évaporé, et lui de se demander encore s'il va réussir à franchir ces murs, et d'espérer que ce ne sera pas pour mieux s'écrouler. Ne laissant rien paraître de ce léger malaise, William sourit, un sourire courtois, étranger, singulier, un de ces sourires qui lui ressemblent sans lui ressembler – car après tout, la tristesse, la détresse qui l'avaient happés, étaient toujours présents, cachés, nichés au creux de son poitrail, et il lui était impossible de les faire taire, il ne pouvait que les supporter, et c'était ce qu'il avait appris à faire en plusieurs jours à somnoler. En vérité, ce sourire n'était qu'une pâle copie de ceux qu'il avait pu porter autrefois, du temps où il n'était qu'un simple guerrier, un paladin, un homme à épée et aux poings, avant de se laisser à la paresse des princes. S'était-il oublié tout ce temps ? À vrai dire, il n'aurait su répondre lui-même.
Comme vous pouvez le constater, répondit-il, je ne tiens pas à m'éterniser.
Sa voix... sa voix, fichue voix ! Un souffle, un simple souffle encore roué, rien de la gravité qu'elle pouvait avoir – mais enfin, inutile de s'en irriter, il savait qu'elle lui reviendrait, tôt ou tard, il lui suffirait de boire quelques lampées, tout irait pour le mieux. Pour le mieux. Drôle d'idée. Ne devait-il pas la vie à cette dame, là, qui lui faisait face ? Ne devait-il pas l'en remercier ? À vrai dire, il y avait songé, mais les mots lui brûlaient encore la gorge, comme l'hésitation même de mener sa propre existence – le voulait-il vraiment ? Vivre, après ça ? Mais où ? Ici, là-bas ? Ma foi, il n'en savait trop rien. Vivre sans Grise, était-ce vivre ? Il ne pouvait plus se consoler sur un trône, il n'avait plus que ses biens pour subsister. Les couleurs de l'automne s'étaient étirées depuis le début de son coma, et l'hiver approchait à grands pas. N'allait-il pas finalement mourir, affamé, désorienté, comme un chien, dehors ? Qui donc accueillerait en son sein un ex-Seigneur qui avait abandonné sa propre Maison ? Et lui, que voulait-il ? Que voulait-il enfin ? Rien, rien, absolument rien ; il n'avait plus aucun désir, si ce n'est peut-être celui de s'enfuir, mais il le savait vain, car il n'arriverait jamais à se fuir lui-même. Son sourire s'était cristallisé sur son visage, pour finalement s'évaporer. Enfin, il fit quelques pas, et parla encore, mais son ton avait changé.
On peut dire que vous avez sauvé un cadavre. Louable est votre geste. J'aurais aimé payer ma dette, mais je crains que je n'aie plus grand-chose à vous apporter. J'espère au moins avoir pu soulager votre conscience. Je crois comprendre que c'est ce qui vous avait motivée.
Où voulait-il en venir ? Lui-même n'aurait su dire. Était-ce une attaque ? Une simple pique ? À vrai dire, pas tellement. Il est vrai qu'il la soupçonnait de l'avoir épargné que par simple embarras – il était tout de même parfois fâcheux de ne pas venir en aide à un mendiant – mais il ne l'en blâmait pas. Sûrement aurait-il fait de même, et pour les mêmes raisons. Il n'était pas un ange, et il n'avait plus l'inconscience de l'âge. Enfin. C'était sa façon à lui de la remercier. Une façon quelque peu discutable, il est vrai, mais il ne pouvait pas se bousculer plus. Il ne pouvait pas changer. Il avait pris conscience de certaines choses, de la futilité de ses actes de ces dernières années ; mais il ne pouvait effacer la personne qu'il s'était forgée, le lui qui l'avait gouverné tout ce temps et qui avait su motiver ses gestes. Il était ce qu'il était, et sûrement deviendrait-il encore un autre. Mais il lui fallait du temps. Du temps pour oublier. Si seulement il le pouvait. Si seulement il retrouvait goût à la vie.
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Julia l'Obscure
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Dim 27 Oct - 16:44

    Lorsqu'elle eut posé sa question, le silence retomba un moment. Oui bien entendu, son interrogation était motivée par une certaine politesse, mais après tout, elle tenait aussi à connaître les personnes qui se trouvaient sur ses Terres. Mais ça n'était pas tout, elle ne le sentait pas en mesure de partir, il était encore faible, tout son corps le clamait. Et s'il n'était plus le Seigneur qu'il avait été, il gardait une certaine fierté, c'était donc certain qu'il comptait s'en aller. En le lui demandant ouvertement, peut-être avait-elle aussi voulu lui offrir l'opportunité de rester un peu plus longtemps. Il sembla lointain pendant un moment, tout comme elle. Julia songea un moment que de se retrouver aussi misérable qu'il l'avait été quand elle l'avait retrouvé semblait l'avoir fait redescendre de ce piédestal que le pouvoir lui avait offert, en un mot il semblait plus humble.– Comme vous pouvez le constater, je ne tiens pas à m'éterniser. Rien de bien étonnant là-dedans. La femme blonde ne s'attarda pas sur la faiblesse de sa voix, ce n'était pas le plus important, loin de là. Demeurant pensive, son regard se perdit un instant par la fenêtre... Le froid qui arrivait, annonçant l'hiver, et ça n'était pas une bonne chose pour l'ex-Seigneur William. Elle ne pouvait pas l'obliger à rester là pendant la mauvaise saison, c'était donc son choix, il risquait sa vie dehors mais personne ne pouvait l'empêcher de s'en aller. Julia vit l'homme se déplacer avant de se remettre à parler.

    – On peut dire que vous avez sauvé un cadavre. Louable est votre geste. J'aurais aimé payer ma dette, mais je crains que je n'aie plus grand-chose à vous apporter. J'espère au moins avoir pu soulager votre conscience. Je crois comprendre que c'est ce qui vous avait motivée.

    Elle n'attendait aucun remerciement de sa part. Certains auraient pu s'offusquer de ces manières, mais pas elle, à vrai dire, elle ne s'attendait pas à quelque chose de différent venant de lui. Il ne pouvait se changer simplement en frôlant la mort.

     « Il semble que vous soyez encore un peu faible, mais je ne compte pas vous forcer à rester alors si tel est votre désire... » Elle s'arrêta un instant, laissant sa phrase inachevée avant de reprendre. « En effet, je n'ai jamais aimé laisser une personne mourir devant mes yeux. »

    Elle ne comptait jouer l'hypocrite, il n'y avait aucun intérêt et ne jugeant pas intéressant de préciser que ça n'était pas seule motivation, elle se tut un moment et finalement termina ce qu'elle avait à dire.

     « Cependant, j'espère ne pas vous renvoyer à une mort certaine, je sais que cela ne me regarde pas mais savez-vous au moins où vous allez vivre ? »
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William des Cendres
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Dim 27 Oct - 22:15


Son regard ne quittait pas celui de Sa Seigneurie, comme s'il eut pu s'accrocher à celui-ci pour ne pas sombrer à nouveau. Il lui était difficile d'expliquer quel lien l'unissait véritablement à Julia, ce nom-là même lui semblait presque étranger. Mais à cet instant même, il lui sembla qu'elle était la seule personne qui lui restait, les seuls vestiges d'un passé bien trop proche, encore bien trop douloureux. Il n'aurait jamais imaginé un jour se retrouver en ces lieux, face à elle, à se faire telle réflexion ; mais que diable, de toute façon, il n'avait plus aucune idée de ce qui pouvait l'attendre. Il se surprit à s'intéresser à elle, dans le sens où il se demanda, peut-être pour la première fois, quel genre de personne elle pouvait être, quelle compagnie elle pouvait faire. Cette pensée fugace fut ravivée par son manque de certitude, d'autant plus qu'il avait du mal à réfléchir et à se concentrer, son esprit encore contrarié par ces quelques jours à ne plus s'exercer. Était-elle venue là à son chevet par hasard ? N'était-ce qu'une simple ronde matinale ? Il avait été souffrant, une fois, plus jeune. C'était la fois où il avait perdu l’œil, la fois où il avait clamé justice avec la prétention de l'enfance, pour finalement mieux être confronté aux sévères punitions de ceux que d'autres appelaient à tort leurs 'Aïeux'. Toujours est-il qu'il avait perdu connaissance, et qu'il s'était réveillé le jour-même de son Baptême, ô miracle ; il avait dès lors appris que son père avait veillé sur lui tout le long, et que sa mère était partie. Mère. Enfin ; il n'y avait pas de quoi se sentir flatté d'avoir hypothétiquement été veillé, il n'y avait sûrement rien d'amusant à rester au chevet d'un type comme lui.
– Il semble que vous soyez encore un peu faible, mais je ne compte pas vous forcer à rester alors si tel est votre désir...
Ah ! Cela se voyait-il tant que cela ? Il rit intérieurement de sa propre maladresse. Il se surprit à s'amuser de se tourner au ridicule. Comme quoi, la fierté pouvait bien attendre ; songer du mal de soi pouvait parfois donner du baume au cœur.
– En effet, je n'ai jamais aimé laisser une personne mourir devant mes yeux.
Effectivement, ce ne devait pas être chose agréable. Enfin, cela dépendait. Si la personne mourait de nos mains, c'était tout de suite moins dérangeant. William laissa enfin son regard se décrocher de celui de Julia, venant plutôt frotter sa tête de sa main, comme si ce simple geste pouvait faire cesser les maux qui lui montaient aux tympans. Peut-être devrait-il songer à s'asseoir d'ici peu. Mais un orgueil mal placé le poussa encore à cacher sa faiblesse apparente, même s'il la savait déjà dévoilée.
– Cependant, j'espère ne pas vous renvoyer à une mort certaine, je sais que cela ne me regarde pas mais savez-vous au moins où vous allez vivre ?
Il cessa de se masser le front et releva le menton, surpris. Il ne s'attendait pas non plus à autant de compassion. Il était vrai que laisser vivre quelqu'un pour mieux le relâcher à la mort n'était pas forcément très appréciable, mais enfin, où voulait-elle réellement en venir ? William avait beau avoir perdu de ses capacités, il n'était pas devenu sot. Si la première réponse qui lui vint fut teintée d'ironie, celle qu'il prononça fit preuve de beaucoup plus de souplesse :
Disons que je pense que vous êtes la seule personne vivante en ces terres qui veuille bien de moi sous son toit, et je ne compte pas spécialement taper à la porte de mes anciens ennemis. Quant à ma Maison, ma foi, je ne sais si je peux encore l'appeler ainsi.
Il se tût, pensif. Puis reprit, d'un ton plus enjoué :
Sûrement vais-je prochainement devenir un homme des bois, une sorte d'ermite. Je ne me donne pas un jour avant de pleurer mon lit.
Ah ! Depuis combien de temps ne s'était-il point montré aussi cynique ? Il n'était peut-être pas si désagréable que cela de renouer avec un semblant d'humanité, peut-être devait-il s'y essayer. Il aurait tout le temps de réfléchir véritablement au sens de sa vie, si seulement elle en avait un – sûrement pas plus que celle d'un autre. Il ne pourrait sans doute jamais oublier Grise, mais il lui sembla qu'il serait presque impoli d'attenter à ses jours, du moins, pour le moment, alors qu'il faisait face à celle qui avait sauvée sa peau.
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Julia l'Obscure
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Lun 28 Oct - 23:59

    Julia observa son invité sombrer dans ses pensées. À quoi songeait-il ? Elle était bien incapable de le dire et au fond, elle n'était pas certaine que ça l'intéressait. Chacun divaguait dans ses souvenirs assez régulièrement de toute façon, non ? À son tours, elle fut bien loin mentalement de cette pièce, fixant toujours William sans vraiment le voir. Elle imaginait souvent la tournure que sa vie aurait pu prendre si elle n'avait pas réussi à mettre de côté la douleur qu'elle éprouvait. Aurait-elle, comme l'homme en face d'elle, perdu la raison ? Serait-elle devenue folle ? Oui, probablement. Elle aurait vécu dehors, seule avec sa folie, misérable, perdue, sans repère. De ce qu'elle avait compris, William avait perdu son amour et d'une certaine manière, elle pouvait comprendre sa douleur. La perte de ses filles avait beau être ancienne, c'était une vraie déchirure, un gouffre qui avait faillit l'emporter.

    – Disons que je pense que vous êtes la seule personne vivante en ces terres qui veuille bien de moi sous son toit, et je ne compte pas spécialement taper à la porte de mes anciens ennemis. Quant à ma Maison, ma foi, je ne sais si je peux encore l'appeler ainsi.

    Il n'avait donc plus rien, même plus sa Maison. Mais au fond, n'était-ce pas ce qu'il avait voulu, se libérer de tout ça ? L'ex-Seigneur respecté devenait donc un simple mendiant. Comment est-ce que tout avait pu changer comme ça, aussi vite ? Ce changement lui imposait-elle une visite à la Maison alliée, histoire de voir qui avait pris sa place ? Même si ça ne l'intéressait pas, elle allait sans doute devoir le faire pour voir ce qu'il en était de l'alliance, tout comme elle l'avait fait quand elle avait pris la place de Seigneur : elle était allée rencontrer William, jeune meneur arrogant qui se trouvait désormais sans rien... Le silence plana un moment avant que son invité reprenne d'une voix plus vive.

    – Sûrement vais-je prochainement devenir un homme des bois, une sorte d'ermite. Je ne me donne pas un jour avant de pleurer mon lit.

    Sa dernière phrase lui tira un sourire. On s'habituait vite au luxe, aller vivre dans les bois du jour au lendemain n'allait sans doute pas être simple, surtout avec l'hiver qui arrivait. La femme blonde demeura pensive un moment.

     « Non en effet, je ne m'attendais pas à ce que vous tapiez aux portes des autres Maisons, la votre y compris. Un homme des bois donc... l'hiver va être rude. » Elle se tût un moment, hésitant à parler de la fameuse Grise qui l'avait poussé à la folie.  « Je vous proposerai bien de rester le temps de la mauvaise saison, mais je devine à l'avance votre réponse. » finit-elle simplement.

    Elle ne pouvait pas encore parler de Grise, elle se doutait que la simple énonciation de ce nom pouvait le bouleverser. Elle espérait donc qu'avec la chute de la fièvre, il avait renoncé à l'idée d'aller la chercher dans sa Maison où elle ne se trouvait plus d'ailleurs...
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William des Cendres
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Mar 29 Oct - 12:44



Il lui avait arrachée un sourire. Et ce geste lui parut des plus naturels. Et pourtant lointain. William n'avait pas toujours été l'homme qu'il était. Il avait perdu la mémoire, autrefois, avant de perdre sa sœur, Ambre. Lorsqu'il avait rencontré Grise, il était un jeune soldat perdu, esseulé, qui avait su se départir du luxe mais aussi frappé à certaines portes, et la Maison du Tonnerre, fermant les yeux sur ses origines, lui avait accordé l'asile, alors qu'il avait été blessé par un ours en portant secours à sa belle. En ces temps-ci, il était un jeune homme jovial, avenant, simplement soucieux de retrouver le « Phénix », son père, Amaury. Il en avait oublié son premier amour, la guerre, sa Maison. Et pourtant, il lui sembla que ce temps-là avait été le meilleur moment de toute son existence. Oh, Grise. Que tu devais regretter toi aussi que ton homme te délaisse pour un semblant de pouvoir. Et puis Ambre était morte, laissant derrière elle des gosses, qui eux-mêmes avaient fini par disparaître. Et puis Amaury, devenu pantin à la merci des Ancêtres, de finalement se laisser séduire par sa stupide lieutenante, pour finalement lui laisser sa place à la tête de l'Ombre. Quel redoutable cadeau empoisonné il lui avait fait alors ! William se demandait ce qu'il serait devenu, s'il était resté un simple paladin. Mais tout cela lui sembla lointain, et on ne refaisait pas le passé. Il était devenu celui qu'il était aujourd'hui, et même s'il pouvait éprouver des regrets, il n'était pas encore apte à essuyer d'un revers de main toutes les convictions qu'il s'était créées depuis.
– Non en effet, je ne m'attendais pas à ce que vous tapiez aux portes des autres Maisons, la votre y compris. Un homme des bois donc... l'hiver va être dur.
Silence. Elle n'avait pas tort, il y avait lui-même songé quelques instants plus tôt. Et, pour dire vrai, les vertiges se faisaient de plus en plus forts, et il se risqua un petit regard en biais pour venir épouser la chaise qui supportait quelques minutes auparavant ses vêtements. Dois-je ?
– Je vous proposerai bien de rester le temps de la mauvaise saison, mais je devine à l'avance votre réponse.
Un sourire froid vint s'ancrer sur le visage de William, qui enfin tourna la tête vers Julia, l'observant elle et elle seule. Suis-je si prévisible ? Songea-t-il amèrement, n'osant même pas poser la question. Quel homme absurde il était, cette femme lisait-elle en lui comme dans un livre ouvert ou était-il devenu si vulnérable que n'importe quel gamin pouvait le deviner sur ses traits ? Ah, l'orgueil ! L'orgueil, celui-là même qui lui avait pourri l'existence, celui-là même qui le poussait à fuir. N'était-ce pas que lâcheté ? Et si l'orgueil rendait lâche, alors quelle fierté y avait-il à préserver ?
À vrai dire, osa-t-il enfin, je ne suis même plus sûr de savoir ce qui est bon pour moi-même. Et c'est la honte qui me pousse à vouloir fuir. Quel bien piètre homme je dois être pour attiser votre pitié.
Il soupira, et ce soupir était sûrement le geste le plus sincère qu'il ait fait jusqu'alors. Il était las, encore fatigué, et s'il avait cru un instant avoir la force, il comprit qu'il s'était surestimé. Il finit donc pas capituler ; ses pas le guidèrent automatiquement vers la chaise, à quelques pas de lui, pour s'y poser, venant à nouveau de ses doigts masser son front, l’œil à demi fermé. Les maux, toujours ces maux. Il avait pourtant assez dormi. Mais il était faible. Son ventre criait famine. Sac d'os. Il l'avait presque oublié. Il n'était même pas sûr d'être en mesure de porter une épée. Cela lui aurait été égal s'il avait été en mesure de donner un coup de poing ; mais il avait conscience que cela était trop lui en demander. Il voulait fuir les regards, mais en fin de compte, les regards comptaient-ils encore ? L'honneur, la patrie, ces belles paroles. Il ne savait même pas ce que pouvaient bien en penser les autres. Etait-il à ce point prisonnier de leurs regards ? Ne pouvait-il donc vivre que par lui-même ? Être Seigneur l'avait-il rendu dépendant du bon vouloir de ses sujets ? C'en devenait absurde. Au fond, qu'est-ce que cela pouvait lui faire, qu'on le traite de faible, d'incapable ? Il l'était, de toute évidence, et il était le premier à bien vouloir l'admettre.
La Maison de la Rivière. C'était là qu'il était né. Là que sa mère avait rendu son dernier souffle – plus ou moins. Son père avait-il eu honte lorsque, après quelques années passées ici, il avait finalement retourné sa veste pour retrouver la Maison de l'Ombre ? Non, bien sûr que non. Son père, lui n'était pas ce genre d'homme. Il avait toujours su se montrer au-dessus de tout ça. Finalement, il n'avait jamais été plus fort que lui. Triste constat. N'avait-il donc décidément rien pour lui ? Quelle qualité pouvait-il bien oser s'attribuer ? Ah, il était fort, ça ; quand il avait le ventre plein, il était capable de merveilles au combat, mais voilà longtemps qu'il avait troqué cet art contre son titre de Seigneur, et il n'était même plus sûr de ses capacités. Mais après ? Quelle voie pouvait donc lui convenir ? Homme des bois, pourquoi après tout ? Il n'avait aucune envie d'une vie misérable, aussi libre soit-elle, ce n'était encore que lâcheté sur lâcheté, se contenter de si peu pour finalement se refuser plus.
Que dois-je faire, Grise ?... Se surprit-il encore, tourmenté par ce simple nom – Grise, Grise, qui revenait sans cesse et ne le quittait plus.
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Julia l'Obscure
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Jeu 31 Oct - 1:18

    Beaucoup pouvaient se demander si elle ne faisait pas ça pas intérêt. Mais que pouvait-elle tirer de William ? Il n'était plus rien, il n'avait plus rien. Non, Julia le faisait uniquement parce que c'était ce qui lui semblait juste. Elle ne prétendait pas prendre toujours les meilleures solutions, elle était loin d'être parfaite, mais elle faisait au mieux. Une nouvelle fois, son invité se perdit dans ses pensées. Lorsqu'il entendit les paroles de la femme blonde et qu'il revint à lui, elle ne manqua pas de remarquer le bref regard qu'il lança à la chaise. Bien entendu, il était faible, cela se voyait d'autant plus qu'elle était au courant pour l'avoir vu chaque jour depuis son arrivée, mais c'était toujours la même chose : la fierté de l'ex-Seigneur de l'Ombre l'empêchait de s'asseoir alors que son corps entier réclamait du repos. Alors s'il se demandait s'il était prévisible la réponse était oui. Bien sûr que oui, évidemment que oui. L'unique œil de William revint vers elle et le Seigneur de la Rivière soutint ce regard, ignorant son sourire froid, elle attendait la réponse de l'homme, ce qui ne tarda pas.

    – À vrai dire, je ne suis même plus sûr de savoir ce qui est bon pour moi-même. Et c'est la honte qui me pousse à vouloir fuir. Quel bien piètre homme je dois être pour attiser votre pitié.

    Si elle avait pu, Julia aurait laissé paraître le sentiment que William lui inspirait à cet instant, elle lui aurait adressé le regard qu'un adulte porte sur un enfant qui se fourvoie, mais pas un regard sévère, non, quelque chose de doux et presque tendre. Seulement, elle ne le fit pas pour deux raisons : la première était que ça ne lui ressemblait pas de laisser paraître ce genre de choses, la seconde était la réaction de son invité : elle n'était pas sûre qu'une telle chose soit agréable pour lui. Elle nota le soupire de l'homme, il semblait las de sa propre personne. Pendant un moment, elle se demanda s'il serait un jour capable de se remettre de tout ça.

     « Je ne prétends pas savoir ce qui est bon pour vous, en revanche je pense qu'il serait temps que vous écoutiez votre corps, William. Permettez-moi de parler franchement : si vous voulez reprendre votre force, il serait temps de mettre un peu de votre orgueil de côté, restez plus si vous en avez besoin, demandez à boire, à manger ou que sais-je. Vous êtes mon invité, comprenez bien ça. » Elle laissa passer quelques secondes et repris.  « Si vous voulez vivre, oubliez votre honte. Vous allez vivre seul, dans les bois et en plein hiver, votre vie de Seigneur n'est déjà plus alors il me semble que vous devoir revoir ce qui est le plus important : votre vie ou votre fierté. »

    Elle n'avait pas haussé le ton, sa voix était restée posée et calme. Elle espérait qu'il ne se braque pas suite à ses paroles, elle disait simplement ça pour lui, pour sa vie. Julia n'était pas attachée à son invité, il représentait pour elle l'ex-Seigneur qu'il avait été et avec lequel elle avait eu des relations cordiales d'égal à égal. Et ça n'allait pas plus loin, alors pourquoi s'acharner comme ça ? Simplement parce qu'elle était ainsi. Non pas que donner la mort la révulsait, elle l'avait fait plusieurs fois et ça n'avait jamais été un plaisir, simplement une nécessité. Alors elle se voyait mal le renvoyer sur le champ et le voir s'écrouler à peine sortie de ses Terres. Julia continua à soutenir le regard de son invité. Peut-être allait-il enfin céder et s'asseoir sur cette chaise qu'il convoitait tant. S'il était même incapable de faire ça, alors elle l'imaginait mal survivre tout l'hiver et c'était désolant.
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William des Cendres
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Jeu 31 Oct - 12:36


Son semblant d'enthousiasme s'envolait petit à petit au fur et à mesure que les maux de tête prenaient de l'ampleur. On eut dit que son corps entier se rebellait contre lui-même, et c'en était particulièrement désagréable. Il ne put s'empêcher de se demander pourquoi il déblatérait ainsi sur sa propre existence face à Julia. Ils n'avaient plus grand-chose en commun désormais. Mais ses mots lui venaient naturellement, il n'avait pas tellement le cœur à la réflexion. Toutes ses pensées le ramenaient indubitablement à Grise. Une partie de lui était partie avec elle. Mais avant qu'il n'ait encore le temps de revenir à elle, la voix de Sa Seigneurie s'éleva, calme, posée, mais peut-être ferme.
– Je ne prétends pas savoir ce qui est bon pour vous, en revanche je pense qu'il serait temps que vous écoutiez votre corps, William. Permettez-moi de vous parler franchement : si vous voulez reprendre votre force, il serait temps de mettre un peu votre orgueil de côté, restez plus si vous en avez besoin, demandez à boire, à manger ou que sais-je. Vous êtes mon invité, comprenez bien ça.
La bonté de Julia avait un goût amer dans la bouche de William. Il ne put s'empêcher de se sentir comme un gosse face à sa mère. À la différence près que sa mère ne lui avait jamais collé de sermons. Il avait presque grandi sans elle.
– Si vous voulez vivre, oubliez votre honte. Vous allez vivre seul, dans les bois et en plein hiver, votre vie de Seigneur n'est déjà plus alors il me semble que vous devriez revoir ce qui est le plus important : votre vie ou votre fierté.
Cette deuxième part du discours lui parut bien plus désagréable que la première, sans doute parce qu'il lui semblait que sa situation dépassait une simple question de bon-vouloir. Il ne put s'empêcher de laisser une vague d'agacement le parcourir, et il n'avait plus la contenance de bien vouloir garder sa pensée sienne, aussi releva-t-il le regard, un regard foudroyant et peut-être un regard qui ressemblait plus à l'image qu'on se faisait de lui que les précédents – mais un regard qui ne signifiait pas en soi du mépris, mais plus une contestation sourde. William n'avait pas envie d'entendre son procès. Il avait juste envie, en soi, qu'on lui foute la paix. Encore fallait-il que la paix existe. Quant à sa fierté, ma foi, ce n'était qu'un mécanisme de vie, et il n'était pas sûr d'y pouvoir grand-chose à l'heure actuelle.
Croyez-vous vraiment que je sais un seul instant si j'ai encore envie de vivre ou non ? Rétorqua-t-il froidement. Croyez-vous vraiment que quoi que ce soit ait encore de l'importance pour moi à l'heure actuelle ?
Il aurait dû mourir. Il aurait dû. Il n'avait qu'une vie. Une vie bien peu joyeuse. Mais toujours, dans les moments les plus durs, lorsque sa sœur était morte, lorsque sa mère avait été assassinée, il y avait toujours eu quelqu'un, il y avait eu Grise. Lorsque la vie était difficile, lorsque rien n'allait, il trouvait toujours un brin de force à puiser quelque part, que ce soit dans sa hargne ou dans son amour. Il aurait pu sombrer dans la haine, encore. Il aurait pu décider de tout détruire, d'emporter le monde dans sa démence. Mais il était las de ce combat sans fin. Il était las et il n'avait plus goût à rien. Il n'avait plus personne, plus rien pour le retenir. Mais rien non plus pour le pousser à partir. Il ne savait pas pourquoi il ne s'était pas déjà planté une épée au cœur. Sûrement l'idée lui viendrait-elle. Mais William ne savait pas encore ce qu'il voulait vraiment. Il cherchait encore. Une nouvelle raison de vivre. Il n'était pas comme son père. Ce dernier semblait survivre à tous les aléas de la vie. Il perdait une compagne ? Il en trouvait une autre. Il perdait un fils ? Il s'en faisait un autre. Lui n'était pas ainsi. Il ne pouvait oublier Grise. Ni renoncer à elle. Gardait-il encore espoir qu'elle revienne un jour ? Il se souvint de la voix, la voix lorsqu'il avait touché la Pierre de Lune. Elle ne reviendrait jamais. Mais pourquoi les croire ? Son visage sembla l'espace d'un instant se décomposer et il perdit en un instant toute la froideur qu'il avait revêtit aux mots de Julia. En fin de compte, il se fichait bien de savoir ce qu'elle pensait de lui, comment elle le percevait. Elle pouvait le trouver stupide de se renfermer dans son orgueil. Mais c'était tout ce qu'il lui restait.
Ma vie n'est qu'une succession d'échecs. Ne put-il s'empêcher de commenter à voix haute, plus pour lui-même que pour quiconque. Je n'ai fait que la subir. Mais il y avait Grise. Et Grise n'est plus. Alors, à quoi bon ?
À quoi bon, oui ? À quoi bon. La tristesse remonta en lui, mais aucune larme ne lui échappa. Qui aurait cru que le jeune homme arrogant qu'il avait montré, ce masque impitoyable de noirceur cachait en vérité un être déjà usé par le temps, un être qui avait jusqu'alors encaissé en silence pour finalement enfin révéler son mal-être ? Le théâtre des marionnettes défilait encore devant lui. Le visage de sa sœur, de sa mère. Sa mère. Son expression horrifiée lorsqu'elle avait appris que sa fille était morte. Le dernier souvenir qu'il avait d'elle. Le dernier souvenir qu'il avait de Grise ? Il ne se souvenait même plus de la dernière fois qu'il l'avait prise dans ses bras. Amant indigne. Imbécile.
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Julia l'Obscure
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Jeu 31 Oct - 17:31

    Peut-être était-elle allée trop loin aux yeux de William, mais ça n'avait aucune espèce d'importance pour elle. Julia avait toujours dit ce qu'elle pensait et elle ne comptait pas s'arrêter pour le bon plaisir de l'ex-Seigneur. Il pouvait faire ce qu'il voulait de ses paroles, ça n'était que son avis : que ça lui plaise ou non. Bien qu'elle imaginait déjà sa réaction. Du temps où il dirigeait la Maison de l'Ombre d'une main de fer, elle savait qu'il n'aurait définitivement pas apprécié ses paroles et même si ce temps était révolu, il restait le même. Le regard qu'il lui lança ne fit que confirmer ses pensées. Le Seigneur de la Rivière demeura impassible : son invité ne l'impressionnait nullement et il devait sûrement le savoir. – Croyez-vous vraiment que je sais un seul instant si j'ai encore envie de vivre ou non ? Croyez-vous vraiment que quoi que ce soit ait encore de l'importance pour moi à l'heure actuelle ? Julia demeura silencieuse et impassible. Attendait-il vraiment une réponse à ces questions ? Qu'il était facile de se laisser aller et arrêter de vivre avec une épreuve, aussi difficile soit-elle. Le silence s'installa à nouveau pendant un moment. Rien n'allait s'arranger d'un coup pour lui, Grise était parti il fallait qu'il se fasse une raison. Il ne pouvait pas rester enfermer là-dedans. Bien entendu c'était facile à dire, elle n'en était que trop consciente.

    – Ma vie n'est qu'une succession d'échecs. Il ne semblait pas vraiment lui parler mais elle écouta ce qu'il disait. Je n'ai fait que la subir. Mais il y avait Grise. Et Grise n'est plus. Alors, à quoi bon ?

    Elle retint un soupire. Grise était la source de tout ses maux, elle ne pouvait rien pour lui. Julia avait déjà fait ce constat quand elle l'avait retrouvé totalement déboussolé. Il avait bien raison : à quoi bon s'efforcer de le sauver si lui-même ne se battait pas ?

     « Alors que comptez-vous faire, sortir d'ici et mourir seul comme un simple mendiant ? » Demanda-t-elle finalement en conservant sa voix calme.

    Au final, si c'était ce qu'il voulait vraiment, elle n'allait pas le retenir éternellement, elle le laisserait donc s'en aller vers une mort certaine. Elle avait voulu mourir elle aussi, des années auparavant quand sa seconde fille était morte et qu'elle avait retrouvé son corps : Assassinée par un vulgaire meurtrier de l'Ombre. Elle s'était promis de le retrouver et le tuer et elle ne l'avait jamais revu. Soupirant, Julia regarda l'homme en face d'elle. Elle pouvait comprendre sa douleur qui le poussait à agir sans réfléchir aux conséquences. Elle était passée par là, même si ça n'était pas son amour qu'elle avait perdu, mais son enfant. Et elle était bien incapable de savoir ce qui était le pire.

     « Grise n'est plus mais vous si, vous êtes bel et bien en vie pour l'instant, que vous le vouliez ou non. »

    Elle ne pouvait pas faire plus, maintenant c'était lui qui décidait ce qu'il désirait faire après tout, ça restait encore sa vie, son unique vie.
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William des Cendres
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Jeu 31 Oct - 18:26


William savait que sa faiblesse n'était pas seulement physique, et que sûrement il finirait par regretter les mots qu'il avait pu proférer. Mais cela n'avait plus réellement d'importance, car la tristesse était revenue, subitement, comme ça – le simple fait d'avoir prononcé son nom à haute voix semblait avoir ravivé la douleur endormie. Il n'avait aucune idée de comment réagir après ça. Il avait retrouvé goût à la vie, oui. Plus d'une fois. Il avait vécu des choses terribles, comme beaucoup en vérité. Mais à chaque fois, il avait eu quelqu'un pour lui donner envie de continuer. Il n'était pas un être aussi abject qu'on pouvait bien le croire. Il avait des défauts, comme tout le monde. Il avait des tas de raisons de s'en vouloir. Mais il ne regrettait pas d'avoir caché ses points faibles derrière le pouvoir. Le pouvoir l'avait eu, et c'était ainsi. Il était tellement facile de juger, tellement facile de croire être en mesure de donner des leçons. Un autre aurait peut-être attenté à sa vie dès le premier un jour. Un autre encore aurait refait sa vie, aurait continué. Lui était dans un entre-deux, indécis. Il ne savait plus vraiment à quelle voie se fier. Chacun vivait les choses à sa façon. La disparition de Grise était pour lui déjà bien pire que la mort. Mais il n'était même pas sûr que cette dernière soit une réelle libération. Alors il ne savait pas. Il ne savait pas quoi faire. Il ne savait pas s'il devait vivre, mourir. Pas la moindre idée. Qu'est-ce qui était pire ? Qu'est-ce qui était juste ? Il n'y avait aucune justice là-dedans, mais il était bon parfois de le croire.
– Alors que comptez-vous faire, sortir d'ici et mourir seul comme un simple mendiant ?
La voix de Julia continuait de résonner dans sa tête, sans même qu'il ne la voit réellement. On eut dit une sorte de mirage. Une voix intérieure. Calme. À la fois agaçante et pourtant. Il ne savait toujours pas. Il se fichait bien d'être un mendiant, au fond. Il n'était déjà plus que ça désormais. Et puis, vivre ou mourir seul, qu'est-ce qui était le pire ?
– Grise n'est plus mais vous si, vous êtes bel et bien envie pour l'instant, que vous le vouliez ou non.
Oui. C'était indéniable, il était en vie. Mais cela n'était plus qu'une question de temps. Un jour, une année, plusieurs ? William ferma un instant son œil, tentant de s'apaiser. Ah ! Il lui était presque désagréable de devoir affronter la réalité, et il n'en pouvait plus de parler de lui. Il n'en pouvait plus de songer à lui. Il n'en pouvait plus. Sa vie n'était-elle pas assez misérable pour devoir encore déblatérer à son sujet ? Il y avait tant de choses bien meilleures en ce monde ; mais lesquelles ? Il n'aurait su dire. Il ne s'était pas intéressé à grand-chose ces dernières années. Des amis ? Il en avait eu, par le passé. La plupart étaient morts et enterrés. Quant aux autres, ma foi, il les avait soit chassés de lui-même, soit ils avaient disparus, envolés. Comme Grise. Mais il rouvrit l’œil et observa Julia. Il ne savait rien d'elle. Elle était son seul lien entre lui et le monde extérieur désormais. La seule qui pouvait l'approcher. Elle parlait tout le temps avec calme. On eut dit qu'elle était invincible. Ou insensible. Il n'aurait su dire. Il n'était pas dans sa tête. Il en avait assez de songer à lui. Et elle était la seule chose à laquelle il pouvait penser à l'heure actuelle. Pourquoi ? Pourquoi était-elle encore ici, à essayer de réparer les pots cassés ? Il n'était même pas sûr qu'elle l'apprécie réellement. Par principe ? Les principes, c'était bien beau, mais ça ne rendait pas heureux. Était-elle heureuse ? Puisqu'elle parlait si bien de la vie, quelles étaient ses raisons ?
Alors répondez-moi sincèrement, demanda-t-il enfin, pris d'une nouvelle saute d'humeur, mais une saute d'humeur étrange, laissant paraître sur son visage un calme las, un sérieux nouveau, un visage qui ressemblait presque à celui de son père, la vie, selon vous, vaut-elle véritablement la peine d'être vécue ?
Il avait besoin de savoir. Besoin de savoir ce que les autres, eux, ressentaient. Il ne pouvait plus se fier à lui-même. Il n'était même plus en mesure de prendre ses propres décisions. Il voulait savoir. Savoir ce qu'il y avait à aimer. Savoir s'il y avait quelque chose au monde qui puisse lui faire oublier la solitude, la tristesse, l'absence d'amour. Il n'était pas croyant. Du moins, il croyait aux Ancêtres, mais les voyait d'un œil hostile. Il n'avait foi en rien, n'avait aucune conviction, et la vie lui avait toujours semblé bien fade, elle n'existait qu'au travers de Grise. La Maison, le pouvoir, tout cela, ce n'était qu'un jeu. Un jeu absurde, lassant. Il ne savait rien à la vie. Il ne savait rien aux belles causes perdues. Il voulait apprendre. Apprendre à vivre. Ou du moins, il voulait savoir si cela en valait le prix, tout simplement.

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William des Cendres

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Julia l'Obscure
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Jeu 7 Nov - 0:24


    Le regard de William était posé sur elle. Pensif, il ne répondit pas de suite. Julia était habituée, les conversations où les réponses fusaient immédiatement étaient en général qu'un simple échange de banalités. Elle retint un soupire, pensa au désastre de sa vie et se demanda à son tours ce qu'elle faisait encore là. Comme s'il lisait dans ses pensées, l'ex-Seigneur répondit. – Alors répondez-moi sincèrement, Elle l'observa, à nouveau, il avait changé d'expression de visage, étonnant.la vie, selon vous, vaut-elle véritablement la peine d'être vécue ? Son avis ? Mais au fond, quelle importance ? Est-ce que malgré tout, toutes les pertes, les horreurs, les souffrances, malgré la solitude, la peur, l'abandon... la vie valait-elle la peine d'être vécue ? Oui, non ? Elle n'en savait rien. Sa première intention fut de répondre non. Non bien sûr que non ça n'en valait pas la peine, même si elle s'y accrochait, à cette vie misérable. Elle aurai préféré être morte depuis longtemps. Elle n'aimait plus vivre, depuis longtemps. Plus rien n'avait de saveur, les paysages étaient mornes, elle souffrait. Alors oui, sa première intention était de répondre que non, la vie n'en valait vraiment pas la peine. Mais avait-elle raison ? Devait-il se baser uniquement sur son jugement très subjectif ? Certainement pas. Il devait vivre sa propre expérience, affronter la douleur ou lâcher prise.

     « J'aimerais pouvoir vous dire oui. Mais la vérité c'est que je n'en sais rien. Ma première intention était de vous dire non. Non, elle ne vaut pas la peine d'être vécue, parce que cette douleur insupportable transforme la vie en réel cauchemar. Mais au fond, qu'est-ce qui nous prouve que la mort est plus plaisante ? »

    Elle s'arrêta, son regard se perdit un moment avant de revenir sur l'homme en face d'elle.

     « J'ai voulu mourir de nombreuses fois au cours de mon existence, mais finalement je suis encore là et je me bats pour vivre. Je ne sais pas pourquoi, j'aimerais vous dire que ça en vaut la peine mais je n'en sais rien. Je m'accroche à ma Maison, parce que je n'ai plus que ça. Qu'en est-il de vous ? N'avez-vous pas encore de la famille ? Des enfants ? Un père ? »

    Les rumeurs allaient vite sur les terres de Cerfblanc, elle savait qu'il avait encore deux enfants malgré la disparition de l'un deux en même temps que sa compagne. Que pouvait-il s'être passé pour qu'il abandonne ainsi sa progéniture ? N'était-ce pas le centre de sa vie maintenant que son amour s'en était allé ? Apparemment non, puisqu'il était là, dans la Tour de l'Augure de la Rivière. Cette fois, Julia ne retint pas son soupire.
    Elle était fatiguée.

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William des Cendres
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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Jeu 7 Nov - 12:29


Que voyait-il dans le regard de Julia après qu'il ait posé une telle question ? Pouvait-il comprendre, comprendre au plus profond de lui-même qu'elle avait envie de lui répondre non ? Pouvait-il enfin cerner l'espace d'un instant la souffrance qu'elle-même avait enduré, qu'elle-même avait camouflé avec la même force que lui-même jusqu'à ces derniers jours ? Pouvait-il prétendre avoir plus souffert qu'elle, et vice-versa ? Il ne savait rien d'elle, ses derniers mots l'avaient troublés, d'abord agacés, puis finalement l'avaient laissé songeur. William avait décidé de ne plus se fier à lui-même, et cela semblait être un immense effort de sa part, mais il était cette fois-ci motivé d'une curiosité de la vie singulière, pas celle malsaine de celui qui veut arracher le savoir des mains d'un autre, mais plus celle d'un enfant à qui on aurait oublié d'apprendre l'essence même de la vie. Il regardait Julia comme l'élève attend que son maître ne parle, comme s'il était suspendu à un fil, et qu'elle en tenait le bout. Elle l'avait sauvé une fois, et désormais, quelque part, son existence ne tenait qu'à elle, qu'à ce qu'il allait s'ensuivre entre eux deux. Ses mots allaient changer le cours de sa pensée, allaient peut-être l'éveiller, ou le conforter dans ses idées. Alors, lorsque la voix s'éleva enfin, ce fut d'un silence presque religieux que William s'arma ; et il en entendit chaque mot, chaque respiration, la tête vidée de tout préjugé :
– J'aimerais pouvoir vous dire oui. Mais la vérité c'est que je n'en sais rien. Ma première intention était de vous dire non. Non, elle ne vaut pas la peine d'être vécue, parce que cette douleur insupportable transforme la vie en réel cauchemar. Mais au fond, qu'est-ce qui nous prouve que la mort est plus plaisante ?
Il s'était posé la même question. Le fait de voir en elle des doutes ne le replongea pas dans les siens, au contraire. Il comprit qu'aucune réponse n'était réellement valable, et que, quoi qu'il advienne, un choix avait toujours des conséquences, sans qu'on ne sache lesquelles exactement. Quant à la sincérité de Julia, qui prouvait à cet instant-ci qu'elle-même avait déjà connu ce malheur, il la prit pour ce qu'elle était, et ne la brusqua pas lorsque son regard se perdit, attendant qu'elle reprenne – ce qu'elle fit :
– J'ai voulu mourir de nombreuses fois au cours de mon existence, mais finalement je suis encore là et je me bats pour vivre. Je ne sais pas pourquoi, j'aimerais vous dire que ça en vaut la peine mais je n'en sais rien. Je m'accroche à ma Maison, parce que je n'ai plus que ça. Qu'en est-il de vous ? N'avez-vous pas encore de la famille ? Des enfants ? Un père ?
Julia soupira. William, lui, n'eut aucune réelle réaction. Ces questions, quelque part, ne le touchaient pas plus que ça. Il se demanda un instant si elle était vraiment heureuse, s'il voulait devenir comme elle. Sa Maison. Il aurait pu s'accrocher à elle, mais à quoi bon ? Pour mieux la mener à la baguette ? Non, il n'était pas un bon Seigneur, il s'était laissé emporter par sa propre fougue, laissant son cœur parler pour lui, jusqu'à en oublier d'être juste. Revenir à lui-même, devoir parler de lui, sachant qu'en vérité Julia n'avait fait qu'effleurer le sujet de sa propre souffrance, lui fit un drôle d'effet. Pourrait-il la prendre pour confidente ? Puisqu'elle le demandait, de toute façon, il n'avait pas grand-chose à cacher, elle devait déjà en savoir quelque chose. Peut-être était-il temps d'enfin dévoiler aux autres ce qu'il était ; pas un monstre, ni un saint, rien de plus qu'un être humain. Alors, apaisé par ces réponses qui n'en étaient pas vraiment, il parla à son tour, de sa voix grave, un peu plus mesurée, ses maux de tête restant désormais constants et supportables :
Ma mère est morte assassinée. J'ai détesté et renié ma première sœur pour avoir consacré sa vie aux Aïeux, et elle a fini par mourir, elle aussi. Mon autre sœur, que j'aimais de tout mon être, est morte en couches, laissant des enfants qui ont tous fini par disparaître. Mon père m'est désormais étranger car je n'ai pas su calmer ma jalousie et mon complexe d'infériorité vis-à-vis de lui, ma compagne n'est plus car je n'ai pas su être assez présent pour elle et les seuls enfants que j'ai laissé, voyez-vous, je ne les ai pas vus grandir, je ne les ai pas même élevés, et parce que je n'ai su qu'être dur et exigeant envers eux sans jamais les reconnaître ni les aimer pour ce qu'ils étaient, ils me détestent, et se réjouissent sûrement de me savoir loin d'eux.
Cela résumait assez clairement sa situation. Sûrement oubliait-il de parler de ses amis disparus, ou de ceux qu'il avait fait fuir. Ou encore ceux qui l'avaient trahi, comme Opale, qui lui avait préféré l'assassin de sa mère. La vérité était qu'il ne cachait pas sa part de responsabilité dans son malheur, mais qu'il ne pouvait pas non plus se résoudre à simplement se lyncher, car il était trop tard désormais. Il ne pouvait pas se rattraper. Il ne pouvait pas retourner en arrière. Un sourire parut sur son visage, pas un sourire de contentement, mais un sourire las.
On peut dire que, quelque part, ce que j'ai, je l'ai cherché. J'ai voulu détruire ma vie. La première fois que j'ai vraiment voulu mourir, c'est le jour où Ambre est morte. Je m'apprêtais à me taillader les veines lorsque j'ai entendu les cris de ses enfants. Ils m'ont sauvé la vie avant de disparaître. Je ne sais plus ce qui me retient aujourd'hui à la vie, mais je pense que si vous n'aviez pas été là, je serais déjà mort. Et je ne sais pas plus que vous si c'est ce que je désire ou non. Je sais juste que j'ai gâché ce qu'il y avait de bon en moi au service de vengeances futiles, pour déverser ma colère et ma souffrance sur d'autres qui ne le méritaient pas. Je pourrais vouloir ma rédemption mais je ne suis pas sûr que cela apaise ceux qui me méprisent.
Il se tût un instant, pensif. Il avait beaucoup parlé, sûrement pour ne rien dire. Il ne cherchait pas à l'apitoyer, simplement à confier quelque peu ses pensées. Cela pouvait peut-être le rendre plus lucide. Voilà des années qu'il n'avait plus parlé à quiconque.
Lorsque j'irai mieux, murmura-t-il enfin, j'aimerais voir où ma mère a été enterrée, si vous me le permettez.
Sa mère. Avril. Seigneur de la Maison de la Rivière, un temps. Elle était aussi la cause de sa décadence, à son échelle. Elle avait plus souffert de la mort de ses filles qu'elle n'aurait souffert de la sienne. Il savait qu'elle voyait en lui son père, qu'elle avait finalement fui. Il savait qu'il ne lui aurait pas suffit, pas plus qu'à Ambre, car elles lui préféraient Fée. Lui, il avait eu son père. Un temps. Longtemps. Mais il avait fini par le perdre, par orgueil. Pauvre petite chose. Il n'avait plus rien, et qu'avait-il à gagner ? Pouvait-il lui aussi se consacrer à sa Maison ? Mais la Maison de l'Ombre ne voulait plus de lui ; il y avait celle de la Rivière, celle de sa mère, celle de son enfance, mais cela n'était pas une raison, il n'était qu'un intrus, un réfugié politique en quelque sorte. Et puis, il était possible que Julia le juge en bons termes comme un misérable après avoir avoué ses crimes, mais sûrement les avait-elle déjà entendus bien avant qu'il ne les prononce. Enfin. Il verrait cela plus tard, être rongé par la culpabilité lui suffisait, il avait déjà été assez puni de sa médiocrité précédente. La paix, il fallait la trouver, mais où ? Il l'ignorait. Et il n'était pas sûr que Julia en sache plus que lui finalement...

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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Sam 9 Nov - 16:35

    Le silence planait. Non pas un silence lourd et tendu, non, bien au contrai, cette absence de bruit était presque agréable. L'attitude de William avait changée, et si les précédents propos du Seigneur de la Rivière l'avaient agacés, il était désormais entièrement à l'écoute. Qui l'aurait cru ? Tout le monde devait le penser arrogant et pourtant, devant Julia à cet instant précis, il n'était rien de tout ça. Calmement, il se mit à parler. – Ma mère est morte assassinée. J'ai détesté et renié ma première sœur pour avoir consacré sa vie aux Aïeux, et elle a fini par mourir, elle aussi. Mon autre sœur, que j'aimais de tout mon être, est morte en couches, laissant des enfants qui ont tous fini par disparaître. Mon père m'est désormais étranger car je n'ai pas su calmer ma jalousie et mon complexe d'infériorité vis-à-vis de lui, ma compagne n'est plus car je n'ai pas su être assez présent pour elle et les seuls enfants que j'ai laissé, voyez-vous, je ne les ai pas vus grandir, je ne les ai pas même élevés, et parce que je n'ai su qu'être dur et exigeant envers eux sans jamais les reconnaître ni les aimer pour ce qu'ils étaient, ils me détestent, et se réjouissent sûrement de me savoir loin d'eux. Demeurant impassible, elle ne l'interrompit pas. Comment pouvait-elle oublier Avril, la mère de William ? Elle avait gouverné la Maison de la Rivière pendant quelques temps. Et ainsi, il avait bien laissé ses enfants d côté, enfants qui le détestaient maintenant. Si la vie n'épargnait personne, ne s'acharnait-elle pas sur quelques uns ? Au final, même si William avait encore de la famille en vie, il était aussi seul qu'elle. Sans dire un mot, Julia attendit qu'il continue. – On peut dire que, quelque part, ce que j'ai, je l'ai cherché. J'ai voulu détruire ma vie. La première fois que j'ai vraiment voulu mourir, c'est le jour où Ambre est morte. Je m'apprêtais à me taillader les veines lorsque j'ai entendu les cris de ses enfants. Ils m'ont sauvé la vie avant de disparaître. Je ne sais plus ce qui me retient aujourd'hui à la vie, mais je pense que si vous n'aviez pas été là, je serais déjà mort. Et je ne sais pas plus que vous si c'est ce que je désire ou non. Je sais juste que j'ai gâché ce qu'il y avait de bon en moi au service de vengeances futiles, pour déverser ma colère et ma souffrance sur d'autres qui ne le méritaient pas. Je pourrais vouloir ma rédemption mais je ne suis pas sûr que cela apaise ceux qui me méprisent. Avait-elle quoi que ce soit à répondre à ça ? Elle ne pouvait pas le rassurer en disant que tout s'arrangerait, qu'avec le temps, le mépris des autres à son égard s'estomperaient... Certaines rancœurs sont tenaces, alors non, elle ne pouvait pas le rassurer. Le silence revint un bref instant avant que l'ex-Seigneur de l'Ombre ne reprenne la parole.

    – Lorsque j'irai mieux, j'aimerais voir où ma mère a été enterrée, si vous me le permettez.

    La tombe de sa mère...C'était normal qu'il demande à la voir. Julia hocha la tête en signe d'approbation et demeura silencieuse encore une poignée de secondes, pensive. Elle ne voulait pas lui parler d'elle, la comparaison n'était de toutes les manières pas utile. Julia ne s'était pas confiée depuis... des années et des années, mais elle préférait enfouir tout cela au fond d'elle-même. Elle ne voulait pas faire remonter tout ça, même après tout ce temps, elle n'était pas prête à parler de tout. Et de toute façon, ça n'était pas ce qu'il attendait.

     « Bien entendu, je vous indiquerai l'endroit où votre mère a été enterrée. » répondit-elle simplement.

    Malgré ses vertiges, son air faible, il était tout de même capable de se rendre là où Avril avait été enterrée. Et il était son invité, alors pourquoi l'aurait-elle empêchée de se rendre là où il le désirait ? Sa présence dans la Maison de la Rivière n'était pas un secret, le fait qu'il soit là en avait surpris plus d'un mais ils faisaient confiance à Julia, aussi avaient-ils acceptés qu'il demeure avec eux. Pour combien de temps ? Nul ne le savait.

     « Je ne peux pas vous conseiller sur votre vie, je doute que vous puissiez passer à autre chose et vous reconstruire rapidement. Je doute qu'un jour vous repreniez goût à la vie. Mais à force, avec le temps, vous réussirez à passer au-dessus de votre douleur et vous continuerez à avancer, même si cette douleur sera toujours en vous. » Elle se tût et observa l'homme en face d'elle.

    Peut-être qu'elle avait tort, peut-être qu'il ne pouvait simplement plus endurer, continuer à vivre. Mais en tout cas, ses paroles étaient sincères : c'était ce qu'elle croyait et espérait pour lui.

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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Sam 9 Nov - 17:29


La fatigue. La lassitude. Par chance, les maux n'étaient plus, il pouvait à présent réfléchir un peu plus, le fait de s'être assis devait y être pour quelque chose. Mais il était malgré tout usé, et il comprit rapidement qu'il avait surestimé ses forces en voulant fuir. Il ne regrettait pas que Julia l'ait surpris avant son départ. Il était maintenant beaucoup plus calme, du moins, pour le moment. Ressasser ainsi sa vie, les différentes personnes qui l'avaient peuplée, tout cela avait su l'apaiser quelques temps, tout en remuant malgré tout le couteau dans la plaie. Aller sur la tombe de sa mère lui semblait être la meilleure décision qu'il ait prise depuis longtemps, et il espérait ainsi se recueillir quelque peu. Julia hocha la tête, elle ne semblait pas l'avoir jugé sur ses déclarations, elle ne semblait pas vouloir appuyer ses mauvaises actions, au contraire, elle lui sembla compréhensive, et tout cela le surprit, d'une certaine façon. Elle s'était montrée bien plus vive lorsqu'il avait parlé de mourir que lorsqu'il avait parlé de ses erreurs. Pourquoi faisait-elle preuve d'autant de compassion à son égard ? S'était-elle reconnue en lui, alors qu'il errait sans but ? William ne savait pas encore comment interpréter tout cela, mais il fut étonnamment touché par ce geste – et il se rendit compte alors à quel point il avait été privé de la gentillesse d'autrui, niché dans son rôle de Seigneur, fort et assuré, à quel point il avait oublié qu'ils avaient tous besoin d'aide, un jour ou l'autre. Il n'aurait jamais imaginé la trouver ici.
– Bien entendu, je vous indiquerai l'endroit où votre mère a été enterrée.
William eut un sourire. Bien sûr, il y aurait eu bien peu de chance qu'elle lui refuse ce privilège, mais malgré tout, cela ne faisait que conforter l'idée qu'il venait d'étayer, et d'annihiler en lui toute agressivité envers elle. Il était désormais docile, presque modeste face au Seigneur de la Maison de la Rivière, il lui semblait apprendre encore, lui qui pensait en avoir passé l'âge. Il songea dès lors qu'il n'était jamais trop tard pour cela, et lorsque la pensée de Grise lui revint, avec tout son lot de tristesse, il se contenta de conserver son sourire, un sourire triste et las, mais aussi sincère, d'une simplicité éloquente. Il n'y pouvait plus grand-chose. Il ne pouvait pas non plus encore affirmer vouloir vivre, il ne fallait pas seulement quelques minutes pour retourner sa veste, mais cette conversation le faisait réfléchir, lui donnait de nouveaux champs de possibilité, il lui semblait même entrevoir, et il lui était presque honteux de l'admettre tant il lui était parfois difficile de se remettre en question, un brin d'espoir.
– Je ne peux pas vous conseiller sur votre vie, je doute que vous puissiez passer à autre chose et vous reconstruire rapidement. Je doute qu'un jour vous repreniez goût à la vie. Mais à force, avec le temps, vous réussirez à passer au-dessus de votre douleur et vous continuerez à avancer, même si cette douleur sera toujours en vous.
Ces paroles résumaient assez clairement ce qu'il venait de comprendre. Il acquiesça simplement. Il ne venait pas d'apercevoir la lumière au bout du tunnel, mais il appréciait l'idée de ne plus avoir à se culpabiliser plus encore. Il devait effectivement reconnaître ses erreurs puisqu'il en avait conscience, mais son père en avait fait aussi, et aujourd'hui, il semblait avoir retrouvé le bonheur. Pourquoi pas lui – on pourrait aussi se demander ce que son père faisait dans cette réflexion, mais il ne pouvait pas encore se détacher de la comparaison systématique qu'il faisait de sa vie avec la sienne. D'autant plus qu'il était, pour le coup, un merveilleux exemple de rédemption. Peut-être devait-il laisser sa fierté de côté et tenter de suivre le même chemin. Oui, mais comment ? La Maison de l'Ombre ? Non, il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas revenir auprès de ses enfants et prétendre subitement être un père pour eux. Il ne pouvait pas transformer du plomb en or. Il y avait peut-être une autre solution. Restait à savoir laquelle, et vite, s'il ne voulait pas se laisser à nouveau happer par la folie. Il ne quittait pas du regard Julia. Il ne savait pas pourquoi, mais elle lui évoquait sa mère. En vérité, Avril s'était peu occupée de lui, il était plutôt à la solde de son père, et elle n'avait même pas attendu son réveil pour revenir à la Maison de la Rivière, mais il ne lui en avait pas tenu rigueur. Il l'avait aimée, tout simplement. Il ne pouvait s'empêcher d'encore la voir comme une personne douce et apaisante, bien qu'il sache que cette vision n'était qu'un fantasme de sa conscience ; Avril n'avait jamais essuyé sa peine, et lorsqu'il était venu auprès d'elle pour lui annoncer la mort de Ambre, tout ce qu'elle avait su faire, c'était le rejeter, lui et sa terrible nouvelle. Encore une fois, il ne l'avait pas jugée. Il n'avait pas été un mauvais fils avec elle. Au moins une chose qu'il pouvait s'accorder réellement.
Merci.
Sa voix s'était élevée, mais on aurait cru qu'il n'avait jamais parlé. Ce mot lui était venu naturellement, sans crier gare. Il pouvait sembler surprenant de sa part, on avait du mal à imaginer un homme comme lui remercier un autre être. Mais il brûlait de sincérité à cet instant, et il savait qu'il lui fallait retrouver foi en quelque chose – il lui fallait une conviction, un but. Il aurait pu détester Julia de l'avoir sauvé alors qu'il ne le voulait pas, se voiler la face, mais tout cela n'aurait servi à rien. Il aurait pu, il l'aurait peut-être fait dans d'autres conditions. Quelque part, tout n'est qu'une question de timing. William comprit que tout ceci était sa chance, et qu'il était temps qu'il la saisisse. Il était temps qu'il se montre utile. Peut-être que se consacrer à quelque chose pouvait apaiser ses souffrances et lui redonner de nouvelles perspectives de vie, encore. Peut-être devait-il profiter de son rétablissement pour remercier son hôte comme il se doit.
Je ne tiens pas à devenir un poids pour votre Maison. Je pense effectivement qu'il me faudra rester un temps, et je vous remercie encore d'accepter de me prendre en charge – comme je l'ai dit, je pense que vous êtes bien la seule à le vouloir. Je ne peux qu'admirer votre compassion, qu'importe vos motivations. Je vous dois la vie, et même si elle ne vaut plus grand-chose, je tâcherai de me montrer digne de votre bonté. S'il y a la moindre chose que je puisse faire pour vous, demandez-le-moi. Je ne sais pas si je peux encore jurer sur l'honneur, mais sachez que je tiendrai ma parole, quoi qu'il m'en coûte.
William pouvait-il se montrer dévoué ? Il semblait que oui. Et étrangement, si lui avait apprécié détenir le pouvoir un temps, il lui sembla que donner sa parole à quelqu'un d'autre n'était pas désagréable. Le peu qu'il avait vu en Julia lui semblait suffire à lui accorder sa confiance. Il lui semblait voir en elle un être surprenant. Une sorte d'héroïne, apte à sauver les âmes perdues. Peut-être délirait-il tout simplement, peut-être était-ce la fatigue. Mais cette pensée lui plaisait, et il se sentit à nouveau paladin, il se sentit à nouveau un homme d'honneur, comme une sorte de brigand à qui on aurait donné un titre. Une sorte de Jean Valjean d'un autre temps, d'un autre monde, qui aurait retrouvé la vie en constatant qu'on lui accordait la grâce. Peut-être y avait-il encore quelque chose à sauver.

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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Lun 11 Nov - 15:58

    Le silence s'installa après la dernière tirade de Julia et elle vit William replonger dans ses pensées. Au moins semblait-il moins faible maintenant qu'il avait enfin osé s'asseoir. Le Seigneur de la Rivière demeura debout, non pas pour marquer une supériorité quelconque, mais par simple habitude. L'arrogance n'avait jamais fais partie de son caractère, elle était loin d'être parfaite, c'était certain. Plus jeune, elle s'était laissée emporter par une haine irrationnelle à l'égard de toutes les autres Maisons. C'était sans doute de là que venait sa loyauté, elle ne supportait pas l'idée de quitter la Rivière pour aller vivre ailleurs, dans une autre Maison. Elle s'était habituée à ces terres, elle connaissait chaque endroit par cœur, le territoire de la Rivière n'avait plus aucun secret pour elle, et loin de s'en lasser, elle s'en réjouissait. C'était chez elle, depuis toujours et sans doute à jamais. Elle avait vécu tant de choses ici, beaucoup d'épreuves difficiles la ramenait à la Rivière, aux heures sombres qu'elle avait passé, à la douloureuse solitude qu'elle avait endurée. Mais c'était aussi ici qu'elle avait liée de fortes amitiés, qu'elle avait aimé ses enfants... Elle regarda William, il pouvait encore vivre de belles choses s'il réussissait à passer au dessus de sa douleur. Quant à Julia... elle comptait vivre ainsi, entièrement dévouée à sa Maison, jusqu'à sa mort. Cela faisait des années qu'elle ne redoutait plus de mourir, elle s'était faite à l'idée, elle avait bien vécu et quand viendrait son tours, elle serait prête. Cependant, la Rivière l'inquiétait plus, elle ne pouvait pas laisser sa Maison comme ça, sans personne pour la seconder. Perdue dans ses pensées, Julia faillit ne pas entendre l'unique mot que prononça son invité.– Merci Elle hocha la tête pour répondre à ses remerciements. Cela aurait pu paraître étrange pour ceux qui avaient connus William lorsqu'il était à la tête de la Maison de l'Ombre. Mais à cet instant, après tout ce qu'il lui avait dit, ça n'étonnait pas le Seigneur de la Rivière.

    – Je ne tiens pas à devenir un poids pour votre Maison. Je pense effectivement qu'il me faudra rester un temps, et je vous remercie encore d'accepter de me prendre en charge – comme je l'ai dit, je pense que vous êtes bien la seule à le vouloir. Je ne peux qu'admirer votre compassion, qu'importe vos motivations. Je vous dois la vie, et même si elle ne vaut plus grand-chose, je tâcherai de me montrer digne de votre bonté. S'il y a la moindre chose que je puisse faire pour vous, demandez-le-moi. Je ne sais pas si je peux encore jurer sur l'honneur, mais sachez que je tiendrai ma parole, quoi qu'il m'en coûte.

    Elle lui adressa un sourire franc, heureuse de voir qu'il semblait prêt à se reprendre en main. Il n'était pas remis de la perte de son amour, bien entendu ça prenait bien plus de temps, mais il était sur la bonne voie.

     « Une fois que vous serez plus en forme, je n'hésiterai pas à réclamer votre aide, William. Je suis heureuse de voir que vous semblez prêt à avancer. » répondit-elle simplement.

    Elle l'observa un long moment et songea qu'il ne fallait pas trop qu'elle s'attarde ici. D'autres affaires l'attendaient, malheureusement. Elle se demanda si c'était à elle d'aller à la rencontre du nouveau Seigneur de l'Ombre. Bien qu'il lui sembla que l'inverse était plus logique. Elle allait sans doute devoir annoncer à la Maison alliée que la Rivière abritait leur ancien Seigneur mais au fond, elle n'en n'avait pas vraiment envie. Julia préférait l'idée de laisser William se remettre, reprendre des forces et prendre ses propres décisions. Elle ne voulait pas dire qu'elle avait dut le recueillir au sein de la Rivière pour qu'il ne meurt pas. Et pourtant... sans doute n'avait-elle pas le choix. Songeuse, elle se laissa encore quelques minutes avant de laisser William se reposer, seul.

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MessageSujet: Re: l'éveil ~ privé   Jeu 14 Nov - 14:19


Sur le visage de Julia naquit un sourire d'une naturelle franchise, qui agit comme un baume sur le cœur de William. Il était étrange de constater qu'un simple sourire pouvait ainsi donner une telle vague de chaleur, une sensation agréable, un sentiment de réussite. Un simple geste de bienvenue, quelque part, un geste qui prouvait que l'on pouvait se sentir à l'aise, comme chez soi. Cela pouvait paraître idiot, et tant pis, mais lui n'avait plus observé de gestes aimables depuis bien longtemps, nourri à ceux du pouvoir et du respect. Mais qu'était-ce que le respect, s'il n'agissait que comme une barrière entre soi et les autres ? Il était parfois agréable de se sentir aimé pour ce que l'on était, et non pour un statut... Le mot était un peu fort, mais c'était l'idée, et Julia s'était montrée si bienveillante à son égard qu'il ne pouvait plus qu'avoir de l'admiration pour elle. Était-ce une qualité à laquelle il aurait échappé ? N'était-ce pas cela qu'il devait apprendre à restituer, s'il voulait être quelqu'un de bien ? Il avait trop voulu être apprécié pour sa force, sa puissance, pour le pouvoir ; mais il comprenait désormais que cela n'était rien. Il existait quelque chose de bien plus précieux. Quelque chose qu'il avait, et dont il n'avait pas su se contenter. Il était parfois irritant de ne pas avoir le pouvoir ; mais il était bien plus douloureux de ne pas connaître le bonheur. De ne pas être entouré. William n'était plus seul ; il avait ce soutien, ce soutien qui allait lui permettre d'avancer. Julia était la source de ce changement ; elle lui avait redonné le courage et la force de continuer. Du moins, pour le moment. Mais c'était déjà beaucoup. Elle n'était plus cette inconnue avec laquelle il discourait sur des plans politiques ; elle n'était pas non plus proche de lui, mais elle était malgré tout ce qui ressemblait le plus à cet instant à une amie, une connaissance appréciable, une présence amicale disons.
Une fois que vous serez plus en forme, je n'hésiterai pas à réclamer votre aide, William. Je suis heureuse de voir que vous semblez prêt à avancer.
Il acquiesça. Apaisé, presque... heureux, quelque part. Et c'était presque étrange de se sentir heureux seulement quelques secondes après avoir ressenti telle souffrance. Mais c'était parfois un sentiment qui lui échappait. Et il n'avait pas envie qu'il parte, même s'il savait qu'il ne s'étalait jamais bien longtemps sur la durée. Cela faisait déjà quelques minutes, quelques minutes qui lui avaient semblé parmi les plus importantes de son existence. Julia était avant tout le Seigneur de la Maison de la Rivière, et sûrement ne pouvait-elle pas se permettre de rester plus longtemps à ses côtés – d'autant plus que oui, en soi, même si s'asseoir lui avait permis de retrouver ses esprits, il devait encore se reposer, regagner en force, se nourrir. Puis il tiendrait sa parole. Il était prêt à se dévouer corps et âme pour la Maison de la Rivière – aussi longtemps qu'il le faudra. Oh, dans son esprit, il n'était pas question de rester, du moins, pas encore ; comme il l'avait dit, il craignait de déranger, et puis même s'il était né ici, il n'avait pas grandi sur ces terres, il n'y avait passé que quelques années de sa vie. La Maison de l'Ombre restait son ancien foyer – ancien, parce qu'il était certain qu'il n'y remettrait pas les pieds. Quant à un nouveau, il était encore trop tôt pour en décider.

Le temps n'était plus qu'une mesure vague à laquelle il ne répondait plus. S'ils avaient échangé quelques paroles après ces quelques décisions, il ne s'en souvenait déjà plus. Le sommeil l'avait happé, et il avait déjà hâte de se réveiller. De constater qu'il était bien ici, en sécurité, que tout cela n'avait pas été un cauchemar ou un rêve. Grise était partie, mais la vie continuait. Il ne pouvait renoncer à cet amour intarissable auquel il n'avait pas su assez se vouer, mais il pouvait tenter de faire de son mieux pour être quelqu'un de bien ; et c'était absurde, car qu'était-ce que quelqu'un de bien ? Il ne savait pas, c'était sûrement une conviction absurde, aussi absurde qu'une croyance en les Aïeux, mais il y tenait. Il en avait besoin. Il avait besoin de cela pour se sentir apaisé.

Tout était simple, simple et vain. Et pourtant terriblement imprégné de sens.
William ne savait qu'une chose ; il n'était pas prêt à mourir, pas encore.

Il avait ainsi répondu aux questions qu'il se posait encore, quelques temps auparavant. Quelques minutes, une fraction de secondes peut changer nos vies à jamais. Mais il ne revient qu'à nous de nous prendre en main et d'aller de l'avant. Encore, et encore. Aussi vain que cela soit. L'espoir fait vivre. Il n'y a rien de plus beau que l'espoir.

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