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 Burn out - Libre.

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Edwin le Corbeau
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MessageSujet: Burn out - Libre.   Sam 9 Nov - 20:15



     « Ma cuirasse s'est fissurée et, tout au fond de moi, un barrage a cédé.
    - Je n'arrive plus à vivre... »

    Il l'avait frôlé. De qui ? La Mort. Et au fond, il avait espéré qu'elle l'emporte pour de bon, loin de ce monde qui ne pouvait pas être le siens. Loin de toute cette souffrance qui le torturait. Mourir, il voulait mourir puisqu'elle n'était plus là ! Mourir puisque la vie n'avait plus de sens ! Mourir et espérer la retrouver de l'autre côté ! Il ne voulait plus, ne pouvait plus endurer ça. La Maison de l'Ombre avait besoin d'un Alchimiste mais lui ou un autre, où était la différence ? Son absence avait-elle seulement été remarquée ? Non, bien sûr que non. Il n'avait rien ni personne, Edwin n'était pas particulièrement apprécié, il n'avait pas d'amis ou d'ennemis. Non, il était simplement... pratique. Il était là pour soigner ceux qui en avaient besoin. Et c'était tout. Il n'était rien parce qu'elle n'était plus là. Qui pouvait bien se soucier de sa mort ? Personne pas même Ivoire puisqu'elle n'était plus là. Elle avait disparue, pour la deuxième fois, le laissant plus seul encore que lorsqu'elle s'était éclipsée pendant des mois...

    Allongé dans la Tour de l'Augure de la Maison du Vent, Edwin s'extirpa presque à regret du sommeil dans lequel il était plongé depuis bien longtemps. Il était vivant, chaque mouvement le lui rappelait. Il avait mal, désespérément mal. Mais sa souffrance psychologiquement était bien plus forte que tout le reste. Il ne voulait pas vivre, pourquoi était-ce si dur à comprendre ? Edwin remua , quittant peu à peu les limbes du sommeil. Une voix imaginaire hurlait dans son crâne pour qu'il se réveille, qu'il quitte cette Maison du Vent qui n'était pas la sienne pour rejoindre l'Ombre. Qu'allait penser son Seigneur en apprenant qu'il avait séjourné là, chez un ennemi ? Non, il ne pouvait pas rester là ! Mais, plus fort que tout, une partie d'Edwin lui disait d'abandonner. De rester à jamais endormi, à demi mort. Plus personne ne l'attendait, et le geste qu'il avait fait pour sauver l'enfant n'avait rien d'héroïque, c'était plutôt désespéré. Il avait sauvé cette gamine, mais pour combien de temps encore resterait-elle en vie ? Combien de temps avant que le sort ne s'acharne sur elle et que, comme lui, elle ne veuille mourir pour ne plus se battre ? Edwin avait subit trop de choses pour vouloir continuer à vivre. Il n'en pouvait plus. Vivre en ignorant où Ivoire se trouvait, si elle allait bien, si elle était vivante... Vivre sans elle tout simplement, ça n'était pas possible. Son amour pour elle était si fort, si puissant, si douloureux... Elle lui avait promis, à son retour, que plus jamais elle ne le quitterai, plus jamais elle s'en irait, loin de lui, sans lui. Et pourtant... Il l'aimait si tendrement... allait-il pouvoir l'oublier, un jour ? Non, c'était impossible... Edwin ouvrit péniblement les yeux, il était épuisé... Malgré ça, il se redressa lentement pour observer la pièce dans laquelle il était. Il aperçut l'Augure du Vent au fond, se rendit compte que l'endroit où il vivait dans l'Ombre n'était pas bien différente et, en retenant une grimace, Edwin se rallongea puis referma les yeux. Pourquoi vivait-il ? Pourquoi était-il là ? Pourquoi elle ne l'était plus ?

     « Pourquoi m'avez-vous amené ici ? »

    Lâcha-t-il finalement d'une voix faible. Il n'avait sans doute pas fait autre chose que dormir, peut-être s'était-il parfois réveillé en pleine nuit, fiévreux, délirant, hurlant sa douleur. Mais de toute façon, plus rien n'avait d'importance, parce qu'une fois encore, elle l'avait abandonnée.
    Et que sans elle, il n'était plus rien.

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Edwin le Corbeau
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Aby de l'Âme
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MessageSujet: Re: Burn out - Libre.   Jeu 14 Nov - 18:05



« Le monde est en vérité empli de périls, et il y a en lui maints lieux sombres ; mais il y en a encore beaucoup de beaux, et quoique dans tous les pays l'amour se mêle maintenant d'affliction, il n'en devient peut-être que plus grand. » Tolkien.


    Les étoiles brillaient doucement dans le ciel nocturne. Au sommet de la Tour de pierres, dans cette chambre obscure éclairée seulement par des rayons d’argents, Aby s’était assise au bord de l’unique fenêtre. Penchée au bord du vide, elle contemplait l’horizon bleuté de la nuit. Il régnait dans la pièce feutrée une étrange atmosphère de mystère et de douceur. Une odeur de préparations aux plantes flottait dans l’air, à la fois amère et agréable, parfum âcre et sucré de potions énigmatiques. Les étagères remplies d’ingrédients insolites ainsi que de fleurs et de liquides colorés laissaient les lieux dans un curieux décalage entre rêve et réalité. Il semblait à la fois possible d’y effleurer les Ancêtres et d’y découvrir les plus profondes ténèbres. Féerie de la lueur de la lune se mêlait aux sombres tâches de sang des anciens malades, désormais guéris… ou morts.

    Aby aimait la nuit. Elle ne désirait d’autre éclairage dans son antre que cette lumière si apaisante des étoiles. Une brise fraîche effleura sa joue laiteuse, joua un instant avec l’une de ses mèches noires rebelles, puis retomba dans une dernière caresse sur ses lèvres rosées. Mélange d’ange et d’ombre, Aby tourna son regard bleu abyssal vers la couche au fond de la chambre, effleurant du regard l’homme allongé. Cet inconnu s’était révélé être l’Alchimiste de la Maison de l’Ombre. Il n’avait pas le droit d’être ici. Mais cela n’avait aucune importance. Il avait sauvé son enfant et Aby l’avait sauvé à son tour.

    Pouvait-on dire cependant qu’il était sauvé ?

    Agonisant sur sa couche aux draps blancs, la fièvre perlant sur son front, la douleur tordant ses traits durs. Aby se rappelait ses hurlements. Sa vie n’avait dû être faite que de souffrances et de solitude. Il n’avait pas secouru sa fille par bonté. Il semblât plutôt qu’il ait voulu se jeter sous les roues de la calèche à sa place. Afin de mourir. Aby ne comprenait pas cela. Pourtant, mille et une raison s’offrait à elle pour qu’elle veuille abandonner la vie. Mais en quoi la mort pourrait-elle être meilleure ? En quoi un monde de noir, de vide, d’abandon lui ramènerait-il les êtres chers qui lui manquaient ? Elle ne pouvait quitter ce monde. Elle avait le devoir de veiller sur ses enfants, malgré qu’ils ne sachent même pas qu’elle était leur mère. Elle avait le devoir de veiller sur sa Maison, de servir du mieux qu’elle le pouvait son père et Seigneur Likolo, bien qu’il ne sache même plus qui elle était.

    Solitude. Ce sentiment familier l’envahissait doucement, se nichait dans son ventre, amoureux de sa douce tristesse. Mais Aby ne se laissait jamais abattre. Et…

    Elle l’attendait.

    Lui, son Mystère. Elle ne perdait jamais l’espoir de le retrouver. Elle gardait l’esprit serein à sa pensée, un sourire doux animant son visage de tendresse, ange d’amour. Elle avait tant encore à donner. Tant encore à lui offrir. Sans jamais rien demander en retour. Pourrait-elle lui parler de leurs enfants sans en rougir ? Pourrait-elle lui expliquer qu’ils ignoraient autant leur mère que leur père ? Elle se demanda si elle aurait la force.

    Aby n’ignorait pas les douleurs qui hantaient son Mystère.
    Un manque profond l’habitait. Elle avait partagé sa vie, mêlé son âme à la sienne, comment aurait-elle pu ignorer ce cœur en mal d’absences battant contre le sien ? Elle ignorait tout de son passé et n’avait jamais souhaité le connaître. Ne suffisait-il pas qu’ils soient heureux ainsi, bonheur d’une existence de paix, le temps suspendu à leurs sourires ? Elle avait compris, cependant. On ne pouvait pas toujours s’enfuir. Parfois, il fallait faire face. Il lui fallait laisser son Mystère partir. L’abandonner à son passé. Pour mieux le retrouver ensuite, libre de toutes chaînes. Voilà pourquoi elle était rentrée chez elle, depuis longtemps déjà, abandonnant les ruines de leur maison. Elle aussi devait faire face : à son passé, sa famille, et ses propres ténèbres.

    « Pourquoi m'avez-vous amené ici ? »

    Aby s’éveilla de sa rêverie et reporta son attention sur la voix faible de l’homme blessé. Elle lui lança un regard mêlé de pitié et de tendresse. Sempiternelle question, toujours la même posée, face à l’injuste sauveur. Aby se souvenait des histoires de leur père. Saphira aussi, secourue au crépuscule d’une bataille, avait tenté de comprendre. Pourquoi préserver la vie avec autant d’ardeur ? Pourquoi lutter pour des ennemis, pourquoi offrir une seconde chance à des êtres désireux d’en finir, leur vie trop empreinte de solitude ? Aby l’ignorait elle-même. Peut-être était-ce le sauvetage de sa fille, les gênes de son père en elle, son rôle d’Augure, ou bien…

    « Parce que la mort n’est qu’une douce illusion. Vous qui ne croyez pas à vos Ancêtres, que pourrait bien vous offrir le noir absolu que vous n’ayez déjà perdu ? Il n’est pas de repos pour les âmes damnées. Les pertes ayant jalonnées votre chemin ne vous seront jamais rendues. Pas même dans l’inexistence. Là-bas, vous ne trouverez pas votre paix. Il vous reste des choses à accomplir. Il reste toujours des personnes à aimer, Alchimiste, il reste toujours des sentiments à vivre, même les pire. Vous avez sauvé une enfant de ma Maison chère à mon cœur, je vous en remercie. »

    Elle tourna son regard vers la fenêtre, toujours assise au bord du vide. Elle perdit ses yeux bleus dans l’horizon.

    « J’ignore quelles sont vos douleurs. Pourquoi vous sembliez tant vouloir vous abandonner aux abysses. Mais j’ai vécu toute ma vie auprès de ces gouffres profonds et, croyez-moi, il n’est de plus pâle solution à votre solitude. »

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Aby de l'Âme
La vie est une note de musique dans l'abîme.
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MessageSujet: Re: Burn out - Libre.   Sam 16 Nov - 20:10

On dit si souvent que l’erreur est humaine. A ce titre, on pardonne... Peut-être trop, parfois. Je me suis longtemps demandé à qui il était le plus simple d’accorder son pardon. A soi-même ou à l’autre ? Au final j’en suis arrivé à la conclusion qu’aucun n’oublie jamais vraiment. On range l’événement dans un coffre de sa mémoire, et on jette la clef dans les méandres de nos hontes les plus secrètes. Il arrive parfois que quelqu’un vienne forcer le coffre et fasse ressurgir les remords. Il faut alors prendre le temps de construire une nouvelle boîte, plus solide. On n’est jamais à l’abri de nos erreurs. Mais si on essaye très fort, on parvint parfois à compenser avec de bonnes actions.

Cela faisait une semaine et deux jours que j’étais rentré sur les terres du Vent. Cela faisait une semaine et deux jours que j’évitais mon étoile. Ma rencontre avec Maximilian datait de deux soirs. Je subissais mon deuil depuis. Ainsi que ma délivrance. Je me sentais plus léger, depuis, et j’avais trouvé dans son absence désormais inaltérable, une nouvelle raison de vivre. Une raison que je connaissais longtemps auparavant, qui m’avait suivi durant mes premières années de vie. Une raison simple et belle : vivre heureux. Pour moi, rien que pour moi, cette fois. Je n’avais plus d’autre ambition que celle de devenir bon. D’aider autrui, de servir ma Maison et mon Seigneur. Durant ces deux derniers jours, je m’étais adonné tout entier à la chasse. J’avais emprunté un cheval à l’écurie, et j’avais chevauché aux limites les plus lointaines de mes terres, sans m’arrêter, laissant le vent freiner ma course, ou au contraire la soutenir, laissant mes bras provoquer le ciel tandis que le cheval, hors d’haleine mais heureux d’être ainsi poussé à ses limites, choisissait lui-même notre chemin. J’avais passé la nuit à chasser, côté à côté avec d’autres prédateurs nocturnes que je n’aperçus que brièvement. La journée, j’avais dormi au soleil, attendant le crépuscule. Là, je suis remonté sur l’étalon et je l’ai laissé à nouveau courir aussi vite qu’il le désirait. Il ne m’avait pas fallu bien longtemps avant d’arriver, et lorsque j’avais vu la lumière en haut de la Tour de l’Augure encore allumée, alors que la plupart des Paladins dormaient déjà, je m’étais décidé à faire le pas. Après m’être occupé de l’étalon et l’avoir reconduit auprès des siens, j’avais courageusement escaladé les dizaines de marches qui menaient à la salle des soins. Arrivé en haut, je m’étais étonné de ne voir filtrer en-dessous de la porte nulle lueur dorée, et compris que ce que j’avais du voir de l’extérieur n’était autre qu’un reflet qui avait créé l’illusion de la lumière. L’Augure devait dormir. Je me résignais à revenir le lendemain, lorsqu’une voix masculine me parvint.

« Pourquoi m'avez-vous amené ici ? »


Je fus d’abord surpris, puis je me rappelai qu’on m’avait averti de la présence de l’Augure de la Maison de l’Ombre. Il avait apparemment sauvé une enfant du Vent, ou quelque chose comme ça… En tout cas, la plupart des personnes que j’avais entendues le concevaient comme un héros qui avait tous les droits de se faire soigner ici. Bien entendu, il devait rentrer chez lui quand il serait apte, mais nul ne discutait la dette que le Vent lui devait. Je me demandai brièvement ce que cela pouvait impliquer dans le futur. Likolo irait-il voir le Seigneur de l’Ombre pour payer sa dette ? Ou bien l’histoire resterait-elle entre nos murs, et Likolo déciderait-il qu’en ayant soigné l’Augure de l’Ombre la dette serait payée ? Je l’ignorais, et peu m’importait véritablement. Quelle que serait sa décision, je la supporterais.

« Parce que la mort n’est qu’une douce illusion. Vous qui ne croyez pas à vos Ancêtres, que pourrait bien vous offrir le noir absolu que vous n’ayez déjà perdu ? Il n’est pas de repos pour les âmes damnées. Les pertes ayant jalonnées votre chemin ne vous seront jamais rendues. Pas même dans l’inexistence. Là-bas, vous ne trouverez pas votre paix. Il vous reste des choses à accomplir. Il reste toujours des personnes à aimer, Alchimiste, il reste toujours des sentiments à vivre, même les pire. Vous avez sauvé une enfant de ma Maison chère à mon cœur, je vous en remercie. J’ignore quelles sont vos douleurs. Pourquoi vous sembliez tant vouloir vous abandonner aux abysses. Mais j’ai vécu toute ma vie auprès de ces gouffres profonds et, croyez-moi, il n’est de plus pâle solution à votre solitude. »

En entendant la voix, mon cœur rata un battement. Aby. C’était mon étoile qui avait parlé, mon étoile que j’avais abandonnée… Mais à cet instant, ce furent d’autres instants de notre passé commun qui me revinrent en mémoire, et je me demandai si j’aurais encore le droit à l’avenir d’écouter son rire éclater dans l’air et raisonner en moi dans un écho de joie pur. Tremblant, j’approchai ma moi de la poignée de la lourde porte en moi, stoppai mon geste au dernier instant… Avais-je le droit de revenir ainsi dans sa vie ? Etais-je digne de cette si belle personne, de ses si justes, si fortes paroles ? Elle qui avait toujours su garder espoir, courage, et sourire… Je secouai la tête. Ce n’était pas à moi d’en décider. Je pris une profonde inspiration et entrai. Mes yeux rencontrèrent immédiatement la silhouette assise au bord du vide, le regard tourné vers l’infini. A nouveau, je sentis mon cœur s’essouffler, une douleur sourde se mêla à un bonheur encore fragile, je me sentis minuscule et en même temps l’âme d’un géant. J’étais libre, cette fois. Libéré des chaînes de mon frère, enchaîné par des nouvelles : mes propres erreurs. Il était temps que je leur fasse face. Elle était belle dans la pâle lueur de la nuit, son visage éclairé d’ombres et d’argent. Je m’approchai, les jambes flageolantes, mais n’allai pas directement dans sa direction. Au lieu de cela, j’allai cherchai un petit bol, le remplit d’eau fraîche, et m’approchai du héros. Son visage était marqué par la douleur physique, mais ses yeux hurlaient d’une souffrance plus profonde encore. Je vis la sueur qui perlait sur son front, les mèches de cheveux qui collaient. A son chevet était déposé un linge, à côté d’un récipient d’eau. Je plongeai le tissu dans l’eau, l’essorai, et, délicatement, je le posai sur le front du malade. Il paraissait si faible. Mais pourquoi vouloir mourir ? Je ne comprenais pas. Il venait de sauver une enfant, il était un héros même pour ceux qui étaient censés être ses ennemis. Je ressentis une vague de compassion pour ce jeune homme, me demandant quels tourments avaient pu le conduire à désirer la mort avec tant d’ardeur. Je pressai le linge humide et le passai sur son visage criblé de cicatrices, puis remis le tissu dans son récipient. Cela ne ferait que le rafraichir légèrement, mais j’espérais que ça le soulagerait au moins un peu. J’imaginais qu’Aby avait déjà fait tout ce qu’elle pouvait pour réduire la douleur, et l’impuissance que j’éprouvais m’irritait véritablement.

« Je vous ai apporté de l’eau, dis-je maladroitement en désignant le bol que j’avais placé à ses côtés. »

J’observai un instant son visage qui, même avec ses blessures, conservait un certain charme, et ses yeux sombres emplis de sentiments secrets, de trahisons, surement, de regrets aussi, peut-être.

« Vous devriez écouter l’Etoile, ajoutai-je avec un sourire que je souhaitais rassurant. Je vis moi-même un deuil en ce moment, et je sais que l’être que j’ai perdu ne me sera jamais ramené. Mais c’est ça, la vie. Une succession de pertes et de rencontres. Décider de mourir, c’est abandonner l’espoir d’une nouvelle rencontre, de nouvelles amitiés. On ne remplace jamais un être perdu, mais dans nos cœurs, on a de la place pour des tas d’autres personnes. Je vous suis moi-même reconnaissant pour ce que vous avez fait. Et au nom de celle que vous avez sauvé, je vous jure que si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit que je sois en mesure de vous procurer, je serai à votre service. Vous semblez être quelqu’un de bien, l'ami, et vous paraissez aussi jeune que moi. La vie nous sourit parfois. L’hiver peut être long, mais c’est quand on commence à désespérer que les premiers rayons du soleil réapparaissent et nous réchauffent enfin. »


Je tournai ensuite la tête vers mon étoile, vers ma bien-aimée. Ma voix se brisa, mon sourire disparut.

« Je suis rentré, petite étoile. »
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Edwin le Corbeau
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MessageSujet: Re: Burn out - Libre.   Mar 19 Nov - 1:01



     « En tant que médecin, ma pratique repose sur la conviction que la souffrance n'est pas une fatalité. Tous les jours, en consultation, je reçois des enfants brisés par la violence, le deuil ou la maladie. Mon boulot est de les persuader qu'ils peuvent se relever de leurs traumatismes. Et la plupart du temps, j'y parviens. C'est en partie pour ça que je suis devenu médecin : parce que je sais que la vie est encore possible après l'horreur. Soigner des gens, ce n'est pas seulement rechercher les causes de leurs maladies, c'est leur donner l'espoir que demain sera mieux qu'hier. »

    Il voulait mourir. S'en aller loin de ce monde pleins d'illusions, de déceptions. Ce monde rempli de souffrance, ce monde où l'abandon était commun, où le sang coulait sans discontinuer, où le bonheur n'était qu'éphémère. Ce monde qui l'avait rejeté depuis toujours. Les yeux clos, Edwin ne regardait pas l'Augure du Vent, pourtant c'était évident : elle dégageait cette aura douce avec laquelle on pouvait deviner ses souffrances. Quelque chose en elle s'était brisé. Et peut-être qu'avant l'Alchimiste de l'Ombre aurait tenté de deviner. Peut-être que cette énigme l'aurait intéressé mais maintenant que plus rien n'avait de saveur, maintenant que le monde entier était sombre et pâle... Il ne vit pas le regard qu'Aby porta sur lui, le silence envahit la pièce et pourtant l'Alchimiste ne bascula pas à nouveau dans les limbes qu'il avait quitté à contre cœur. N'était-ce pas là sa véritable place ? Dans les ténèbres les plus sombres, si sombre qu'ils en devenaient irréels... N'était-ce pas là sa véritable place ? Coupé du monde entier, seul, entièrement seul, pour toujours. Il n'avait pas de famille, pas d'amis et plus d'amour. Son cœur se serra à cette pensée. Où était-elle désormais ? Vivait-elle encore où errait-elle loin de là, loin de tout, loin de lui ? Pourquoi était-elle partie, encore ? Ces questions tournaient en boucle dans sa tête et il ne trouvait aucune réponse : ça le rendait fou. Son absence le rendait fou, ce mon entier le rendait fou.

    « Parce que la mort n’est qu’une douce illusion. Vous qui ne croyez pas à vos Ancêtres, que pourrait bien vous offrir le noir absolu que vous n’ayez déjà perdu ? Il n’est pas de repos pour les âmes damnées. Les pertes ayant jalonnées votre chemin ne vous seront jamais rendues. Pas même dans l’inexistence. Là-bas, vous ne trouverez pas votre paix. Il vous reste des choses à accomplir. Il reste toujours des personnes à aimer, Alchimiste, il reste toujours des sentiments à vivre, même les pire. Vous avez sauvé une enfant de ma Maison chère à mon cœur, je vous en remercie. »

    Il ouvrit les yeux à nouveau. Le noir absolu dont elle parlait c'était tout ce qu'il demandait. L'arrêt de toute souffrance, l'arrêt des pensées qui le torturaient, l'arrêt de la vie : c'était ça, la paix. Edwin se força à se redresser, s'appuyant contre le bord du lit, grimaçant en sentant chaque parcelle de son corps lui provoquer une douleur différente. Il ne voulait pas parler, l'écouter sans pouvoir la voir. Il observa cette silhouette assise au bord de la fenêtre, le regard perdu dans l'horizon. À quoi bon continuer à vivre ? Même son corps était en morceaux. Il n'était plus rien, plus personne. Il songea à Ivoire, à sa chevelure claire, à son visage irréel et rayonnant de beauté, à cette douceur infinie dans son regard. Il se revit la prenant dans ses bras lorsqu'elle était revenue. Il sentit presque ses lèvres sur les siennes, se remémora son parfum, la douceur de sa peau. Il avait tout aimé en elle, si profondément, avec une telle puissance... Son départ était une déchirure, non, un gouffre qui l'avait détruit, achevé, tué.

    « J’ignore quelles sont vos douleurs. Pourquoi vous sembliez tant vouloir vous abandonner aux abysses. Mais j’ai vécu toute ma vie auprès de ces gouffres profonds et, croyez-moi, il n’est de plus pâle solution à votre solitude. »

    Edwin ne vivait pas auprès de ces gouffres profonds auxquels elle faisait allusion, non : Il était plongé dedans et il sombrait, encore et toujours, sans pouvoir remonter, sans même avoir la force d'essayer. Alors qu'il s'apprêtait à répondre, un homme rentra dans la pièce. L'Alchimiste le regarda avec indifférence, sans même s'interroger sur sa présence. Certains réagissaient autrement face à la mort ou à l'absence : ils développaient une haine incontrôlable contre le monde entier puisqu'il était inconcevable pour eux que toutes ces personnes soient là alors que l'être aimé non. Edwin n'était pas de ceux là, il se contentait de sombrer, seul, sans emporter qui que ce soit dans sa chute. Il avait déjà perdu goût à la vie et il aurait préféré être aveugle plutôt que d'être obligé de contempler ce paysage morne et sans intérêt qu'il voyait tous les jours. Il ne réagit même pas lorsque cet inconnu lui appliqua un linge mouillé sur le front. Plus rien n'avait d'importance, il pouvait très bien mourir là, égorgé par un inconnu : ça ne changeait rien. Pourquoi l'Ombre n'avait pas réagit à la disparition de leur Alchimiste ? Tout simplement parce qu'il n'était qu'un fantôme, il passait inaperçu et personne ne se souciait de lui, de sa douleur, de sa présence.

    « Je vous ai apporté de l’eau. » Edwin leva les yeux sur cet illustre inconnu et tendit un bras faible vers le bol qu'il saisit maladroitement. Il voulut boire, prit quelques gorgées mais constatant que lever les bras à la hauteur de sa tête était douloureux, il voulut reposer le récipient. Sans pouvoir se contrôler, il le fit tomber... Alors c'était ça la vie ? Il était donc réduit en miettes dans le lit d'une Maison ennemie, incapable de porter un bol à ses lèvres sans le faire tomber ? Son regard sombre resta fixé sur le sol... Il ne voulait pas de cette vie. Même faible, il restait Alchimiste et il savait pertinemment que sa guérison serait aussi lente que douloureuse et qu'il en suivrait des mois avant qu'il ne soit capable de se déplacer avec autant de facilité qu'avant. Si seulement il le pouvait un jour, peut-être même qu'il avait des blessures irréversibles...

    « Vous devriez écouter l’Etoile. Je vis moi-même un deuil en ce moment, et je sais que l’être que j’ai perdu ne me sera jamais ramené. Mais c’est ça, la vie. Une succession de pertes et de rencontres. Décider de mourir, c’est abandonner l’espoir d’une nouvelle rencontre, de nouvelles amitiés. On ne remplace jamais un être perdu, mais dans nos cœurs, on a de la place pour des tas d’autres personnes. Je vous suis moi-même reconnaissant pour ce que vous avez fait. Et au nom de celle que vous avez sauvé, je vous jure que si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit que je sois en mesure de vous procurer, je serai à votre service. Vous semblez être quelqu’un de bien, l'ami, et vous paraissez aussi jeune que moi. La vie nous sourit parfois. L’hiver peut être long, mais c’est quand on commence à désespérer que les premiers rayons du soleil réapparaissent et nous réchauffent enfin. »

    Edwin regarda une nouvelle fois le Paladin du Vent. Comment pouvaient-ils avoir une telle volonté de se battre tous les deux ? Il en était incapable. Il n'était pas assez fort, ou alors il avait déjà trop enduré, il ne savait pas tellement. Il ne suivit pas ce qui se passa ensuite entre Aaren et Aby, ignora si des paroles furent échangées. Edwin était absorbé par ses pensées, se fichant totalement de savoir ce qui amenait là cet inconnu. Il se sentait terriblement faible, impuissant. Il aurait préféré mourir lorsqu'il avait été percuté. Mourir, simplement. Sa voix s'éleva, rauque, faible, morne.

     « Vous avez tort, Augure. Vous avez tort de croire que la mort ne m'apportera rien. » Il ne savait pas quoi dire, à quoi bon parler ? Il se força à continuer.  « La vie n'a plus aucun intérêt, elle m'a sourit avant de me tourner le dos définitivement. Je veux mourir pour être libéré de cette douleur. Je ne veux plus vivre, tout simplement. Et si l'enfant que j'ai sauvée est vivante, eh bien considérez que je lui donne ma vie, je ne veux plus de la mienne. » Il se tut, quelques instants et puis...  « Vous êtes peut-être incroyablement forts, tous les deux, ou alors vous avez quelqu'un, n'importe qui, pour vous aider à avancer... Ma propre Maison doit ignorer que je suis absent... Il n'y a plus rien que me retienne ici, dans ce bas monde, plus personne ne m'attends ici. Alors, je ne veux pas de vos services, et encore moins être traité comme un sauveur que je suis loin d'être. Je veux rentrer dans l'Ombre et mourir en paix dans ma Tour. »

    Le silence s'installa à nouveau, alors qu'il ignorait même si ses paroles avaient un quelconque sens. Son regard se perdit à nouveau sur l'eau qu'il avait renversé.

     « Il y a bien longtemps que la vie n'a plus aucune saveur... Je suis désolé pour le bol. » ajouta-t-il finalement, un peu pour lui même.

    Sans doute divaguait-il un peu, il n'y avait pas de rapport entre ce bol et sa vie. Il ne savait plus ce qu'il disait, ignorait s'il avait prononcé ces paroles à hautes voix et il s'en fichait.
    Peut-être était-il déjà fou après tout.

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Edwin le Corbeau
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