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 Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Jeu 7 Nov - 0:32



«Tel est mon désir

Que dans ton cœur je me pose
Qu’entre tes pensées je m’insinue
Que tous ces mots, je les ose
Que je puisse me trouver entre tes bras nus
Tel est mon désir

Que se rallume ta lueur
Qu’éclate ta splendeur
Que vers moi tes yeux brillent
Que pour moi ton visage rie
Tel est mon désir

Que mon étoile, tu me pardonnes
Tel est mon désir, tel est mon destin »


Un mouvement trop brusque renversa le pot d’encre posé à même le sol. Je le redressai délicatement, en jurant. Ces objets-là valaient une fortune, j’avais mis un temps infini à m’en procurer. J’évaluai la catastrophe, en conclut qu’il faudrait bientôt que je me débrouille pour en retrouver, et, soupirant, remis le couvercle et le rangeai dans ma poche. Après quoi j’essuyai délicatement ma plume avant de la ranger à son tour. Je relis le poème que je venais d’écrire, hésitai à le déchirer comme à chaque fois, et, comme à chaque fois, je me contentai de refermer mon carnet. Il n’était rempli que d’élucubrations diverses, de pensées sombres, d’autant de regrets. J’ignorais pourquoi je m’évertuais à le remplir. Quelque part, j’avais la sensation que ça me faisait du bien.

En cette après-midi ensoleillée, je me trouvais adossé contre un arbre, sur le bord d’un chemin, non loin du territoire de Cerfblanc, hésitant entre deux routes. Retourner vers ces terres solitaires, y mener une vie recluse, une vie de solitude, rythmée par le seul espoir de retrouver mon frère par miracle ? Ou rentrer. Rentrer et oublier. Rentrer et me faire pardonner. Quelle chance avais-je ? Malgré tout, cela faisait plusieurs semaines que mes pas semblaient me mener de plus en plus près de la forêt. De plus en plus proche de mes terres. On ne peut à jamais nier ses origines. Au plus profond de moi, je sentais que j’appartenais au Vent. J’y étais appelé, dans mes rêves, même éveillé. Et il y avait autre chose… Je devais savoir ce qu’il était advenu de mon étoile.

« - Aby, murmurai-je pour moi-même. Mon étoile. Si tu savais combien je suis désolé… »

Cela faisait plusieurs jours déjà que mon carnet ne se remplissait que d’odes à son nom, que de regrets imprononcés. Mes pensées étaient hantées par son image. Et le souvenir de notre bonheur éphémère. Ainsi que celui, bien plus amer, de ma trahison. Je pensai à son ventre rond, à son regard rayonnant en le touchant. Je me souviens du jour où elle m’annonça… mais je le savais déjà. Ces choses-là se sentent. Je feignis le même bonheur qu’elle. Malgré tout, au fond de moi, je ne me sentais pas l’âme d’un père. Peut-être est-ce en partie pour cela aussi que je suis parti. Pour cela… Et pour mon frère. J’avais erré pendant des mois et des mois, interrogeant, priant,… Personne ne l’avait vu. Personne ne le connaissait. Il ne me restait qu’une seule possibilité : Cerfblanc. Tout m’y conduisait donc. Pourtant, je n’arrivais pas à me décider. Mon retour induirait beaucoup trop de choses à affronter, et je n’étais pas sûr d’en être capable. A supposer, déjà, qu’on m’acceptât… Ce dont je doutais. On m’avait déjà pardonné une première fois. Qu’adviendrait-il d’une seconde trahison ?
Soudain, une inconnue qui passait attira mon attention. Je passai un moment à la fixer, indécis, me demandant pourquoi elle me semblait si familière. Puis, soudain, ça me frappa. Les traits du visage étaient les mêmes. La taille aussi. Il y avait malgré tout de sacrés différences, ce qui expliquait que j’aie mis tant de temps à comprendre. Je ne pus m’empêcher de la héler.

« - Tu es aussi belle que ta sœur. »

Un pâle sourire se dessina sur mon visage, tandis qu’un espoir fou montait dans ma poitrine. Peut-être saurait-elle me renseigner. Peut-être saurait-elle me dire ce qu’était devenue mon étoile. Aby ne m’avait jamais parlé de sa famille. Je n’aurais d’ailleurs jamais su qu’elle avait une sœur si je ne l’avais justement croisée ce jour-là.
Assis, le visage inondé de soleil, serein, je gardai mon regard fixé sur la jeune femme, attendant sa réaction.

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Shaé des Abysses
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MessageSujet: Re: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Sam 9 Nov - 1:33


     « Elle ne savait pas que l'Enfer, c'est l'absence. »

    Shaé observait le paysage qui s'étalait devant elle depuis la hauteur que lui offrait une tour du château. Solitude. Comme depuis toujours, et avant, n'avait-elle pas aimée cette tranquillité ? Et si oui, alors pourquoi tout ça lui semblait si douloureux ? Depuis qu'elle était Capitaine, elle n'avait plus rien. La Maison de l'Ombre n'était plus la même sans le Seigneur William. Elle n'avait rien à reprocher à Cassandre de Jais, mais c'était simplement... différent. Et elle... elle n'avait plus personne... Ses pensées s'éloignèrent un moment vers Soleil, son jeune frère disparu. Où était-il maintenant ? Il était venu vers elle, pour lui dire qu'il ne supportait plus. Que cette famille le brisait et qu'il n'en pouvait plus. Il avait besoin de vivre loin de tout ça, loin de cette souffrance qu'était sa vie quotidienne. Plus assez fort pour endurer tout ça, il s'était envolé dans la nature, seul, loin du fief de Cerfblanc afin de se construire, de se bâtir une vie peut-être même d'avoir des enfants. Loin d'elle, de Likolo, Aby, Kuman. Loin du monde qu'il avait connu jusqu'alors. Et quand Soleil lui avait annoncé tout ça, Shaé n'avait pas réagit différemment de d'habitude. Elle avait laissé entendre que ça ne l'intéressait pas, elle lui avait répondu froidement comme à l'accoutumé. Sans le retenir, elle l'avait regarder s'en aller loin d'elle, l'abandonnant à son tours, se composant un masque d'impassibilité, facilitant son départ en le regardant avec mépris pour éviter les adieux déchirants. Shaé aimait son frère, même si elle ne lui avait jamais avoué, même si elle préférait ne pas y penser. Il était... doux, possédait quelque chose de candide, d'attachant, très différent d'elle... S'éloignant de la fenêtre, Shaé des Abysses se décida finalement à quitter le château. Hésitant entre prendre un cheval et errer à pieds, elle se décida finalement pour la seconde action. Comme à son habitude, elle favorisait la situation dans laquelle elle était la plus invisible.

    La jeune femme rousse erra un long moment, sans vraiment prêter attention à sa destination. Elle avait cru se sentir vide. Vide de sentiments, vide d'envies, vide d'ambitions... Mais qu'en était-il réellement ? Ce qu'elle avait pris pour un néant en elle n'était que sa douleur qui chaque jour, la brisait un peu plus. Elle se renfermait de plus en plus sur elle-même, s'éloignant du monde entier. Seule sa loyauté envers la Maison de l'Ombre était encore intacte... Pour combien de temps encore ? Les yeux verts d'Aslan le Lion la hantait. Elle n'attendait qu'une chose : le voir. Et redoutait tout autant ces retrouvailles. Shaé se sentait enfin vivre quand son regard océan plongeant dans celui du paladin du Vent. Mais elle pouvait pas faire ça, elle ne voulait pas reproduire l'erreur de ses parents. Elle ne voulait pas, plus, ressembler à sa mère. Soupirant, le Capitaine de l'Ombre continua à avancer, sans se soucier de la distance qu'elle parcourait. Les longues promenades solitaires avaient toujours faits partie d'elle.

    Shaé s'éloigna finalement tant et si bien qu'elle arriva aux bords des Contrées Lointaines. Étrange comme un rien pouvait la ramener des mois, des années auparavant. Étrange comme en cette après midi ensoleillée, ses pas l'avaient guidés à l'endroit exact où son frère était parti des années auparavant. Shaé avait marché des heures, pourtant elle continua encore pendant quelques pas avant qu'une silhouette adossée à un arbre retint son attention. Quelque chose dans ce visage, dans ce regard, lui était familier. Elle chercha dans sa mémoire, tant bien que mal. Finalement, après une poignée de seconde, elle réalisa. Cet homme bien vivant lui évoquait l'une des premières victimes des assassins venus de la ville. Elle n'avait pas connu personnellement cet homme mort, tué, mais elle avait observé son cadavre pour faire un rapport à Cassandre de Jais. Ignorant la peine des proches présents, elle avait parlé avec détachement, relevant la précision du geste du tueur, admirant l’œuvre d'un professionnel. Si l'homme en face d'elle était physiquement différent de la victime qu'elle avait découvert, quelque chose chez cet inconnu lui rappelait cruellement le visage du défunt paladin du Vent.

    « - Tu es aussi belle que ta sœur. »

    Shaé se figea, impassible, froide, méfiante. Sa sœur... Aby ? Comment la connaissait-il, et pourquoi cette tendresse ? Depuis combien de temps au juste n'avait-elle pas vu sa sœur ? La dernière fois... N'était-ce pas ce jour, quelques années auparavant, où toute sa famille avait débarqué ? Kuman, sa mère, Likolo, Aby, Soleil... Retrouvailles explosives. Elle n'avait jamais recroisé Aby. Aby, la douce et rayonnante Aby. Shaé contempla l'inconnu un long moment.

     « Qui êtes-vous ? »

    Lâcha-t-elle froidement, décidant d'ignorer cette remarque déroutante. Cette présence n'était pas ce qu'elle voulait. Elle retint un soupire. Savait-elle au moins ce qu'elle voulait ? Shaé était une âme errante, sans but. Elle n'avait plus rien ni personne mais ça n'était pas une libération, ça n'était pas comme si on lui avait ôté les chaînes invisibles à ses poignets. Au contraire, Shaé des Abysses ne s'était jamais sentie aussi prisonnière. De quoi, de qui ?
    Elle n'en savait rien.

____________________________________________

Shaé des Abysses.

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: Re: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Dim 10 Nov - 17:22

Tout passe et tout revient.

La réaction de la jeune femme me confirma que j'avais vu juste. La surprise qui se peignit sur son visage n'était pas feinte, et je lus dans son regard une méfiance compréhensible. Je n'avais pas été des plus délicats. Je me reprochai ma rudesse. Maintenant, l'inconnue se méfiait de moi, alors que je souhaitais plus que tout la connaître et gagner sa confiance. Mon étoile et moi étions resté secrets l'un pour l'autre. J'ignorais tout de sa famille, de son passé. Je pensai que sa soeur pourrait m'éclairer. Peut-être que je comprendrais mieux la souffrance silencieuse de ma bien-aimée, et ces cauchemars qui la réveillaient, trempée, frissonnante, et dont elle ne me disait jamais rien. Combien de nuits avais-je passées à lui murmurer des mots rassurants et vides de sens jusqu'à ce qu'elle se rendorme ? Combien d'heures à veiller son sommeil, terrifié à l'idée qu'il l'emporte dans ses ténèbres intérieures ? J'avais appris à détecter les signes de ses mauvais rêves, et il suffisait alors que je lui caresse la joue pour les éloigner. J'avais découvert ce remède sans le lui avouer, devinant que si elle avait découvert mes longues veilles, elle m'aurait obligé à dormir.

La jeune femme ressemblait à mon étoile principalement au niveau des yeux. Elles avaient le même regard plongé dans l'infini, d'un bleu abyssal. Mais alors que ceux de mon étoile brillaient de sentiments refoulés, d'amour pour les autres, de bienveillance et de souvenirs secrets, ceux de sa soeur semblaient vides et tristes. Nostalgiques. Emplis des regrets des occasions manquées et des remords des paroles qu'on n'a pas retenues. Je connaissais ce regard. Je le percevais souvent dans le miroir.

« Qui êtes-vous ? »

Je tentai d'adopter une attitude rassurante. J'appliquai un sourire amical et maintins ma position assise, signe de sérénité.

« Je m'appelle Aaren, répondis-je. Je suis un ancien Paladin du Vent, mais voilà longtemps que j'ai fui mes terres. Je vous en prie, ne soyez pas si méfiante, je ne voulais pas être aussi direct. J'ai connu Aby lorsque je faisais partie de la Maison du Vent, et je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer votre ressemblance. »

Je marquai une pause, le temps de choisir mes mots. Je me demandai ce qu'il m'était permis de dire et ce qu'il serait sage de taire. J'ignorais tout de cette jeune femme, pourtant, le lien qui l'unissait à mon étoile me poussait à lui faire confiance.

« Aby et moi avons vécu ensemble quelques temps. Mais elle était habitée de douleurs que je ne pouvais pas atteindre, cachées dans des lieux secrets d'elle-même dont elle me cachait l'accès. Elle ne vous a pas parlé de moi ? »

Je me demandai ce qu'elle avait pu raconter à sa soeur sur cet enfoiré qui l'avait laissée tomber dès la première occasion. Puis l'idée me vint que mon étoile n'avait finalement parlé de moi à personne. Elle était Augure après tout, et n'était pas censée aimer. Je rougis en pensant que j'avais révélé un secret qui aurait du être gardé. Mais si cette femme était sa soeur, n'avait-elle pas le droit de savoir ?

(sorry c'est un peu court ^-^")
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Shaé des Abysses
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MessageSujet: Re: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Lun 11 Nov - 16:17



     « La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. La reprendre à zéro est impossible. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, on ne revient jamais en arrière. »

    Shaé était fatiguée, épuisée, lasse... Elle avait tout perdu, et elle était désormais seule. Comment pouvait-elle être Capitaine et penser succéder à Cassandre de Jais, un jour, comme le voulait la tradition ? Elle en était incapable. Elle était trop détruite, trop instable. On ne lui avait jamais laissé la possibilité de se construire. Shaé avait mis de côté sa vie pour sa Maison, persuadée qu'elle souffrirait moins en éloignant le monde entier, elle s'était alors renfermée un peu plus, créant ce vide autour d'elle. Quelques semaines auparavant, elle avait regardé sans bouger une personne qu'elle connaissait se faire tuer. Au final, cette amie de son père n'était pas morte, mais elle n'avait pas bougé, pas esquissé le moindre mouvement pour la sauver. Elle n'était pas une héroïne, elle n'était pas une lumière douce et chaleureuse, elle n'était pas rassurante, pas protectrice. Shaé était une ombre, une ombre errante, brisée. Âme déjà morte, sans but. Alors, comment pouvait-on la comparer avec Aby ? Aby, la douce et belle Aby. Aby et ses yeux d'une profondeur infinie. Aby et sa voix rassurante. Elles n'avaient rien en commun, rien à part le sang qui coulait dans leurs veines. Son regard bleu se porta sur l'inconnu qui n'avait pas bougé. Il restait assis, comme s'il n'avait aucune crainte. Elle n'avait pas envie de savoir qui il était au fond, ni comment il connaissait sa sœur. Elle n'avait pas envie d'entendre son histoire ou même sa voix. Elle avait envie de s'en aller, retourner sur les Terres de l'Ombre, organiser des troupes de chasses, faire son nouveau travail de Capitaine qui, en l'épuisant, lui vidait la tête. Elle ne voulait plus réfléchir, plus rencontrer de personne. Elle ne désirait plus rien. Et pourtant, il parla, il répondit à sa question, bien entendu.

    « Je m'appelle Aaren. Je suis un ancien Paladin du Vent, mais voilà longtemps que j'ai fui mes terres. Je vous en prie, ne soyez pas si méfiante, je ne voulais pas être aussi direct. J'ai connu Aby lorsque je faisais partie de la Maison du Vent, et je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer votre ressemblance. »

    Elle se fichait de son histoire, de sa lâcheté qui l'avait poussé à abandonner sa Maison. Shaé redevint un tant soit peu attentive lorsqu'il évoqua Aby. Elle ne l'avait pas vu depuis si longtemps et pourtant les derniers mots de sa sœur dansaient encore dans sa mémoire. « Entre nous, rien ne change : Je t'aime. Garde-toi des chemins sombres. » Si seulement elle avait su... ces chemins sombres, elle les arpentait depuis toujours, c'était sa demeure. Ombre parmi les ombres, c'était là qu'elle évoluait. Aaren se remit à parler, n'avait-il donc pas fini ?

    « Aby et moi avons vécu ensemble quelques temps. Mais elle était habitée de douleurs que je ne pouvais pas atteindre, cachées dans des lieux secrets d'elle-même dont elle me cachait l'accès. Elle ne vous a pas parlé de moi ? »

    Ainsi, sa sœur avait trouvé l'amour... Un doux sourire flotta sur les lèvres de Shaé pendant une poignée de secondes, brisant son masque de froideur et révélant un visage beau, lumineux. Une poignée de secondes... et puis elle reprit son masque de froideur et d'impassibilité. Shaé se fichait éperdument qu'Aby ait enfreint les règles que les Augures devaient respecter. Si elle lui avait parlé de lui ? Jamais. Mais au fond, connaissait-elle réellement sa sœur ? Quelques paroles avaient été échangées, mais c'était tout. Elle se concentra sur Aaren. Ainsi, sa sœur souffrait ? Rien d'étonnant, elle se souvenait de l'effet que Kuman avait eu sur elle. Il l'avait détruite. Depuis toujours, Shaé attendait patiemment le moment où sa dague ferait saigner son Oncle au point de le tuer. Elle s'était battue avec lui, mais elle ne l'avait pas tué et lui non plus. Ce combat lui avait laissé un goût amer dans la bouche, le sentiment de ne pas avoir achever quelque chose et l'envie irrésistible d'en finir une bonne fois pour toute.

     « Non... » Alors qu'elle s'apprêtait à en dire plus, elle se tût. Son regard bleu se braqua sur l'homme en face d'elle. Pourquoi était-il loin d'elle alors, s'il l'aimait ? Pourquoi disait-il avoir vécu avec elle quelques temps ? Où était sa sœur si lui était là ?  « Vous l'avez abandonnée... » souffla-t-elle finalement pour répondre.

    Avait-il laissé sa sœur, seule comme tout semblait le sous-entendre dans son histoire ? Le Capitaine de l'Ombre contempla l'ex-paladin du Vent un long moment... Elle était fatiguée de toutes ces histoires de famille qui ne cessait plus. Elle se surpris à penser qu'elle aurait du partir elle aussi, comme Soleil l'avait fait. S'en aller loin de tout ça et espérer pouvoir vivre en sachant que toute sa famille était loin. Elle aurait du, mais elle ne l'avait pas fait, parce que sa Maison comptait sur elle et que rien n'était plus important que ça. Rien, pas même sa famille.

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Shaé des Abysses.

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: Re: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Mar 12 Nov - 22:02

I wanted a life where I would have been free. Are we? Does someone have the answer? I wanted a life where I would have been the good one. And so I was. Until that day.

« Non... »


Je sentis l’hésitation, le mot qui devait suivre… Il n’y eut qu’un silence, une réflexion dont je devinais le sens. Elle me fixait de son regard si profond dans lequel je vis naître, presque avec soulagement, de la rancœur et du mépris. Il était temps que quelqu’un d’autre que moi sache qui j’étais vraiment. J’avais besoin qu’on m’en veuille. Je voulais lire autre part qu’en moi l’être abjecte que j’étais et les erreurs qui m’avaient coûté tout ce qu’il y avait de mieux dans ma vie.

« Vous l'avez abandonnée... »

Je m’attendais à cette phrase, je l’avais espérée, appelée à moi, je pensais être capable de l’entendre, je pensais la vivre chaque jour. Pourtant, rien ne m’avait préparé à la vague, que dis-je, au torrent qui m’emporta à ces mots. Toute la réalité de mes actes me sautèrent au visage, riant de ma bêtise, ironisant mon sort, moi qui, si souvent trahi, étais devenue le traître. Je fus heureux d’avoir choisi de rester assis, sinon, je pense bien que je me serais écroulé. Un flot de souvenirs remontèrent à moi. Je fermai les yeux, incapable de les retenir…

J’ouvre les yeux. Tu es la première chose que je vois, petite étoile, étendue au sol à côté de moi, les yeux clos. Ne seraient-ce les blessures qui parsèment ton visage et le sang déjà coagulé, je te trouverais un air serein, paisible. Tu es si belle qu’un moment, j’oublie la posture précaire dans laquelle je me trouve pour te contempler. Tu as le visage fin d’un ange et la chevelure sauvage, c’est un paradoxe que j’ai toujours aimé chez toi. Une cuisante douleur me ramène à la réalité. Ma tête… Elle fait si mal… Pourquoi ? Je palpa l’arrière de mon crâne, grimaçant en sentant le sang séché et la grosse bosse naissante. Tout me revint. L’attaque des brigands. Ma faible tentative de défense. Ils étaient trop nombreux. Je vois Aby tomber… Aby… j’essaye de la rattraper… puis plus rien. Le noir. Je relève la tête. Nous sommes à l’entrée de notre demeure, ou du moins ce qu’il en reste. C’est-à-dire pas grand-chose. Des cendres. Juste de gros tas de cendres et des restes de bois noircis, par-ci par-là. La perte de cette maison m’affecte étrangement. Je n’y avais pourtant laissé aucun objet auquel je tienne réellement… Doucement, je comprends. J’ai le sentiment, en regardant la poussière, qu’elle est le symbole de mon destin. Et de mon présent. Je ne suis que ruines cachées, je prétend être entier pour gagner le cœur de mon étoile, mais je sais que ce n’est que façade : au fond de moi, je suis incomplet, creux, divisé. Je fixe la noirceur des cendres, et c’est la chevelure de mon frère que je finis par observer. N’est-il plus que cendre, lui aussi ? Cette idée disparaît, à peine esquissée. Impensable. Le doute plane pourtant, et je comprends que je ne pourrais plus vivre sans en avoir le cœur net. Une certitude pulse en moi, grondante d’impatience. Je dois le retrouver. Je tente de me relever, échoue lamentablement, ne parvenant qu’à griffer ma joue déjà meurtrie en retombant sur un caillou. Je regarde ma bien-aimée, inconsciente, espérant qu’elle se soit réfugiée dans un doux rêve. Mais j’en doute. Ses nuits sont bien plus fréquemment jalonnées de cauchemars inavoués. Je finis, après mains efforts, par réussir à me redresser, juste assez pour m’approcher d’elle. De la paume de ma main, je lui caresse délicatement la joue. Je la contemple, le souffle coupé par un trop plein de sentiments que j’éprouve pour elle. Pourtant, je sens que je dois partir, que je dois la laisser. C’est mieux pour elle. Pour moi aussi. Que puis-je lui apporter, brisé comme je le suis ? Des mensonges, encore ? Je n’ose réfléchir à ce qu’elle pensera de moi quand elle découvrira ce que j’ai fait. En attendant, je préfère qu’elle croie que j’ai disparu pour d’autres raisons… C’est pourquoi je pars, sans laisser de mot derrière moi, sans la réveiller. Elle n’aura en se réveillant de moi que les souvenirs de mois merveilleux passés ensemble, et la surprise de découvrir sa joue mouillée de larmes qui ne sont pas les siennes. Adieu, petite étoile. Sache que je regrette déjà.

Je rouvris les yeux sur la jeune sœur de mon étoile. Elle me regardait toujours, le regard plein de reproches et de lassitude. Je me demandai un instant ce qui pesait si lourd sur ses épaules. J’avais la sensation qu’elle portait tout le malheur du monde, et qu’il n’y avait même plus de place pour le sien. Je ressentis une certaine compassion pour elle, voulus l’aider, puis me rappelai ses mots. Abandonnée…

« - Oui, répondis-je d’une voix rauque malgré moi. Je suis parti… Je ne pouvais rien lui apporter de bien… Je suis incomplet, qu’aurais-je eu à lui offrir ? Une moitié de bonheur ? Elle mérite mieux… Dis-moi s’il-te-plaît, dis-moi ce qu’elle m’a tant caché. J’ai besoin de savoir… Quelles étaient ces douleurs intimes, si secrètes ? Pourquoi pleurait-elle la nuit, hurlait-elle dans ses rêves ? Parle-moi des tiens, de ta famille, de la sienne. Quel mal la rongeait que je n’ai pu guérir ? »
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Shaé des Abysses
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MessageSujet: Re: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Lun 18 Nov - 0:28

     « J'ai vécu dans l'ombre si longtemps que les ténèbres sont devenus mon monde. »

    Shaé fixait ce parfait inconnu sans plus dire un mot. Elle l'observa plonger dans ses pensées, ses souvenirs... Elle ne songeait qu'à une chose : Sa sœur avait été abandonnée par son amour, laissée seule. Seule face aux démons qui hantaient sa vie, seule loin de tout et tout le monde. Seule. Seule comme l'était Shaé jour et nuit. Mais n'était-ce pas tout ce qu'elle avait toujours voulu ? Être loin de tout et tout le monde pour ne pas souffrir... Elle avait quitté la Maison du Vent et intégré celle de l'Ombre pour suivre les pas de sa mère et pour s'éloigner de sa famille. Elle avait réussi. Shaé n'avait pas vu sa sœur depuis bien longtemps, sa mère, amnésique, avait essayé de la tuer, son frère si doux et attentionné avait disparu, son père avait également perdu la mémoire et il ne savait même plus qui elle était. Finalement, Kuman avait réussi, il avait fait voler en éclat la belle famille que Likolo avait essayé de bâtir. Ils étaient tous partis à un moment donné, loin de Cerfblanc. Tous sauf elle. Shaé était resté quand plus personne n'était là, pilier qu'aucune tempête ne semblait pouvoir décimer, elle demeurait dans la Maison de l'Ombre. Désormais Capitaine, elle n'avait plus que ça, plus que ce rang dont elle ne voulait pas. Plus que ce titre qui était censé faire d'elle une personne importante et plus respectée. Peut-être allait-elle devenir Seigneur à son tours, comme son père. Mais elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas du pouvoir et de la compagnie qu'il apportait. Elle préférait rester loin de tout ça, dans l'Ombre. Shaé fixa Aaren même lorsqu'il ferma les yeux, elle attendit alors qu'il revienne à lui, silencieusement. Elle attendait des explications.

    « - Oui. Je suis parti… Je ne pouvais rien lui apporter de bien… Je suis incomplet, qu’aurais-je eu à lui offrir ? Une moitié de bonheur ? Elle mérite mieux… Dis-moi s’il-te-plaît, dis-moi ce qu’elle m’a tant caché. J’ai besoin de savoir… Quelles étaient ces douleurs intimes, si secrètes ? Pourquoi pleurait-elle la nuit, hurlait-elle dans ses rêves ? Parle-moi des tiens, de ta famille, de la sienne. Quel mal la rongeait que je n’ai pu guérir ? »

    Sa voix était rauque, comme si parler lui demandait un effort surhumain. Qu'elle parle de sa famille ? Mais comment pouvait-elle alors qu'elle en faisait à peine parti ? Comment expliquer tout ce qu'il s'était passé ? Comment lui dire que la guérir n'était pas chose facile ? Elle ne pouvait pas, tout simplement. Suite aux paroles de l'inconnu, le visage de Shaé se renferma et elle se mura derrière un masque d'impassibilité ne laissant filtrer aucun sentiment. Elle ne voulait ni parler de Likolo et Soleil, ni de l'Innomée et Kuman. Ni de personne. Elle n'aurait jamais du venir là. Et pourtant, ne pouvait-elle pas faire ça pour Aby ? Pour aider son cher et tendre à la comprendre ? Non, non, non ! S'il voulait des explications, il n'avait qu'à retourner auprès de son amour et tout lui demander. Ça n'était pas à elle de tout lui révéler, elle ne voulait pas, et ne pouvait pas. Elle connaissait trop peu sa sœur. Comment de simples questions avaient autant pu l'agacer ? Elle détestait parler de son semblant de famille. Cela la plongeait dans des souvenirs désagréables... Les espoirs qu'elle avait fondé en sa mère alors qu'elle la pensait morte s'étaient évaporés lorsqu'elle l'avait vu pour la première fois... celle qui se faisait appeler l’Innommée avait été son modèle pendant tant de temps, elle avait été le héros inconnu de son enfance et au final, Shaé s'était trompée, totalement trompée. Son regard rencontra celui d'Aaren. Les secondes s'égrainèrent lentement sans qu'une parole ne soit prononcée. Le silence était total, hésitante, Shaé préféra rester silencieuse un long moment avant de commencer à parler.

     « Si elle mérite mieux comme tu le dis, alors pourquoi te parlerais-je de son histoire ? » commença-t-elle d'une voix froide. Elle s'arrêta quelques secondes avant de reprendre.  « Je n'ai pas grandi aux côtés d'Aby, je la connais à peine. Tout ce que je peux te dire c'est qu'elle a du souffrir comme tout le monde dans ce bas-monde. » Pouvait-elle seulement lui en dire plus ? Elle hésita un moment encore. «  Kuman... » souffla-t-elle. « C'est Kuman de l'Ambre qui a du la détruire, puisqu'il ne sait faire que ça. »

    Shaé ne savait pas quoi dire d'autre, elle ne voulait pas tout raconter, c'était trop long. Prononcer le prénom de son Oncle à haute voix ralluma son envie de vengeance. Une lueur mauvaise éclaira brièvement le regard de Shaé.
    Un jour, elle en finirait avec lui.

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: Re: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Mar 19 Nov - 23:23

« Pourquoi pleures-tu pour moi, petite étoile ? Tu sais pourtant la vanité des Hommes et la futilité des choses. Tu sais qu’on ne meurt pas de nos tourments, tu le sais mieux que moi, petite étoile, toi qui es née des cendres d’une vie incendiée. Sèche donc tes larmes, petite étoile, je ne pleure que de te voir si belle et si fragile ; je ne pleure que de crainte et de terreur à l’idée de te perdre ; je ne pleure, mon amour, que du bonheur de t’avoir près de moi. »

Aaren, au bord d’un chemin - Eté 7 depuis ton absence


Un long silence avait succédé mes paroles. Un silence empreint de jugements et de reproches. Je le respectais, même si je le trouvais injuste. Elle pouvait condamner mes actes, mais elle ignorait tout de moi. Je lisais dans ses yeux combien ma trahison la révulsait, malgré tout, comment pouvait-elle deviner que je n’avais pas fait le bon choix ? Comment pouvait-elle savoir que je n’étais pas sincère lorsque je lui disais qu’Aby méritait mieux ? Elle semblait connaître la solitude, au moins autant que sa sœur. Ne savait-elle pas que sa morsure pouvait être caresse ? Qu’en la présence de personne, l’on pouvait retrouver ce qu’on finissait par oublier chez les autres : soi-même ? Ignorait-elle donc combien les choix peuvent être durs, et combien l’on regrette parfois, de ne pas avoir fait le mauvais. De ne pas s’être laissé tenter vers les enfers, de ne pas avoir accepté le sacrifice de la quête du bonheur véritable pour accepter une vie où le bonheur n’était que de surface ? Ne savait-elle pas combien il était dur de choisir cette quête en sachant qu’on n’en viendrait peut-être jamais à bout, mais que lui tourner le dos signifiait se perdre à tout jamais dans des chemins d’épaves et de ruines délaissées ?

« Si elle mérite mieux comme tu le dis, alors pourquoi te parlerais-je de son histoire ? »

La voix froide me glaça le sang. Non, elle ne savait pas tout cela. Juger. C’est si facile de juger les autres, voir en eux le miroir de soi, mais leur remettre la faute de tous nos méfaits, par lâcheté d’un jour pouvoir se les reprocher à soi.

« Je n'ai pas grandi aux côtés d'Aby, je la connais à peine. Tout ce que je peux te dire c'est qu'elle a du souffrir comme tout le monde dans ce bas-monde. »

Il y avait une telle lassitude dans sa voix, un tel abattement, que je cessai immédiatement de lui en vouloir pour son jugement. Elle en avait vu bien plus que moi, cela se lisait dans sa posture, dans ses épaules basses et son regard résigné. Je sentais néanmoins une certaine hésitation dans son comportement, comme si, malgré tout, elle réfléchissait à me révéler ce qu’elle savait de sa sœur. Elle dû finir par me trouver digne de savoir, car elle me révéla enfin un des éléments du puzzle des tourments de mon étoile.

« Kuman… C'est Kuman de l'Ambre qui a du la détruire, puisqu'il ne sait faire que ça. »

Je fouillai ma mémoire. Kuman… Non, ce nom ne me disait rien. Je m’apprêtai à lui en demander plus, à la questionner sur l’identité de celui qui était peut-être à l’origine des cauchemars d’Aby, mais je m’abstins finalement. Je sentais que nous étions partis du mauvais pied tous les deux, or, je ne souhaitais pas que cette jeune inconnue parte avec l’image d’un lâche sans cœur. Je n’étais pas que ça.

« Je comprends votre réaction, dis-je avec un soupir. Je ne suis pas fier de moi non plus. Pourtant, je le referais, si c’était à refaire. Et je ne suis pas encore prêt à la retrouver, et à tout lui expliquer. Vous pensez peut-être que j’ai gâché un si beau bonheur partagé, et vous aurez peut-être raison. Mais je pense plutôt que j’ai évité une vie de mensonges et de faux-semblants. Aby saura retrouver son chemin sans moi, je le sais. Au fond d’elle-même, elle est Augure, elle a besoin d’aider les autres. Je ne lui prendrai pas cela, pas tant que je n’ai pas tout de moi à lui offrir en échange, pas tant que je ne pourrai compenser cette perte. »

Je baissai la tête, soupirai à nouveau. En vérité, j’étais déçu qu’elle ne puisse me donner des nouvelles de mon étoile. Et de mon enfant. Qu’avait-elle fait du bébé qu’elle portait lors de mon départ ? Mais surtout, avait-il survécu à l’attaque ? Ou bien l’avait-elle perdu, trop profondément touchée ? Je frissonnai à cette idée, imaginant mon étoile errant de désespoir après avoir perdu l’être qui grandissait en elle. Non. Ne pas penser à cela. Plus tard. Je reviendrais. Bientôt. Mon frère. D’abord mon frère.

« J’ai été là pour elle, petite sœur, je l’ai prise dans mes bras alors qu’elle s’effondrait. J’ai accepté cet être qui est né de ses douleurs et qui, parfois, prenait la place de ma douce femme, bouclier d’indifférence, parfaite protection de l’esprit. Plusieurs fois cet être l’a incarnée, parfois plusieurs jours de suite, mais je suis resté, attendant patiemment qu’elle revienne. Je l’aime, petite sœur, plus que tu ne pourras jamais l’imaginer. Et tu vas peut-être trouver cette formule bateau, comme un regret déguisé, mais c’est la vérité : c’est parce que je l’aime que je suis parti. J’ai partagé une demeure, mes nuits et mon corps avec elle, je l’ai couvée de toute la douceur, de toute la bienveillance que je conservais de mon enfance ; je lui ai donné tout ce qu’il restait d’espoir en moi, jusqu’à ce que je sois vidé de tout, vidé de moi, et que je me demande pourquoi sa présence ne me suffisait pas. Elle m’a rendu heureux comme je n’aurais jamais cru l’être, mais elle m’a aussi vidé de mes forces et de mes certitudes ; en partageant ma vie avec la sienne, j’ai compris combien ce qu’il me manquait me rongeait. Tu dois comprendre, petite sœur, que je ne pense pas avoir fait le mauvais choix. »

Je la regardai dans les yeux, à nouveau bienveillant, confiant, plein de sympathie sincère.

« Combien de choix regrettes-tu, toi ? Combien d’actes manqués ? Combien de vie aurais-tu souhaité vivre à la place de la tienne ? Dis-moi, petite sœur, combien de regrets te taraudent ? Réfléchis-y, et ensuite, tu pourras me juger. J’aimerais que tes yeux brillent, je souhaite des étoiles dans les yeux de chaque inconnu que je croise, et je suis triste quand je ne vois que le reflet d’une vie qu’on pense gâchée. Mais on ne sait jamais la portée de nos actes, si tu avais fait d’autres choix, penses-tu que tu aurais été plus heureuse ? Le hasard peut trouver bien des manières de nous en faire voir de toutes les couleurs. Autant les voir en face, et cesser de broyer du noir. Je fais face à mes erreurs, petite sœur. Et toi ? »

Il n’y avait aucun reproche dans ma voix, aucun jugement. Je ne souhaitais que mes mots n’apportent qu’une compréhension commune. J’attendis quelques instants que mes phrases et leur portée s’éteigne, puis repris, d’un ton plus neutre :

« Qui est ce Kuman, et qu’a-t-il fait à ta famille, petite sœur ? »


Petite sœur. Je souris en réalisant pour la première fois le qualificatif que j’utilisais. J’espérais qu’elle ne s’en formaliserait pas, j’avais depuis longtemps pris l’habitude de désigner les personnes que je rencontrais par ce qui me passait par la tête. Présence, par exemple… Et maintenant petite sœur. Je compris finalement pourquoi c’était ces mots qui m’étaient venus spontanément : si elle était la sœur de mon Aby, je la protégerais, dans la mesure du possible, comme si elle était la mienne.
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Shaé des Abysses
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MessageSujet: Re: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Sam 23 Nov - 19:07

     « Elle pense que dans la vie, il n'y a pas de fins mais des seuils, qu'on déambule de-ci, de-là en trébuchant et s'égarant. »

    Elle songea au bonheur que cet homme pouvait apporter à sa sœur. Et naturellement, ses pensées dérivèrent en direction d'Aslan le Lion. En direction de cette rencontre lors d'un soir d'orage. En direction de son regard émeraude, de sa voix, de sa simple présence. Elle ne l'avait pas revu depuis des mois. Et Shaé était incapable de dire s'il lui manquait ou si la sensation d'avoir perdu une partie d'elle-même était due à autre chose. Elle s'était sentie vivre, ce soir là. Elle avait eut l'impression que tout avait trouvé sa place, que le monde était enfin ordonné. Jamais les éléments s'étaient autant déchaînés et pourtant... Pourtant elle avait voulu rester là pendant des heures, des jours... Mais elle était partie. Elle lui avait tournée le dos et s'était enfuie, rentant chez elle, déchirée, apaisée, perdue... Elle était rentrée chez elle, avait été nommé capitaine, elle avait fait face au masque de froideur d'Aleksandre, surmonté les nouvelles responsabilités. Combien de temps encore avant que ce semblant d'équilibre ne s'écroule à son tours ? Était-elle assez forte pour endurer tout ça ? Elle se battait, seule, sans savoir encore combien de temps elle allait tenir. Sans s'en soucier, sans se ménager, sans rien.

    « Je comprends votre réaction. Je ne suis pas fier de moi non plus. Pourtant, je le referais, si c’était à refaire. Et je ne suis pas encore prêt à la retrouver, et à tout lui expliquer. Vous pensez peut-être que j’ai gâché un si beau bonheur partagé, et vous aurez peut-être raison. Mais je pense plutôt que j’ai évité une vie de mensonges et de faux-semblants. Aby saura retrouver son chemin sans moi, je le sais. Au fond d’elle-même, elle est Augure, elle a besoin d’aider les autres. Je ne lui prendrai pas cela, pas tant que je n’ai pas tout de moi à lui offrir en échange, pas tant que je ne pourrai compenser cette perte. »

    Shaé resta interdite. Que pouvait-elle dire de plus ? Il ne servait à rien d'en ajouter, Aaren reviendrait peut-être vers sa sœur, peut-être pas. Elle n'avait pas son mot à dire, elle ne faisait plus partie de la Maison du Vent depuis bien longtemps, et elle doutait même de faire partie de cette famille. Elle ne les connaissait pas au fond et ses parents avaient tous les deux oubliés leurs vies passées. Pourquoi alors se battre alors que la cause était perdue ? Pourquoi essayer d'exister à leurs yeux alors que même lorsque Likolo se souvenait de tout, son existence n'avait pas lieu d'être ? Shaé n'avait ni la douceur d'Aby ni l'innocence de Soleil, tout sa vie dans la Maison du Vent n'avait été qu'une erreur, et la suite aussi. Ça n'avait été qu'un chaos sans nom, incontrôlable. Elle se demandait parfois, comment cela se faisait-il qu'elle soit encore là, qu'elle n'ait pas fui, comme chaque membre de sa famille. Chacun était parti à un moment donner de cette forêt. Loin d'elle. Et elle n'avait jamais cherché à les retenir, elle en était incapable, elle laissait filer le monde entier.

    « J’ai été là pour elle, petite sœur, je l’ai prise dans mes bras alors qu’elle s’effondrait. J’ai accepté cet être qui est né de ses douleurs et qui, parfois, prenait la place de ma douce femme, bouclier d’indifférence, parfaite protection de l’esprit. Plusieurs fois cet être l’a incarnée, parfois plusieurs jours de suite, mais je suis resté, attendant patiemment qu’elle revienne. Je l’aime, petite sœur, plus que tu ne pourras jamais l’imaginer. Et tu vas peut-être trouver cette formule bateau, comme un regret déguisé, mais c’est la vérité : c’est parce que je l’aime que je suis parti. J’ai partagé une demeure, mes nuits et mon corps avec elle, je l’ai couvée de toute la douceur, de toute la bienveillance que je conservais de mon enfance ; je lui ai donné tout ce qu’il restait d’espoir en moi, jusqu’à ce que je sois vidé de tout, vidé de moi, et que je me demande pourquoi sa présence ne me suffisait pas. Elle m’a rendu heureux comme je n’aurais jamais cru l’être, mais elle m’a aussi vidé de mes forces et de mes certitudes ; en partageant ma vie avec la sienne, j’ai compris combien ce qu’il me manquait me rongeait. Tu dois comprendre, petite sœur, que je ne pense pas avoir fait le mauvais choix. »

    Shaé ferma les yeux. Pouvait-elle encore entendre sa voix lui raconter les malheurs de sa sœur ? Pouvait-elle simplement supporter plus ? Elle se revit, jeune enfant, promettre à Soleil et Aby de les protéger, promettre qu'elle ne laisserait personne ne leur faire de mal. Elle avait été naïve, naïve et stupide. Les yeux encore clos, elle écouta la voix d'Aaren.

    « Combien de choix regrettes-tu, toi ? Combien d’actes manqués ? Combien de vie aurais-tu souhaité vivre à la place de la tienne ? Dis-moi, petite sœur, combien de regrets te taraudent ? Réfléchis-y, et ensuite, tu pourras me juger. J’aimerais que tes yeux brillent, je souhaite des étoiles dans les yeux de chaque inconnu que je croise, et je suis triste quand je ne vois que le reflet d’une vie qu’on pense gâchée. Mais on ne sait jamais la portée de nos actes, si tu avais fait d’autres choix, penses-tu que tu aurais été plus heureuse ? Le hasard peut trouver bien des manières de nous en faire voir de toutes les couleurs. Autant les voir en face, et cesser de broyer du noir. Je fais face à mes erreurs, petite sœur. Et toi ? »

    Heureuse ? Mais combien d'éléments dans sa vie aurait-elle du changer pour l'être ? Ses yeux s'ouvrirent à nouveau. Ses erreurs ? Ses bien trop nombreuses erreurs. Elle aurait du tuer Kuman quand elle en avait eu l'occasion, elle n'aurait jamais du se rendre aux Quatre Chênes cette nuit là quand elle avait rencontré Aslan, elle n'aurait jamais du en repartir, elle n'aurait jamais du accepter ce poste de Capitaine, elle aurait du parler avec Aleksandre, elle aurait du partir. Alors des étoiles dans les yeux... elle n'en n'avait jamais eu. Elle se rendit compte du surnom : Petite sœur. Elle n'était la petite sœur de personne, pas plus de lui que de qui conque. Elle soupira à son tours.

    « Qui est ce Kuman, et qu’a-t-il fait à ta famille, petite sœur ? »

    Elle regarda son sourire, sa douceur qui la fit penser à Aby. Kuman ? Qui était-il ? Sa futur victime. La personne qu'il tuerait, enfin. Pour apaiser sa haine et sa rancœur. Kuman qu'elle voulait voir mort, ou presque. Se vidant de son sang sale, répugnant. Elle fit durer le silence encore quelques instants.

     « Je regrette beaucoup de choix, Aaren. » répondit-elle simplement. Elle se tut quelques instants avant de répondre.  « Connais-tu Likolo de Miel, le Seigneur du Vent ? J'imagine que oui, c'est le père d'Aby, mon père. Kuman est son jumeaux. Il a essayé de tuer Likolo il y a des années. Il est aussi la cause du départ de Soleil, notre frère. Il y a quelques temps, ils ont tous disparus. Likolo, Aby, Kuman, Soleil... Tous. Et quand Aby et revenue... elle était ainsi, comme tu l'as trouvée. »

    Elle se tût. Que pouvait-elle dire d'autre ? Sa voix bouillonnait d'une haine contenue, elle voulait le voir mort. Elle voulait le tuer de ses propres mains. La haine ne l'avait jamais conduite à rien, elle le savait mais elle ne pouvait pas oublier tout ce qu'il avait fait, elle ne pouvait pas oublier ce qu'était devenue sa mère à cause de lui, et maintenant son père. Si ses parents étaient devenus amnésique, elle était encore saine d'esprit et les souvenirs s'empilaient dans sa tête sans qu'elle arrive à passer à autre chose. Son passé la retenait plus sûrement que n'importe quoi d'autre.

     « Kuman a fait partir Soleil depuis des années et il n'est jamais revenu. Tu sais ce que je regrette le plus ? De ne jamais avoir détruit Kuman comme il l'a fait avec Soleil, Aby, Likolo, Saphira et peut-être moi au fond. Lorsqu'il a essayé de tuer Likolo, il a également assassiné un de nos cousins, Rêve, et une inconnue. C'était des enfants tous les deux. L'inconnue était la fille de l'actuel Seigneur de la Rivière. Kuman... il ne mérite simplement pas de vivre, alors qu'il ait pu brisé Aby ne m'étonne pas. »

    Finalement, Shaé arrêta de parler. Plongée dans ses souvenirs, elle revit le regard de son frère, la dernière fois qu'elle l'avait vu. Elle regrettait de ne pas être parti avec lui, loin de tout ça. Aby était revenue, comme Saphira, Likolo et Kuman. Mais Soleil... elle avait la triste intuition qu'il ne reviendrait jamais.
    Et il avait raison de rester loin de tout ça.

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: Re: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Mar 26 Nov - 23:01

“That’s how you stay alive. When it hurts so much you can’t breathe. That’s how you survive... By remembering that one day, somehow... impossibly... It won’t feel this way, it won’t hurt this much.”


On hurle parfois, quand on a mal. On frappe du poing, on tape du pied. On pleure. Un torrent traduit la douleur, mais au final, ce ne sont que quelques gouttes qui parviendront à s’exprimer. Le reste reste.
On appelle à l’aide quand on a mal. On crie au secours, et on prie pour que quelqu’un nous entende. Parfois, quelqu’un arrive. Parfois pas. Le pire dans la souffrance, c’est la solitude.
Parfois, on n’hurle pas. Parfois, nulle larme ne s’exprime, nul murmure ne passe la barrière de nos lèvres. Car accepter sa souffrance comme notre seul fardeau, c’est s’isoler des autres. Et nul ne peut rien pour celui qui se condamne à la solitude, aux sourires dont on se maquille le matin, à la joie qu’on imprime dans nos yeux.

La haine et la colère brillaient dans le regard de petite sœur. La résignation, aussi. Celle d’une vie qu’on n’a pas contrôlée, celle de choix qui ne nous ont jamais appartenus. Celle d’êtres qui sont partis et qu’on n’a pas retenus. En avons-nous seulement le droit ?

« Je regrette beaucoup de choix, Aaren. Connais-tu Likolo de Miel, le Seigneur du Vent ? J'imagine que oui, c'est le père d'Aby, mon père. Kuman est son jumeau. Il a essayé de tuer Likolo il y a des années. Il est aussi la cause du départ de Soleil, notre frère. Il y a quelques temps, ils ont tous disparus. Likolo, Aby, Kuman, Soleil... Tous. Et quand Aby et revenue... elle était ainsi, comme tu l'as trouvée. »

Likolo… Je souris à sa pensée. Cela faisait longtemps que je n’avais entendu son nom. Présence. J’ignorais même qu’il était le père de mon étoile. Cette réflexion me fit sourire de plus belle. Cela ne m’étonnait guère : Aby avait la bonté de son père, sa mélancolie aussi, bien qu’elle la cachât mieux. Je me rappelai d’une certaine Saphir de l’Obscure, dont on m’avait dit qu’elle était la maitresse de Présence. Et aussi la source de ces supplices. Lorsqu’il pleurait la Nuit, il pleurait son absence. Que lui avait-elle apporté, au final ? Des enfants… Mais pour quoi ? Pour que toute sa famille soit détruite à la fin ? Je commençai seulement à entrevoir la vie de Présence, et à comprendre petit à petit que rien dans son histoire n’avait de sens. Si j’avais su ce qui m’attendait quand je le retrouverais…

« Kuman a fait partir Soleil depuis des années et il n'est jamais revenu. Tu sais ce que je regrette le plus ? De ne jamais avoir détruit Kuman comme il l'a fait avec Soleil, Aby, Likolo, Saphira et peut-être moi au fond. Lorsqu'il a essayé de tuer Likolo, il a également assassiné un de nos cousins, Rêve, et une inconnue. C'était des enfants tous les deux. L'inconnue était la fille de l'actuel Seigneur de la Rivière. Kuman... il ne mérite simplement pas de vivre, alors qu'il ait pu briser Aby ne m'étonne pas. »

Les mots qu’elle choisit me glacèrent le sang. Détruire. Tuer. Assassiner. Ne mérite pas de vivre. Briser. Il y avait tant de haine dans sa voix, et je la comprenais. Comment ne pas le haïr ? Mais la détermination que je percevais dans son regard m’effrayait. Jusqu’où était-elle capable d’aller pour se venger, elle et les siens ? Depuis tout petit, j’avais acquis une certitude, toute simple, et vérifiée au gré de mes rencontres : la pensée de la haine qu’on nourrit et de la vengeance à laquelle on n’aspire ne guérit en rien nos blessures. Au contraire, elle les alimente. Haïr, c’est entrer dans un cercle où nos souvenirs nous hantent et nous poussent à des actes qui nous hanteront à leur tour, bien plus fort encore. Et il y aura pire encore comme sentiment : la déception de se rendre compte que venger l’autre, ne nous a ramené personne. Ni n’a calmé notre haine, consumé le feu qui semblait brûler toute notre vie. Non. Se venger ne menait à rien, de cela j’en étais sûr. Ce qu’il fallait, c’était oublier, petit à petit. Se rappeler de ceux qu’on aime, de ce qu’ils nous ont apporté plus que de ce qu’ils nous ont privé en partant. Mais oublier leur mort, oublier le pourquoi, oublier… Rien ne les ramènera. Même dans le cas de petite sœur. Tuer Kuman ne rendrait pas le sourire à Aby, ni la vie à Rêve.

« Détruire Kuman ne te ramènera ni ton frère, ni ta sœur, dis-je d’une petite voix, presque malgré moi. Crois-moi, cela ne t’apporterait ni satisfaction, ni sérénité. Je comprends la haine qui t’habite, mais tu dois comprendre que ce n’est pas ton oncle que tu dois vaincre en premier, c’est cette haine que tu dois combattre. Crois-tu qu’un être qui ait fait tant de mal puisse être détruit ? Non, il l’est déjà. Sinon pourquoi répandre tant de douleurs ? On ne s’attaque qu’à ceux qu’on envie. Que peux-tu faire, petite sœur ? Piétiner les morceaux déjà éparpillés de ton oncle ? Quel mal peux-tu faire à quelqu’un d’aussi brisé ? Réfléchis-y, petite sœur. Il n’y a pas de vraie vengeance, seulement des erreurs. On peut réparer ce qui fut brisé. Au lieu de ne penser qu’à ce que Kuman a détruit, pourquoi ne pas réfléchir à ce que tu peux fixer ? »

Je n’avais pas de leçon à donner, et ce n’était pas ce que je tentais de faire. Mais quoi qu’elle pût croire, j’aimais sa famille, comme si j’en étais un membre. J’aimais Présence comme un père, et Aby était mon étoile. Je ne voulais pas que cette famille ne s’écartèle un peu plus, ciselée par trop de haine. Je voulais qu’ils connaissent la paix. Et je savais trop bien combien le changement qu’on veut sur les autres ne peut s’opérer que si on l’applique à soi d’abord.
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Shaé des Abysses
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MessageSujet: Re: Lorsque nos destins se rencontrent... [Abysses]   Dim 1 Déc - 20:55

     « On finit par survivre, on n'oublie jamais, la douleur est toujours tapie au fond de notre cœur. Mais on fini pas survivre. C'est ce que je fais depuis toutes ces années et je t'apprendrai à le faire. »

    Elle le vit sourire, et demeura immobile, impassible. Pourquoi souriait-il ? Elle n'en n'avait pas la moindre idée et ne cherchait pas à savoir. Encore une fois, les traits de son visage lui rappelèrent quelqu'un... mais si ça n'était pas le fruit de son imagination, alors elle n'avait que trop peu connu cette personne pour savoir de qui il s'agissait. Shaé tenta un bref moment de se souvenir, de faire remonter à la surface ce fragment de son passé qui était coincé dans les limbes de sa mémoire... rien à faire. Shaé observa Aaren un long moment, attendant qu'il réponde.

    « Détruire Kuman ne te ramènera ni ton frère, ni ta sœur. Crois-moi, cela ne t’apporterait ni satisfaction, ni sérénité. Je comprends la haine qui t’habite, mais tu dois comprendre que ce n’est pas ton oncle que tu dois vaincre en premier, c’est cette haine que tu dois combattre. Crois-tu qu’un être qui ait fait tant de mal puisse être détruit ? Non, il l’est déjà. Sinon pourquoi répandre tant de douleurs ? On ne s’attaque qu’à ceux qu’on envie. Que peux-tu faire, petite sœur ? Piétiner les morceaux déjà éparpillés de ton oncle ? Quel mal peux-tu faire à quelqu’un d’aussi brisé ? Réfléchis-y, petite sœur. Il n’y a pas de vraie vengeance, seulement des erreurs. On peut réparer ce qui fut brisé. Au lieu de ne penser qu’à ce que Kuman a détruit, pourquoi ne pas réfléchir à ce que tu peux fixer ? »

    Shaé secoua la tête de gauche à droite, faisant bouger sa chevelure de feu... Il ne comprenait pas. Il n'y avait plus rien à réparer, fixer, aider. Kuman avait brisé sa famille et il n'y avait plus rien. Likolo avait perdu la mémoire, tout comme Saphir. Soleil était loin, très loin et Aby... y avait-il encore quelque chose à sauver chez sa sœur ? Non, certainement pas. Kuman avait réussi, alors maintenant, mourir ne devait plus être un problème pour lui et elle voulait être celle qui enfonçait sa lame dans sa chair, faisant jaillir le sang. Peut lui importait que cet inconnu lui dise le contraire : Elle était certaine qu'il s'agissait là du seul moyen de l'apaiser. Elle bouillonnait de toute cette rage contre le monde entier. Ses souvenirs la ramenèrent à une rencontre entre Soleil et elle, alors qu'elle était apprentie et lui non. Elle l'avait traité comme un moins que rien, elle avait méprisé son frère. Et il était parti. Plus que Likolo, Saphir plus que Kuman, elle s'en voulait. Pour toutes ses erreurs, pour toute sa vie. Son regard bleuté rencontra celui d'Aaren.

     « Tu ne comprends pas. » souffla-t-elle finalement.  « Kuman a détruit tant de choses qu'il ne reste plus rien. Plus rien à fixer, réparer, aimer. Plus rien, Aaren. Aby est torturée, Soleil est loin... quant à Saphir et Likolo, ils ont tout oublié et je crois qu'au fond, ils ne veulent pas se souvenir. » Shaé se tut un moment avant de terminer.  « Le tuer ne ramènera ni mon frère, ni ma sœur comme tu l'as dis, mais au moins il cessera de détruire la moindre parcelle de vie. »

    Pouvait-il simplement comprendre ? Non, certainement pas. Il n'avait pas été élevé comme ça, comme elle. La vie s'était acharnée sur elle, la vidant de tout, la laissant brisée, seule, épuisée. Shaé vivait pour les siens, pour l'Ombre. Et elle avançait, difficilement, mais elle avançait quand même. Alors il ne pouvait pas lui demander de combattre cette haine, elle en était incapable, incapable de vivre sans cette énergie qui l'aidait à tenir et qui la détruisait dans le même temps. Shaé s'était dit, en quittant le Vent des années plus tôt, qu'elle tenait enfin là le bon moyen pour s'éloigner de cette famille si torturée, si compliquée qui était la sienne et dans laquelle elle n'était pas à sa place. Mais au fond, elle en était prisonnière depuis toujours : partir de sa Maison natale n'avait rien changé. Elle était impliquée dans cette histoire de famille qu'elle aurait préféré fuir. Seulement, elle en était incapable.

     « Je ne peux pas juste passer à autre chose, Aaren. C'est impossible. »

    Sa voix s'éteignit pour de bon et elle laissa le silence envahir les lieux. Non, elle ne pouvait pas oublier.

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Shaé des Abysses.

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