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 En quête de regrets [pv Yucca]

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: En quête de regrets [pv Yucca]   Dim 10 Nov - 21:11

*Tu commences mal, me soufflait une petite voix dans ma tête*

Ma rencontre avec Likolo datait de quelques jours à peine, je n'avais donc été réintroduit dans le rang des Paladins du Vent que récemment. J'avais réellement essayé depuis de me réintégrer. J'avais ramené chaque jour plus de proies que ce qu'un paladin ramenait en trois jours, je m'étais rendu utile auprès des nouveaux-nés et des anciens, j'avais même discuté avec ceux qui me connaissaient avant mon départ, et il n'avait pas fallu longtemps avant que l'évocation de nos souvenirs n'effacent dans leur mémoire la trahison de mon départ. Bien entendu, j'avais réussi à éviter de croiser Aby, me cherchant continuellement des excuses, repoussant la confrontation avec celle que j'aimais et que j'avais abandonnée. En somme, je ne m'étais donc pas trop mal débrouillé. Pourtant, je déraillais déjà. La pensée de mon frère ne m'avait toujours pas quittée. Je rageais de me sentir si proche de lui et de ne pouvoir aller à sa rencontre. Une frontière nous séparait encore. Une simple frontière. Du moins l'espérais-je. La Maison de l'Ombre avait été sa demeure, et c'est là que j'espérais le retrouver. Les souvenirs du jour où il m'avait annoncé quitter le Vent pour l'Ombre s'imposèrent. Je me souvenais parfaitement de l'étau glacial qui m'avait serré le ventre, de mes vaines supplications, de mes promesses inutiles,... Rien n'avait réussi à le détourner de son choix. Il me quittait délibérément pour... pour quoi ? Qu'y avait-il là-bas qui l'attirât assez pour m'abandonner, moi, son frère, son seul reste de famille ? Je lui en avais voulu. Longtemps. Puis, lentement, je lui avais pardonné, comprenant que ma colère naissait du vide laissé par son absence plus que d'un sentiment de trahison injustifié. Mon frère avait fait d'autres choix, je me devais de les accepter. Je voulais lui dire cela. Je voulais lui dire que j'avais compris et que je respectais ses décisions. Peut-être me pardonnerait-il à son tour...

Telle était la raison de ma présence à la frontière, hésitant, un pied de chaque côté de la limite imaginaire. Je portais sur moi mon mon arc et mon carquois, comme d'habitude, et je m'étais pour une fois encombré d'un poignard et d'une épée à la lame courte empruntés à la salle des armes. Je me souvenais vaguement de mes entraînements, mais ceux-ci remontaient à loin. J'espérais être encore capable de me défendre, si le drapeau blanc ne suffisait pas, quelle que soit la personne que je rencontrerais. Je ne désirais déclencher aucune bataille, je souhaitais au contraire que mon intrusion n'arriverait pas aux oreilles de Likolo. Ce n'était pas un bel exemple de cette loyauté que je lui avais promise, bien que je devinasse qu'il m'aurait compris, éprouvant lui-même des difficultés avec son propre frère. Malgré tout, mes intentions étaient simples : pénétrer sur les terres de l'Ombre, sans me dissimuler, et demander au premier paladin que je croiserais s'il savait où était mon frère. Simple. En théorie. N'importe quel élément de mon plan pouvait mal tourner, et j'en étais confiant. J'aurais pu agir de mille façons différentes. Envoyer un message, par exemple, et attendre une réponse, ça se faisait... Mais combien de temps cela prendrait-il ? Ils pouvaient tout aussi bien décider de ne pas me répondre. J'ignorais comment étaient les relations actuelles entre le Vent et l'Ombre, mais je me souvenais d'un temps où elles étaient assassines. C'était dans ce contexte de guerre que j'étais né et que j'avais perdu mes parents...

La nuit était claire et glacée. Le ciel était dégagé, la lune laissait couler une lumière fantomatique sur la forêt, créant des ombres effrayantes que l'imagination ne pouvait s'empêcher d'associer avec le moindre craquement, le moindre hurlement... J'étais un habitué de la nuit, pourtant, je n'étais pas rassuré. L'hiver approchait, les proies se faisaient de plus en plus rares. Il était possible qu'un prédateur repérât ma présence et décide de me transformer en bon repas. Dans l'absolu, j'étais capable de me défendre... Seulement dans l'hypothèse où je percevais le danger à temps. C'est justement alors que je réfléchissais à l'autre alternative que j'entendis un bruit que je reconnus immédiatement. Quelqu'un approchait. Ou quelque chose. Difficile de deviner si c'était un paladin assez maladroit pour se faire repérer ou bien un gros félin pas discret. Dans le doute, je dégainai mon poignard, le maintins fermement devant moi, en garde, et, d'une voix forte, espérant effrayer le prédateur si c'en était un, je lançai :

« Qui es là ? »
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Maximilian l'Apprenti
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MessageSujet: Re: En quête de regrets [pv Yucca]   Lun 11 Nov - 14:27


Maximilian n'avait jamais cherché à se cacher. Quand bien même il l'aurait voulu, cela n'aurait pas changé grand-chose. L'apprenti revenait de loin. Ses fugues s'étaient faites plus tranquilles au fil du temps, depuis qu'on ne cherchait plus à le ramener de force. Cela faisait plusieurs années qu'il n'était apprenti que par un titre, du reste, il n'était pas maladroit au combat, encore aurait-il fallut qu'il s'exerce pour le savoir. Le jeune homme n'était pas d'un naturel ambitieux, ou du moins, il aspirait à bien d'autres choses que ce qu'on voulait de lui. La disparition de son père ne pouvait que le conforter dans sa voie rebelle – il n'était désormais plus que le fils de personne, et quand bien même ses traits pouvaient parfois évoquer ceux de son père, il était en vérité plus chétif que lui, n'ayant pas cherché à travailler sa musculature. Il avait le visage de fait plus fin ; en grandissant, il avait presque pris de sa mère. Maximilian ne s'offusquait plus de cette différence qui, au contraire, le rassurait. Il ne voulait plus voir William lorsqu'il se regardait dans un miroir. Il voulait l'oublier, lui, et toute la haine qu'il avait invoqué en lui. Il n'était pas plus son père que l'Ombre était sa Maison ; l'apprenti ne restait là que pour une raison, et cette raison s'appelait Elléa, sa sœur. Du reste, il ne comptait pas quitter le fief de Cerfblanc, il conservait toujours l'espoir de revoir ses amis, ces personnes d'autres clans, sûrement devenus paladins. Le temps continuait de défiler, et Maximilian était seul. La solitude n'était pas un problème, car il y avait toujours un brin de vie autour de lui, et qu'il aimait la vie. Il aimait le monde qui l'entourait. Il aimait dormir à la belle étoile, loin du château. Il aimait cette vie presque nomade qu'il menait, à la seule chose près qu'il finissait toujours par revenir sur ses pas et retrouver le château de sa Maison, sans véritablement s'en agacer, simplement parce qu'il en éprouvait l'envie, comme ça. Cette nuit ne serait pas bien différente.
Cela faisait deux jours déjà qu'il n'était pas rentré. S'il était un piètre combattant, il n'en était pas moins un mauvais chasseur, et la faim avait commencé à le tirailler, malgré les baies qu'il avait réussi à dénicher dans la forêt. Il aurait pu poser des pièges, mais cela l'indisposait. Il aurait préféré avoir de quoi échanger avec les paysans, mais il fallait encore, encore et toujours chasser. Ce mode de vie l'agaçait. Mais il lui arrivait parfois de trouver de quoi manger en proposant ses services à un voyageur de passage, ou même à un paysan dans leurs beaux jours. Ceci dit, avec l'hiver qui arrivait, il était normal qu'on lui recommande de plutôt piocher dans les réserves des siens plutôt que dans celles des autres. Il est vrai que, malgré tout, il était encore Maximilian l'Apprenti de la Maison de l'Ombre, et ce tant qu'il n'en aurait pas décidé autrement. Il acceptait cette réalité avec le sourire, car il ne se sentait pas encore prêt à partir. Ses pas l'avaient donc naturellement guidé vers les terres où il était né, là où tout avait commencé. Il ne cherchait pas à se cacher, car il n'avait de toute évidence rien à cacher. Il ne craignait rien ni personne, non pas parce qu'il se sentait infaillible, mais par une sorte d'inconscience volontaire. Il ne voyait pas le danger dans le regard des autres et ne s'était jamais senti menacé. Enfant, on lui avait conté de terribles histoires sur leurs ennemis, mais il avait rapidement compris que tout cela était mensonges. Maximilian était intimement persuadé que le monde était fait de bonté, et qu'il fallait le percevoir ainsi afin d'en effacer l'éventuelle cruauté. La vie était belle, il fallait la considérer comme telle, et avancer. Tout simplement. Lui avait pardonné à ceux qui l'avaient rejeté, ceux qui l'avaient mis plus bas que terre, avec un naturel sans failles. Il savait que ces derniers faisaient moins le malin devant lui à présent qu'ils étaient tous plus âgés, d'autant plus qu'il les dépassait tous d'une tête, mais cela lui était égal, peu importait les raisons qui les avaient rendus plus agréables, cela n'avait aucun sens de les en blâmer.
Maximilian n'était pas bien loin de la frontière qui séparait les terres du Vent et de l'Ombre lorsqu'il comprit qu'il n'était pas seul. Cela ne le déconcerta pas, il continua sa route tranquillement, jusqu'à ce qu'une voix s'élève, une voix forte, qui ne laissait aucun doute sur l'éventuelle méfiance de son possesseur – il était sûrement armé.
– Qui est là ?
Simplement. L'apprenti ne voyait pas grand-chose dans la nuit noire, mais il put distinguer malgré tout une silhouette, et il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que ce n'était pas un paladin de sa Maison, mais sûrement un intrus. Étant donné la proximité qu'il y avait avec la frontière, il en déduit qu'il devait être de la Maison du Vent – mais rien n'était sûr. Maximilian était désarmé, il songeait rarement à emmener une arme avec lui, pour les raisons énoncées. Il était à la merci de son « adversaire », mais cela ne semblait pas plus le perturber que cela. Il sourit. Il savait pertinemment que son sourire ne devait pas se voir à cette distance et dans l'obscurité, mais il sourit tout de même, car cela faisait longtemps qu'il n'avait croisé personne et qu'il avait déjà rencontré des personnes de la Maison du Vent par le passé. Certaines de ses amies en étaient. Il n'avait pas eu de nouvelles depuis longtemps, et il se doutait bien que le paladin n'allait pas converser tranquillement avec lui de ses petites mésaventures. Mais cette pensée le rendait heureux, indubitablement. Il était heureux de croiser un « ennemi », car il voyait en cela simplement un visiteur – un visiteur en danger, certes, car il n'avait rien à faire là, et sûrement avait-il de la chance de tomber sur lui. Ne voulant pas semer le doute plus longtemps, Maximilian décida de décliner son identité :
N'ayez crainte, dit-il alors, je ne suis que de passage.
Que dire de plus ? Maximilian savait prendre son temps, et il ne se décida pas encore à marcher à nouveau, conscient que cela ne suffisait pas à mettre en confiance même le plus naïf des paladins – et c'en était clairement un, au vu de sa carrure. Après, il était le moins bien placé pour juger d'un statut via l'apparence, puisqu'il avait toujours été plus grand et mieux bâti que ceux de son âge, curieuse génétique, mais toutes ces hypothèses lui semblaient valables pour le moment, aussi autant s'en contenter. Il reprit alors, calme, et sans la moindre once de méchanceté :
Mais à votre place, je ne resterai pas dans les parages. La Maison de l'Ombre n'est hélas pas des plus accueillantes envers les nouveaux venus.
Il ne précisa pas les « ennemis », car il ne le pensait guère, et sa voix dénotait presque de la lassitude, ou bien de l'inquiétude envers l'intrus. Maximilian savait pertinemment que les membres de sa Maison avaient été élevés à la peur, la peur de l'ennemi, cet être odieux qu'il fallait éliminer. Il comprenait cette démarche mais ne l'approuvait guère. Les autres Maisons songeaient sûrement la même chose, mais, sous le commandement de son père, celle de l'Ombre avait peut-être été la plus embarquée dans ces idées-ci. Il n'attendit pas que l'intrus réponde, se justifie ou l'envoie balader, peu importait, ce n'était qu'un simple conseil, et il avait tout aussi bien le droit de ne pas en tenir compte :
Quel est votre nom ?

____________________________________________

Maximilian du Yucca

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: Re: En quête de regrets [pv Yucca]   Lun 11 Nov - 16:26

L'inconnu ne mit pas longtemps à se montrer. A sa vue, je me détendis immédiatement. Je craignais plus les bêtes que les hommes, car je dénotais d'un optimise naïf me laissant penser qu'on pouvait toujours négocier avec un homme. Je baissai la pointe de mon arme, dans un geste rassurant, sans pour autant la ranger. J'étais naïf, certes, mais pas taré. Ou du moins pas à ce point-là.

« N'ayez crainte, je ne suis que de passage »

Cela me suffit. Aucune agressivité, ni dans sa posture, ni dans sa voix. Je devais être tombé sur le seul Paladin de l'Ombre qu'un ennemi ne dérangeait pas. Je rangeai mon arme et me rapprochai de quelques pas, afin de me montrer mais surtout de pouvoir mieux détailler le nouveau venu. Il était nettement plus grand que moi, et battit d'une musculature aussi discrète que la mienne. Son visage arborait une expression sereine et un calme infantile, et il me fut difficile de deviner approximativement son âge. Plus jeune que moi ? Plus âgé ? Son regard insouciant, curieux, et bienveillant me faisait curieusement pensé à un enfant, mais sa carrure était celle d'un adulte. Je finis par opter pour une solution simple : il devait avoir mon âge, à peu de choses près. Ses vêtements légers attestaient de sa tranquillité d'esprit, même au milieu de la nuit, près de terres ennemies. Ce qui m'étonna le plus, ce fut l'absence d'arme. Il ne portait rien sur lui, rien du tout ! Pas le plus petit poignard, pas le plus simple des arcs ! Rien. Avait-il si confiance en ses talents de combattant à mains nues, ou était-il complètement inconscient ? Impossible à dire. Il s'était placé au milieu d'un cercle de lumière propagée par la lune, de sorte que je pouvais clairement voir les traits de son visage, jusqu'à ses yeux qui hésitaient quant à la parure à adopter. Bleus ? Verts ? Bleu-vert, une nouvelle fois, j'optai pour la facilité. Son regard me rappelait étrangement quelqu'un, mais qui ? Impossible de remettre un nom derrière cette douce insouciance, ce refus d'un quelconque douleur, ou d'une croyance en un mal chez l'être humain. L'évidence s'imposa soudain à moi, et ce fut mon propre nom que je trouvai au final. Ce jeune homme me rappelait moi-même, tout simplement. Moi, quand j'étais plus jeune, quand le monde m'appartenait encore et que je le construisais autour de moi, au gré de mes envies et de mon imagination. Je ne me promenais pas non plus armé, et j'étais heureux de rencontrer le moindre inconnu. Avide de solitude autant que de connaissances, j'aimais autant m'isoler la nuit, que discuter philosophie, préférablement avec des ennemis que des amis, étrangement. Je n'aimais pas qu'on choisisse pour moi ceux que je devais aimer et ceux que je devais combattre, je trouvais injuste que ta naissance définisse les relations, et non les affinités qu'on peut avoir. J'appréciais à l'époque la proximité d'étrangers. Je les imaginais vivre dans un tout autre monde que le mien, et j'aimais apprendre leurs coutumes. Évidemment, je fus vite déçu : vivre dans une autre Maison ne signifiait en rien penser différemment, mais seulement habiter un autre territoire. C'était la seule véritable caractéristique qui nous différenciait les uns des autres. Comprendre cela avait contribué à me conforter dans mes douces certitudes d'une bonté humaine universelle. Ceux qui faisaient du mal aux autres étaient simplement ceux qui souffraient, et qui exprimaient leur douleur en l'imposant aux autres. Oui, c'était la seule explication possible, à l'évidence.

« Mais à votre place, je ne resterai pas dans les parages. La Maison de l'Ombre n'est hélas pas des plus accueillantes envers les nouveaux venus. »

Je l'écoutais à peine. Cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu ce ton de voix, ni neutre, ni agressif, ni triste, ni empli de regrets... Non, c'était un ton qui exprimait la bienvenue de tous et les joies simples de la vie. Mon ton. Il y avait de cela si longtemps, me semblait-il... Quand avais-je changé à ce point ? Quand avais-je perdu cette si douce insouciance, cette bienveillance envers tous, ce refus des règles établies que je trouvais injuste, cette rébellion pacifique? La réponse s'imposa à moi comme une évidence : le départ de mon frère. J'avais gardé quelques temps ma personnalité, grâce à Présence notamment, mais tout s'était finalement effacé le jour où j'étais parti à mon tour, en quête de solitude, en quête d'un frère devenu fantôme.

« Quel est votre nom ? »

Je me rendis compte que je n'avais pas cessé de dévisager l'inconnu, en silence. Je me repris.

« Je m'appelle Aaren, répondis-je, Aaren Des Mystères, paladin du Vent. Je ne suis pas tellement familier de l'accueil des paladins de l'Ombre, mais j'imagine que j'ai de la chance de tomber sur vous. »

Je marquai une pause, le regard toujours fixé dans le sien. Mon coeur battait drôlement dans ma poitrine, j'avais la sensation de me retrouver face à un miroir. Ou bien d'avoir remonté le temps. Ne seraient-ce ses cheveux blonds et sa taille immense, j'aurais juré être revenu quelques années en avance, à la rencontre de moi-même. Cette idée me plut. Qu'est-ce que je lui dirais, pour changer le cours des choses ? Je lui conseillerais de laisser partir son frère, sans regret, promettant de se revoir, jurant ne jamais être de réels ennemis. Je lui dirais de pardonner, surtout, et de ne pas partir. De ne pas quitter cette Maison qui était la mienne. Et surtout, je lui enjoindrais de ne pas poser la question que je m'apprêtais à poser. Mais cela, je ne pouvais pas encore le savoir.

« Je ne suis pas perdu, je ne suis pas là en tant que représentant du Vent, je suis venu de mon propre chef, sans l'accord ni l'ordre de personne. Si ca ne te dérange pas, ça m'arrangerait que cette petite escapade nocturne ne soit connue de personne d'autre que nous. »


Je lui souris, confiant. Quelque chose en lui m'incitait à lui faire aveuglément confiance. Sans doute le fait que je me retrouvais tant en lui.

« En réalité, je suis ici pour mon frère, Pirate. Il me ressemble un peu, il a quitté le Vent il y a plusieurs années pour rejoindre l'Ombre, et depuis, je n'ai aucune nouvelle de lui. Je suis parti à mon tour, dans les contrées lointaines, mais je suis revenu. J'aimerais lui parler. Saurais-tu aller le chercher, pour moi ? »

Ma voix, malgré moi, s'était mise à trembler sur la dernière phrase. Je touchais au but, j'allais enfin le retrouver, lui pardonner, me faire pardonner...

« J'en oublie les bonnes manières, ajoutai-je précipitamment. Tu t'appelles comment ? »

*Aaren Des Mystères du passé, me répondit une voix dans ma tête*
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Maximilian l'Apprenti
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MessageSujet: Re: En quête de regrets [pv Yucca]   Ven 15 Nov - 16:47


Malgré la pénombre, Maximilian put distinguer assez rapidement que la méfiance première de l'inconnu s'était dissipée. Il avait baissé son arme, et ne semblait pas hostile. Tout cela le conforta dans l'idée qu'il n'était pas en danger, chose à laquelle il n'avait naïvement jamais douté. Il n'avait jamais eu la malchance de tomber sur un individu agressif. Semblait-il qu'il était doté d'une chance naturelle à en entendre certains. Pour lui, rien de plus normal. Quand bien même on lèverait une arme sur lui, Maximilian n'était pas sûr de réellement se défendre. Il était plutôt du genre à encaisser. Il n'y a pas que les coups qui blessent. Parfois, ils sont même bien plus doux que les mots. Lui ne s'était exercé ni à l'un, ni à l'autre. Il était quelque part plus facile de succomber à la tentation de la violence que d'y faire face. Par chance, sa nature lui permettait de s'en sortir avec brio. Cela ne l'avait jamais autorisé à juger le comportement de qui que ce soit. Toujours est-il qu'il était plus agréable d'avoir face à soi quelqu'un prêt à vous écouter que quelqu'un prêt à vous égorger. Et l'inconnu, jusqu'alors bien silencieux, n'hésita pas bien longtemps avant d'enfin apporter une réponse à sa question :
– Je m'appelle Aaren, Aaren des Mystères, paladin du Vent. Je ne suis pas tellement familier des paladins de l'Ombre, mais j'imagine que j'ai de la chance de tomber sur vous.
Maximilian appuya plus encore son sourire, un beau sourire empli de sincère amusement. Il est vrai qu'être de la Maison du Vent n'aidait pas lorsqu'on parcourait les terres de l'Ombre. Et il est vrai que lui était bien peu regardant des règles de bienséance. L'étranger le fixait. Maximilian n'aurait su dire pourquoi, et à vrai dire, il ne se posait pas vraiment la question. Non pas que cela ne l'intéressait pas, mais tout simplement parce que cela ne lui venait pas. Il était capable de lire la tristesse des autres et de les réconforter, mais ce n'était pas de la tristesse que ressentait Aaren. Du moins, à première vue. Il semblait assez conscient de son acte, sûrement venait-il chercher quelque chose, ou quelqu'un, comme lui lorsqu'il s'aventurait « inopinément » sur les terres d'autres Maisons.
Je ne suis pas perdu, je ne suis pas là en tant que représentant du Vent, je suis venu de mon propre chef, sans l'accord de personne. – Si ça ne te dérange pas, ça m'arrangerait que cette petite escapade nocturne ne soit connue de personne d'autre que nous.
Il lui sourit. Il semblait confiant. Maximilian comprenait le secret auquel l'incitait le paladin, et ne pouvait que l'accepter.
– En réalité, je suis ici pour mon frère, Pirate. Il me ressemble un peu, il a quitté le Vent il y a plusieurs années pour rejoindre l'Ombre, et depuis, je n'ai aucune nouvelle de lui. Je suis parti à mon tour, dans les contrées lointaines, mais je suis revenu. J'aimerais lui parler. Saurais-tu aller le chercher, pour moi ?
Pirate ? Le nom ne lui était pas familier. Cela n'était guère surprenant, puisque Maximilian ne traînait pas vraiment au château de sa Maison. Mais quand bien même, cela ne lui disait rien. La voix d'Aaren avait tremblé, on eut dit qu'il tenait véritablement à son frère, ce qui était largement compréhensible. Qu'il veuille le voir allait de soi, et le jeune homme l'aurait volontiers aidé, mais il commençait à redouter qu'il ne le puisse.
J'en oublie les bonnes manières, ajouta-t-il précipitamment. Tu t'appelles comment ?
Maximilian ne s'en était qu'à peine rendu compte, et cela ne l'avait pas choqué plus que cela ; il n'était pas du genre à s'offusquer pour si peu. Mais puisqu'il le lui demandait, autant répondre, n'est-ce pas ?
Je suis Maximilian, un simple apprenti de la Maison de l'Ombre.
Devait-il véritablement décliner ses origines ? Il n'était pas fier d'être le fils de William des Cendres, il décida de conserver le secret – de toute façon, là n'était même pas le sujet. Il lui était égal de dire qu'il n'était encore qu'un apprenti, en vérité il n'allait plus le rester bien longtemps et quand bien même, ce titre ne lui faisait ni chaud, ni froid. Il ne serait pas plus paladin qu'apprenti. Il était ce qu'il était, voilà tout. Mais il lui fallait désormais partager ses doutes avec Aaren, puisque ce dernier requérait son aide. Comment le dire ? Il lui était désagréable d'annoncer une mauvaise nouvelle. Et ce fut à cet instant précis que le mot lui revint. Pirate... Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il s'en souvint. Mais il aurait sûrement préféré l'avoir oublié. Ce nom lui évoquait un vieil événement, quand il était plus jeune et bien insouciant... Cela datait du moment où les assassins de grand chemin c'en étaient pris aux quatre Maisons. Parmi les victimes, un certain Pirate, compagnon d'un ancien Seigneur du Vent. Mais était-ce vraiment lui ? Sa Maison ne l'aurait-elle pas prévenu de ce terrible meurtre ? Ne lui avait-on pas dit qu'il aurait eu des enfants avec ladite Seigneur s'il en avait été l'oncle ? Cela paraissait étrange, d'autant plus qu'il semblait croire dur comme frère que son frère était à la Maison de l'Ombre. Maximilian ne put cacher son anxiété et son malaise. Peut-être existait-il d'autres personnes connues sous le nom de Pirate – mais qui d'autre ? N'était-ce pas bel et bien le Pirate décédé qui avait séjourné quelques temps parmi les siens ? L'apprenti aurait préféré oublier cette vieille histoire qui ne lui avait pas plu, mais il ne pouvait désormais l'effacer. Il eut un petit sourire gêné. Il ne savait pas tellement comment s'y prendre pour partager la nouvelle. Aaren avait l'air de tellement tenir à son frère... Non, ce n'était pas possible, ce devait en être un autre.
Je crains de ne pas pouvoir vous aider, finit-il par dire, embarrassé. Le seul Pirate qui me vienne à l'esprit n'est plus depuis plusieurs années, et il était de la Maison du Vent. Je pourrais peut-être demander à des personnes plus âgées de l'Ombre...
Maximilian se tût, peu convaincu par ses propres paroles. Il espérait en toute sincérité qu'Aaren retrouverait son frère. La vérité était que même s'il s'était persuadé que le Pirate auquel il avait pensé ne pouvait être lui, il y avait encore des doutes. Et pas des moindres. Tout semblait coïncider en soi, mais la Maison du Vent lui aurait dit, lui aurait dit si son frère était mort. Pourquoi le lui cacher ? Cela n'avait aucun sens.

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Maximilian du Yucca

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: Re: En quête de regrets [pv Yucca]   Sam 16 Nov - 15:14

La vie n’est qu’une succession de rencontres et d’adieux. Une succession d’avoir et de pertes. D’espoirs et de regrets. Et pourtant. Pourtant…

Je me serais écroulé sur le sol, la tête baissée, les yeux fermés, tentant de retenir un flot de larmes et de désespoir. J’aurais abreuvé la terre, arrosé sa tombe d’un cruel hommage. Je lui en aurais voulu d’être parti, j’aurais hurlé au désespoir, peut-être que je serais reparti, sans me retourner. Peut-être aurais-je décidé de m’isoler, cette fois à jamais. Brisé pour toujours, incomplet jusqu’à la fin. J’aurais parcouru les chemins, seul, ne m’autorisant plus ni l’amour ni le bonheur. Je me serais arrêté auprès de ceux dans le besoin, et je leur aurais donné tout ce qu’il me serait resté d’humanité. Et je serais mort quelque part sur une route, abandonné des hommes, oublié déjà depuis longtemps. Saoul, certainement. J’aurais regardé le ciel, je lui aurais demandé en pleurant pourquoi il m’avait laissé vivre si vieux avec tant de malheurs. Puis j’aurais fermé les yeux et souri, heureux pour la première fois, et j’aurais murmuré *je te retrouve enfin*. Oui, c’est ainsi que ça aurait dû se passer.

Maximilian. Un simple apprenti ? Je tiquai sur la formule. Personne n’était un simple quelque chose. J’eus beau cherchai, je ne décelai nulle fierté dans son ton, simplement… De la résilience. Une acceptation blasée de n’être que cela. Je fus surpris de découvrir qu’il ne semblait accorder à sa Maison nul amour particulier, et je me demandai d’où venait l’once d’amertume que j’avais cru percevoir. Je voulus lui poser la question, mais je sentais que quelque chose d’autre clochait. Son attitude avait changé. L’apprenti semblait soudain embarrassé, et je cherchais encore l’origine de sa gêne lorsqu’il répondit à ma question :

« Je crains de ne pas pouvoir vous aider. Le seul Pirate qui me vienne à l'esprit n'est plus depuis plusieurs années, et il était de la Maison du Vent. »

Je n’entendis pas vraiment la suite. Une sorte d’hébétude m’avait gagné à ses mots, tandis que j’attendais la terrible souffrance qui n’aurait pas dû tarder à m’engloutir. J’attendis. Une minute. Deux. Rien. *Il est mort, me répétais-je, éprouve quelque chose.* J’éprouvais quelque chose. Mais je mis du temps à analyser ce que je ressentais vraiment. Je m’attendais véritablement à éprouver une douleur aiguë, une sensation de chute infinie,… Il n’en fut rien. Je cherchai au fond de moi, et ce que je trouvai n’avait rien de douloureux. C’était plutôt doux, une sensation de… délivrance. Oui, c’était ça. Je me sentais soulagé. Pas un instant je ne doutai que Maximilian parlât de mon frère. Il n’y avait qu’un Pirate du Vent. Mon frère. Et il était mort. Toutes mes craintes, toute la responsabilité qui pesait sur moi, tous mes regrets… s’envolèrent. Et je compris que j’allais enfin pouvoir commencer à vivre, à vivre pour moi et non plus pour lui. Sans plus éprouver de remord à être heureux, me rappelant à chaque instant qu’il ne l’était pas. Sans plus jamais entendre la voix de ma mère « Prends soin de lui ». C’était fini maintenant. Bien sûr il allait me manquer. Mais plus jamais de la manière dont il m’avait manqué jusqu’à aujourd’hui. Désormais je savais, enfin, qu’il était en paix, et que j’avais le droit de l’être à mon tour.

« Tu n’as pas besoin d’aller demander, répondis-je d’une voix douce, c’est bien mon frère. Sais-tu comment il est mort, et où repose sa dépouille ? »

Je rechignais à lui poser cette question, ce sujet le rendait visiblement mal à l’aise. Malgré tout, il fallait que je sache. Je commençais enfin à connaître la tranquillité d’esprit, mais pour cela, il fallait que je sache toute l’histoire. Je regardai le visage innocent de l’apprenti, me sentant légèrement coupable.

« Je suis désolé si tout cela ravive de mauvais souvenirs… »
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Maximilian l'Apprenti
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MessageSujet: Re: En quête de regrets [pv Yucca]   Dim 17 Nov - 18:52


Maximilian comprit rapidement que ses paroles n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd ; et si lui avait conservé un optimisme aveugle, son interlocuteur, lui, fut plus pragmatique. Il ne semblait pas non plus souffrir, c'était étrange, il lui parut ne pas perdre de son calme... Quelque part, cette réaction était rassurante, l'apprenti aurait été plus embarrassé encore de devoir affronter le déni d'un homme ravagé par une terrible nouvelle. C'était étrange. C'était étrange parce que, quelque part, sûrement aurait-il eut la même expression s'il avait entendu dire que Bohême était mort. Ou du moins, il aurait ressenti une douce nostalgie, celle de ne pas avoir partagé assez de souvenirs avec son frère ; mais elle se serait remplacée par la joie de l'avoir connu, d'avoir pu être à ses côtés quelques temps. Il n'était pas croyant, mais Maximilian avait arrêté de voir la mort comme une sombre inconnue qui faisait peur. Elle n'était que ce qu'elle était, et s'il y avait quelque chose après la vie, alors il le découvrirait bien tôt ou tard. Toutes ces élucubrations n'étaient que fantasmes absurdes, et enfin, Aaren répondit :
– Tu n'as pas besoin d'aller demander, c'est bien mon frère. Sais-tu comment il est mort, et où repose sa dépouille ?
Maximilian n'aurait su dire. La Maison de l'Ombre et du Vent étaient ennemis depuis des années, et l'étaient lors de la tragédie. Lui n'était qu'un enfant, il n'avait entendu que des échos, des bribes de cette histoire. Il pouvait peut-être éluder quelque peu le mystère de sa mort en évoquant les assassins... C'était une part de passé bien connu des siens, puisque l'Ombre avait été accusée de ce crime. Évidemment, il ne pouvait savoir où il reposait désormais. Dans tous les cas, si Aaren semblait accepter l'évocation de la mort de son frère, était-il véritablement prêt à en comprendre les circonstances ? Maximilian n'était pas encore particulièrement à l'aise, il lui était désagréable de devoir révéler à ce sympathique paladin que son frère avait été victime d'un meurtre sanglant alors qu'il s'apprêtait à devenir père. Il ne savait rien de plus, dans le sens où les enfants de Pirate, par la suite, n'avaient plus été mentionnés – on se fichait bien de savoir ce genre de choses à l'Ombre, seul le volet des assassins avait un sens, car il le concernait. Avant qu'il ne puisse répondre, Aaren parla encore :
– Je suis désolé si tout cela ravive de mauvais souvenirs...
Maximilian sourit. Il sourit, d'un sourire sincère, et fort d'une innocence qui lui était propre. Pourquoi s'excusait-il ? Lui n'avait pas souffert des assassins, il n'avait été qu'un enfant. C'était l'empathie qu'il avait pour ce paladin qui le rendait un peu plus sensible. C'était à lui de s'excuser d'avance de ce qu'il allait dire. Mais il le fallait. Il fallait qu'il révèle pourquoi il se sentait si mal à l'aise depuis ces quelques temps. Maximilian n'était pas un menteur ; il était d'une rare sincérité, emplie de bienveillance. Il répondit alors :
Ne vous excusez pas. Ce ne sont pas les souvenirs qui me perturbent, mais plus l'appréhension de votre réaction lorsque je vous dirais enfin tout ce que je sais de cette histoire...
Maximilian se tût un instant, cherchant ses mots. Il jeta un bref regard autour d'eux, plus pour s'inspirer qu'autre chose et, le regard dans le vague, reprit :
La vérité est que je n'étais qu'un enfant lorsque tout cela est arrivé. Je ne peux donc pas vous être d'une aide bien utile. Mais je peux vous donner les circonstances de ce drame...
Drame, c'était le mot. Et cela n'avait rien de rassurant en soi. Maximilian était attristé à l'idée que ce soit bel et bien ce Pirate qui soit le frère d'Aaren. La mort n'était pas un mal en soi, mais arrachée ainsi, à l'aube d'une vie reconstruite... c'était quelque chose d'une rare cruauté. Quelque chose qui pouvait faire éprouver un certain sentiment d'injustice. Du moins, l'imaginait-il.
Il y a quelques années de cela, des assassins de grand chemin s'en sont pris aux quatre Maisons. Ils ont fait quelques victimes parmi les paladins. Parmi eux, il y avait le compagnon du Seigneur Fleuri, de la Maison du Vent... c'était lui, Pirate.
Nouvelle pause. Il n'aimait pas exagérer les faits. La vérité était qu'il essayait d'amener le tout sans se montrer trop brusque. Même si Aaren avait bien pris jusqu'alors la nouvelle, il ne pouvait le voir désormais, et n'était pas sûr de savoir quelle pourrait être sa réaction. Il ne le connaissait pas encore assez pour cela.
Je sais aussi que la Maison du Vent contestait quelque peu le pouvoir du Seigneur Fleuri. Elle était enceinte. Enceinte de lui, sans doute. Je n'en sais pas plus.
Maximilian tourna enfin son regard sur Aaren. Qu'allait-il pouvoir répondre à ces quelques révélations ?

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MessageSujet: Re: En quête de regrets [pv Yucca]   Lun 18 Nov - 19:47

« Je veux que tu sois heureux. Je veux que ton bonheur soit autre que moi. Et si je pars, mon frère ? Et si la mort m'emporte avant toi ? Si la mort m'emporte, alors je te prie de continuer à vivre. Je veux que comme moi, tu trouves l'amour. Je veux que tu souries à quelqu'un d'autres que moi. Je veux que la simple pensée à une personne te mette la joie. Mais je ne veux pas que se soit moi. Pas parce que je te déteste, Aaren. Parce que je veux moi aussi que tu aies une famille. Je veux que tu puisses montrer à quelqu'un tout l'amour que tu es capable de donner. »

Les mots que mon frère m’avait adressés des années auparavant me revinrent en mémoire. A l’époque, je n’imaginais pas qu’il puisse partir avant moi. Surtout pas si tôt. C’était pourtant arrivé. Il m’avait fait ce vœu, le même que je lui avais si souvent souhaité : être heureux sans lui. Il serait fier de moi, pensai-je. Je continuerais à vivre, promesse tenue. J’aurais aimé simplement qu’il sache que j’avais trouvé cet amour qu’il désirait tant pour moi. Mais contrairement à lui, je l’avais gâché. Je pensai avec amertume qu’au final, ca avait été un sacrifice rien. J’étais parti pour lui, et il n’était plus. J’étais parti pour me reconstruire d’une absence qui s’avérait éternelle. Si seulement l’on me l’avait dit plus tôt… Si seulement je n’étais pas reparti, cette fois-là… Si seulement j’avais… Si seulement. Il ne servait pourtant à rien de se lamenter. Ce qui est fait est fait. Je devais réparer mes erreurs, désormais. Je possédais en moi la force de la jeunesse, et je puisais dans le regard de l’apprenti un courage familier, une sérénité qu’il incarnait et que j’avais moi aussi éprouvée, lorsque j’étais enfant. Je commençais à éprouver une véritable affection pour ce jeune garçon qui me ressemblait tant. Je ne le connaissais que depuis quelques minutes, c’était évidemment absurde, malgré tout… il irradiait une innocence qui me manquait, et une bienveillance telle que je n’en n’avais plus vue depuis… depuis mon étoile. Aby évoquait cette même bonté dans ses mots et ses paroles. Je fixais celui qui aurait du être mon ennemi, et je repensai à l’enfant que mon étoile portait lorsque je l’avais quittée. Je n’avais alors pas la force d’être un père, et je ne pensais pas encore la posséder. Mais en regardant le jeune homme, pourtant déjà adolescent, je me surpris à désirer un fils. Un fils comme lui. En fixant son regard insouciant, je me sentis pour la première fois l’âme d’un père.

« Ne vous excusez pas. Ce ne sont pas les souvenirs qui me perturbent, mais plus l'appréhension de votre réaction lorsque je vous dirais enfin tout ce que je sais de cette histoire... »

Il souriait, si empli d’altruisme et de sincérité que je sentis une étrange tristesse m’envahir. Un jour, tout cela disparaîtrait sûrement. Un jour, la vie le rattraperait et effacerait tout ce qu’il y avait d’heureux et de simple en lui. J’aurais voulu tout faire pour empêcher que cela arrive. A cet instant, j’eus le désir fou de le protéger du monde et de sa souffrance. Si les dieux existaient vraiment, ne pouvaient-ils préserver cette incarnation même de l’insouciance ? Ne pouvaient-ils retenir le mal de le toucher, la douleur de le ronger ? C’est en me demandant qui pouvait bien être sa famille que je compris enfin la familiarité que j’éprouvais. Il ressemblait trait pour trait à William des Cendres, le Seigneur de l’Ombre ! Enfin… Seigneur ? Non, on m’avait raconté qu’il était parti. C’était Cassandre de Jais qui avait pris la tête de la Maison de l’Ombre désormais. Cet enfant savait-il ce qu’il était advenu de son père ? Savait-il seulement qui était sa famille ? Je n’eus pas le temps d’y réfléchir plus en profondeur, déjà, il continuait.

« La vérité est que je n'étais qu'un enfant lorsque tout cela est arrivé. Je ne peux donc pas vous être d'une aide bien utile. Mais je peux vous donner les circonstances de ce drame... Il y a quelques années de cela, des assassins de grand chemin s'en sont pris aux quatre Maisons. Ils ont fait quelques victimes parmi les paladins. Parmi eux, il y avait le compagnon du Seigneur Fleuri, de la Maison du Vent... c'était lui, Pirate. »

Mes yeux se voilèrent, mes mains devinrent soudain glacées tellement je serrais les poings. J’avais déjà imaginé plusieurs scénarios… il serait mort à la chasse, tué par un prédateur plus fort que lui. Ou bien comme cet Alchimiste que nous hébergions, et qui avait sauvé l’une des nôtre. Mort en héros, en essayant de sauver un enfant, ou sa bien-aimée… Je ne m’attendais pas à cette cruelle vérité. Assassiné. Un moment, une vague de haine monta en moi, porteuse d’une certitude de vengeance et de repos éternel une fois l’acte accompli. Puis mon regard rencontra à nouveau celui de Maximilian, et la vague reflua, ne laissant derrière elle qu’un vide immense et d’abysses de doutes. Tuer à mon tour, qu’est-ce que ça m’apporterait, au final ? De la haine, encore ? Plus de haine et de colère ? Je doutais que la vengeance pût me faire le moindre bien, surtout maintenant que je m’étais convaincu de vivre ma vie pour moi et moi seul, de réparer mes erreurs et de, pourquoi pas fonder une famille. Malgré tout, l’idée que la mort de mon frère reste impunie faisait naître dans ma gorge une boule d’injustice et de remords. Qu’aurait-il fait, lui ? Nul doute qu’il m’aurait vengé. Je le connaissais suffisamment pour savoir qu’il n’aurait pas hésité à faire le sacrifice de sa conscience pour moi. Malgré tout… est-ce que tout cela en valait vraiment la peine ?

« Je sais aussi que la Maison du Vent contestait quelque peu le pouvoir du Seigneur Fleuri. Elle était enceinte. Enceinte de lui, sans doute. Je n'en sais pas plus. »

Une étincelle se ralluma dans mon regard. J’étais oncle ? Hébété, je tentai de mettre un visage et un nom sur l’enfant qu’aurait eu mon frère, mais j’en fus incapable. A nouveau, une étrange mélancolie s’éprit de moi. Lui qui avait tant souhaité être un bon père, voilà qu’un assassin lui en prenait le droit en même temps que la vie… Cette histoire transpirait l’injustice. Je me demandai ce que les Maisons avaient bien pu faire pour venger ces horribles morts, si les assassins avaient été attrapés, si… Une lassitude soudaine m’accabla. Tout cela n’avait finalement que peu d’importance. Comme l’avait souligné Maximilian, cette histoire datait de longues années, et remuer le passé était inutile. La vie avait continué. Était-ce ce que je devais faire moi aussi ? Je renonçai à demander plus d’explications à l’apprenti. Je me sentais toujours coupable de lui en demander tant. Ce n’était pas à un enfant d’annoncer à un homme la mort de son frère. Ce n’était pas à un enfant de parler de la mort tout court. Inconsciemment, mon instinct de protection se mettait en place pour ce fils qui n’était pourtant pas le mien.

« Merci, Maximilian, répondis-je avec un sourire que je voulus sincère mais qui devait paraître bien pâle. Tu es le premier à oser me dire la vérité. Vois-tu, cela fait une semaine que je suis de retour chez moi, et personne ne m’a annoncé la nouvelle. Tous ces regards fuyants… »

Je marquai une pause. J’étais fatigué, las, je ne comprenais pas tous les sentiments qui se brouillaient en moi. Mais surtout, j’ignorais ce que j’avais à faire. Je posai la question, presque sans m’en rendre compte.

« Que ferais-tu, à ma place ? Vengerais-tu ta famille, au risque de répandre plus de haine encore dans un monde qui en déborde déjà ? Ou tenterais-tu d’oublier, simplement, et laisserais-tu les dieux rendre leur justice au moment venu ? »


Je me mordis la lèvre, me sentant stupide. Ce n’était qu’un enfant, ce n’était pas à ce genre de question qu’il devait réfléchir. Pourtant, ses mots, ses manières, son regard… Même s’il respirait l’insouciance, j’en oubliais par moment qu’il n’était pas adulte. C’était la faute à cette sagesse qu’il incarnait, à cette douceur infinie, cette sérénité…

« Pardonne-moi, ajoutai-je finalement. Je n’ai pas à te poser ces questions. Tu es le fils de William, n’est-ce pas ? Tu as ses traits, mais tu sembles loin de son caractère. Je ne l’ai pas connu personnellement, mais j’ai beaucoup entendu parler de se Seigneur tourmenté. Les rumeurs disaient que la haine qu’il vouait à son père le rongeait, je n’en sais pas plus… J’ai appris qu’il avait déserté. Est-ce vrai ? Vous a-t-il vraiment abandonnés, toi et tes frères ? »

Je me méfiais des rumeurs. Malgré tout, si elles étaient vraies, je m’apprêtais à haïr ce père qui n’avait pas tout donné à cet enfant qui le méritait pourtant. En regardant le jeune homme, je pensai combien j’aurais été fier qu’il soit mon fils, combien j’aurais été fier de tout ce qu’il était. William l’avait-il assez aimé ? L’avait-il couvert d’éloges, comme je l’aurais fait ? Il n’avait pas l’air torturé, malgré tout, j’avais entendu tant de choses sur cette famille… je doutais que la souffrance l’aie miraculeusement épargné. Je le souhaitai pourtant, de toutes mes forces.
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Maximilian l'Apprenti
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MessageSujet: Re: En quête de regrets [pv Yucca]   Mer 20 Nov - 11:49


La réaction d'Aaren avait changé. Sûrement n'avait-il pas imaginé tel scénario. Maximilian restait silencieux. Tout cela datait de plusieurs années. L'enfant qu'il avait été s'était d'abord inquiété de la présence des assassins, puis avait fini par oublier. Il n'avait pas connu réelle souffrance, personne ne lui avait été arraché de force. Il y avait bien Grise et Bohême qui avaient disparu, mais il ne savait pas encore le fin mot de l'histoire. Il supposait qu'il y avait derrière tout ça un choix. Il l'espérait, du moins. Bien sûr qu'il souffrirait s'il apprenait leur mort. Mais que pourrait-il y changer ? La vie était ainsi faite, mais elle n'en restait pas moins digne d'attention. Maximilian ne pouvait s'empêcher de conserver cet esprit optimiste qui l'accompagnait depuis l'enfance. Etait-ce une carapace qu'il s'était forgé, une illusion faite pour éviter de souffrir des moqueries de ses semblables ? Peut-être. Il n'en savait trop rien. Mais il y avait aussi des chances pour qu'il soit né ainsi, avec cette nature emplie de douceur qui, parfois, pouvait évoquer celle de sa mère. Il n'avait du père que le physique. Le père. Il préférait l'oublier, lui aussi, mais pour bien d'autres raisons...
– Merci Maximilian... Tu es le premier à oser me dire la vérité. Vois-tu, cela fait une semaine que je suis de retour chez moi, et personne ne m'a annoncé la nouvelle. Tous ces regards fuyants...
L'apprenti sourit. Un sourire doux, empli de compassion. Il regardait désormais Aaren, avec toute la bienveillance dont il était capable. Il est vrai que lui-même n'avait pu croire que sa Maison lui ait caché la nouvelle. Mais il est vrai aussi qu'il est compliqué d'annoncer de telles nouvelles ; sûrement le Vent avait lui aussi souffert de la mort d'un des leurs. Maximilian n'aurait su dire. La culpabilité parlait d'elle-même. La fatigue, la laissitude du paladin se faisait ressentir. Cela faisait déjà quelques minutes qu'ils conversaient. Et tout cela paraissait naturel, malgré la gravité des faits. C'est alors que la voix d'Aaren s'éleva à nouveau :
– Que ferais-tu, à ma place ? Vengerais-tu ta famille, au risque de répandre plus de haine encore dans un monde qui en déborde déjà ? Ou tenterais-tu d'oublier, simplement, et laisserais-tu les dieux rendre leur justice au moment venu ?
Maximilian ne cacha pas sa surprise. Il ne s'attendait pas vraiment à ce genre de discours. La vérité était qu'il ne voyait dans le monde aucune haine, et qu'il n'était pas plus croyant qu'hérétique. Ces options lui étaient incertaines, et il lui était difficile de se mettre à la place d'Aaren, même s'il cherchait, à travers l'exemple de son frère, de se faire une idée. Qu'aurait-il fait, lui ? Les assassins de grand chemin n'étaient plus, depuis que leur chef avait été renversé par un membre de l'Ombre. L'assassin était peut-être déjà mort depuis longtemps. La vengeance... y avait-il déjà songé ? Il lui était arrivé de laisser la haine déborder en lui, lorsqu'il songeait au rejet de son père. Mais il savait que, malgré sa rancoeur, tout cela n'était pas juste, qu'il devait faire preuve de plus de recul. Maintenant que William était parti, peut-être en serait-il capable. Peut-être serait-il capable un jour de lui pardonner. Du moins, il l'espérait sincèrement, car même s'il le détestait, il ne voulait pas continuer sur cette voie. Il voulait connaître le pardon. Il voulait ne plus souffrir de ce rejet. Il voulait réussir à passer outre. Et, comme si Aaren avait deviné à quoi il pensait, alors que Maximilian était encore un peu embrouillé par ses précédentes paroles, le paladin reprit :
– Pardonne-moi. Je n'ai pas à te poser ces questions. Tu es le fils de William, n'est-ce pas ? Tu as ses traits, mais tu sembles loin de son caractère. Je ne l'ai pas connu personnellement, mais j'ai beaucoup entendu parler de ce Seigneur tourmenté. Les rumeurs disaient que la haine qu'il vouait à son père le rongeait, je n'en sais pas plus... J'ai appris qu'il avait déserté. Est-ce vrai ? Vous a-t-il vraiment abandonnés, toi et tes frères ?
Ces mots. Ces mots. Si Maximilian connaissait le fin mot de l'histoire du frère d'Aaren, ce dernier n'était pas en reste sur l'histoire de l'Ombre, et cela allait de soi. Lui ressemblait-il tant ? Hélas, il le savait déjà. Il savait déjà qu'il ressemblait à son père, et une vague de douleur le prit tandis qu'il fuyait le regard d'Aaren. La haine, elle ne devait pas remonter. Cela ne servait à rien de haïr un absent. Cela ne changerait rien. Et puis... et puis, il n'avait jamais entendu cette version de l'histoire. Il ne savait pas que son père et son grand-père étaient en conflit. Il l'avait senti, plus ou moins, mais pas à ce point. Il ne savait pas que son père haïssait lui aussi son géniteur. Peut-être lui ressemblait-il au-delà des traits. Maximilian se sentit d'humeur bien morrose. Il connaissait sûrement moins son père que ceux qui racontaient ces choses-là. Il était prêt à les croire. Cela pouvait-il lui permettre de tourner la page ? Peut-être. Peut-être devait-il tenter d'en savoir plus sur l'homme qu'il méprisait pour en oublier sa rancoeur. Il avala sa salive. Puis, enfin, gratifia le paladin d'un sourire timide, un petit sourire faiblard qui ne ressemblait pas à son enthousiasme précédent.
Il n'a pas attendu ces derniers jour pour nous abandonner. Et c'est sûrement la meilleure aciton qu'il ait faite pour nous...
Il se tût. Sa voix était plus triste que colérique. Il y avait encore certaines choses qui étaient difficiles à digérer pour lui.
Je ne connais pas bien mon père. Je sais juste qu'il n'a jamais voulu de moi. Enfin, si, au début. Et puis finalement non. Je pensais savoir pourquoi, la vérité est que je serais bien malaisé de tenter d'établir son profil. Je ne veux plus le haïr. Cela ne servirait à rien. Surtout maintenant qu'il est parti...
Maximilian leva les yeux, un peu plus assuré. Il devait se raccrocher à ces quelques mots. Comment faire autrement ? Les choses allaient s'arranger. Il en était persuadé.
Je ne pense pas que le monde soit fait de haine. C'est la souffrance qui pousse les êtres à haïr. On ne peut reprocher à personne de souffrir. Si nous faisions plus attention aux autres, si nous étions plus présents pour eux, sûrement y aurait-il beaucoup moins de haine. Le monde est merveilleux. La vie est merveilleuse, et si fragile. Quant aux dieux, je ne sais s'ils existent, je ne sais pas s'il existe une justice non plus. Ce que je sais, c'est que les assassins de grand chemin ne sont plus. Et on ne peut pas se venger de fantômes. On ne peut pas oublier non plus. Mais on peut continuer à vivre, et être heureux. J'en suis persuadé.
Ses yeux brillaient. Ils brillaient d'un éclat d'espoir inébranlable. Maximilian savait qu'on pouvait désapprouver ses propos, mais ce n'était pas grave. Il ne forçait personne à le croire. Mais songer à ces mots le rendait heureux. L'espoir fait vivre. Il était un puits d'espoir. Et s'il pouvait en livrer un petit peu à ceux qui l'entouraient, alors il en serait plus heureux encore. La vie était belle, oui. Il le croyait sincèrement.

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: Re: En quête de regrets [pv Yucca]   Sam 23 Nov - 18:35

Je regrettai mes mots au moment où je les prononçai. Le regard de Maximilian s'était fait fuyant, je crus meme apercevoir une étincelle de douleur s'allumer un instant dans ses yeux d'enfant. Il parut se perdre un moment dans ses réflexions, le temps surement de retrouver sa contenance, puis enfant releva la tete vers moi et me gratifia d'un pale sourire, loin de la sincérité qu'il arborait quelques minutes plus tot.

"– Il n'a pas attendu ces derniers jour pour nous abandonner. Et c'est sûrement la meilleure aciton qu'il ait faite pour nous..."

La tristesse que je perçus dans sa voix me toucha. C'était un jeune adolescent heureux, bienveillant, malgré tout, son histoire ne semblait pas refléter ce caractère.

"– Je ne connais pas bien mon père. Je sais juste qu'il n'a jamais voulu de moi. Enfin, si, au début. Et puis finalement non. Je pensais savoir pourquoi, la vérité est que je serais bien malaisé de tenter d'établir son profil. Je ne veux plus le haïr. Cela ne servirait à rien. Surtout maintenant qu'il est parti..."

Je ressentis un élan de sincère sympathie à l'égard de ce jeune garçon jamais reconnu par son père, ayant grandi loin de toute fierté, loin d'un amour pourtant vital. Je pouvais facilement imaginer ce qu'il éprouvait, ce déchirement, cette balance entre la haine et l'amour qu'on ne parvient à équilibrer qu'en établissant l'indifférence. Cette certitude sereine que la guerre ne mène à rien, surtout contre les siens, et que la résignation vaut mieux qu'une éternelle insatisfaction. Il avait peut-etre un jour pleuré pour les bras d'un père, comme moi j'avais aspiré ceux de mon frère. J'avais souhaité, tant souhaité lui suffir, tant voulu que l'affection sans limite que je lui vouais suffirait. Mais Pirate désira longtemps l'amour d'une mère et d'un père, et cela, je ne pouvais lui apporter. Maximilian me rappelait mon frère dans ce manque qu'il éprouverait toujours, et à nouveau, je fus pris d'un irrépréssible élan de protection. Il était l'image d'un fils dont je serais fier, et celui du frère que je n'avais pu sauver. Il représentait tout ce que je n'avais pu accomplir, comme si la vie avait décidé de me laisser une deuxième chance. Pourtant, trop de frontières nous séparaient. Nous n'étions rien l'un pour l'autre, quels que soient mes sentiments, il restait l'ennemi des miens, le fils meme d'un tyran. Je trouvais tout cela injuste. Combien de temps avait-il du se battre contre ses propres émotions, avant d'acquérir cette humilité, cette empathie, ce regard dénudé de haine et empli de compréhension à l'égard de tous? Comment, s'il avait été élevé dans l'indifférence, le rejet, et la haine d'un père déchiré, qui au lieu de guérir ses blessures, s'acharnait à répandre son sang chez les autres? Maximilian se situait si loin de cet esprit. Comme pour appuyer mes paroles, il ajouta:

"– Je ne pense pas que le monde soit fait de haine. C'est la souffrance qui pousse les êtres à haïr. On ne peut reprocher à personne de souffrir. Si nous faisions plus attention aux autres, si nous étions plus présents pour eux, sûrement y aurait-il beaucoup moins de haine. Le monde est merveilleux. La vie est merveilleuse, et si fragile. Quant aux dieux, je ne sais s'ils existent, je ne sais pas s'il existe une justice non plus. Ce que je sais, c'est que les assassins de grand chemin ne sont plus. Et on ne peut pas se venger de fantômes. On ne peut pas oublier non plus. Mais on peut continuer à vivre, et être heureux. J'en suis persuadé."

J'étais apaisé. Nul éclat de vengeance venait alimenter le feu de mon regard, et si un gout amer persistait à l'idée de l'injustice de la mort de mon frère, le sentiment qu'il reposait en paix suffisait à me rasséréner. Je trouverais sa tombe et irais me recueillir, mais pas ce soir. J'avais d'autres plans en tete. Il était temps que je me ressource sur mes terres, que je redevienne celui que j'étais, il y avait si longtemps. Après seulement je pourrais retrouver mon étoile, et lui dire que j'étais désolé, et, je l'espérais, lui ramener la paix à laquelle son ame aspirait. Je comprenais qu'il était temps pour moi de partir mais je ressentais le besoin de faire un geste envers Maximilian, qu'il comprenne d'une manière ou d'une autre... quoi? Je n'étais ni son père ni son frère, et si le désir d'avoir une famille, maintenant que je l'avais entièrement perdue, brulait en moi, ce n'était pas le cas chez lui. Je n'avais aucun droit. Je n'étais rien qu'un inconnu pour lequel il éprouvait une franche sympathie, mais sans plus. Malgré moi, je dégainai le poignard que j'avais pris soin d'emporter, et le tendis au jeune homme.

"- Prends-le, les chemins ne sont pas surs, et je me vois mal te laisser rentrer chez toi désarmé. Le monde est beau, mais tu apprendras un jour qu'il accueille aussi la haine. Tu n'auras surement pas à t'en servir, mais je veux que tu le prennes quand meme. Le blason du Vent était autrefois gravé sur son manche, mais le temps l'a effacé, on ne peut aujourd'hui que le deviner. Garde-le, et si nos chemins se recroisent un jour, sur le sentier de la guerre, sers-t'en comme bon te semble. Cette lame a dix ans, elle n'a jamais fait couler le sang d'un homme."

Je déposai l'arme à ses pieds, lui laissant le choix de la prendre ou de l'abandonner là. J'espérais néanmoins qu'il déciderait de la garder.

"Je vais rentrer chez moi, maintenant, dis-je d'une voix douce. Merci encore, Maximilian. J'espère qu'on se reverra un jour, et que ce sera en des temps de paix."

Je le saluai et me détournai. Après quelques pas, je m'immobilisai, hésitai, puis ajoutai sans le regarder :

"Tu es quelqu'un de bien. Ne laisse personne te dire le contraire. Ne laisse jamais personne te prendre ton innocence, ni éteindre la flamme dans ton regard. Tache de continuer à croire en la beauté du monde et en la bonté des hommes, mais je t'en prie, ne laisse pas trop d'espoir t'aveugler. Les désillusions font parfois plus mal que toutes les blessures... Si un jour tu as besoin de quoi que ce soit, tu pourras toujours me demander. Je me fiche bien de ce que nos lois nous dictent, je me fiche bien des frontières. Sache que je serai là."

Je me tus. Il n'y avait rien à ajouter.
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Maximilian l'Apprenti
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MessageSujet: Re: En quête de regrets [pv Yucca]   Mar 26 Nov - 21:21


C'était étrange, car toute l'émotion qu'il avait ressentie en s'enflammant pour ce qu'il pensait être juste lui était monté aux joues, et une onde de chaleur lui traversait le corps. C'était agréable, et il se sentit heureux de ne plus se laisser aller aussi facilement à la haine qu'autrefois, d'avoir réussi à en faire quelque chose de différent, de beau. Etait-ce finalement la fin de ce chapitre sur son père, était-ce pour lui un nouveau départ, une nouvelle façon de vivre plus pleinement ce en quoi il avait toujours cru ? Il n'en savait rien. Il saurait, un jour ; il était encore jeune, même si les jours le rapprochaient de plus en plus de la cérémonie qui lui donnerait son titre de paladin. Il n'était pas pressé, en vérité cela ne lui faisait ni chaud, ni froid. L'Ombre était un mystère pour lui, et il ressentait plus de bienfaits à être ici, face à Aaren, un « ennemi », plutôt que dans ce sombre château où il se sentait pire qu'un étranger. En vérité, il ne détestait pas sa Maison. C'était simplement qu'elle ne correspondait pas au mode de vie auquel il aspirait. Elle lui évoquait également de douloureux souvenirs, qui avaient tendance à affecter son jugement. Mais il savait qu'il ne pourrait rester éternellement ainsi. Et cette pensée l'effleura tandis qu'Aaren, sans ajouter un mot, se mit à dégainer son poignard. Maximilian le laissa faire, un peu surpris, sa curiosité attisée par ce geste qui lui semblait bien singulier. Jusqu'au moment où l'homme le lui tendit.
– Prends-le, les chemins ne sont pas sûrs, et je me vois mal te laisser rentrer chez toi désarmé. Le monde est beau, mais tu apprendras un jour qu'il accueille aussi la haine.
Un apprenti quelque peu orgueilleux se serait indigné de cette parole, mais quand bien même Maximilian désapprouvait ces mots, il contint un silence quasi religieux, le regard porté sur le paladin.
– Tu n'auras sûrement pas à t'en servir, mais je veux que tu le prennes quand même. Le blason du Vent était autrefois gravé sur son manche, mais le temps l'a effacé, on ne peut aujourd'hui que le deviner. Garde-le, et si nos chemins se recroisent un jour, sur le sentier de la guerre, sers-t'en comme bon te semble. Cette lame a dix ans, elle n'a jamais fait couler le sang d'un homme.
L'apprenti resta muet. Il peinait à rabrouer toute l'émotion que ces mots avaient fait jaillir en lui, et tout ce qu'il put ressentir à cet instant fut de la reconnaissance. Cette lame n'était pas une arme à ses yeux, mais un cadeau, avec toute la valeur qu'il pouvait contenir. Pourtant, il n'eut pas le geste de la prendre, car à la fois, une douce tristesse l'avait prise. Il était triste de constater que l'on pouvait ainsi se méfier du monde et voir en lui un ennemi. Il était triste de constater également que leurs chemins se séparaient et que, s'il restait à l'Ombre, il devrait se battre pour cette Maison, ce qu'il ne voulait pas. Maximilian savait qu'il ne pouvait vivre seul. Mais il savait aussi qu'il ne pouvait vivre une vie de guerrier. Cette lame était un cadeau, mais peut-être un cadeau trop lourd à porter. Il symbolisait une existence à laquelle il souhaitait se refuser, une vision du monde qu'il ne pouvait partager. Et il espérait, lorsqu'il aurait l'âge d'Aaren, pouvoir à nouveau lui sourire, le regard empli de bienveillance, et lui dire qu'il croyait encore au bonheur. Si encore leurs chemins se croisaient à nouveau... il avait pris l'habitude de dire adieu à ceux qu'il rencontrait. Aaren n'attendit pas plus, il posa le poignard à ses pieds.
– Je vais rentrer chez moi, maintenant. Merci encore, Maximilian. J'espère qu'on se reverra un jour, et que ce sera en des temps de paix.
L'apprenti voulut répondre, mais ses mots se perdirent. Il eut voulu le retenir, mais à quoi bon ? Il l'avait dit lui-même, il valait mieux qu'Aaren ne s'attarde pas trop sur ces terres. Et puis, cela ne changeait en rien de d'habitude. Il avait appris à apprécier chaque instant passer auprès de ceux qui en valaient la peine sans se soucier de les revoir. À transformer tous ces êtres formidables en souvenirs. Et Aaren, tout comme eux, après l'avoir salué, se retourna et commença à partir. Maximilian le suivit des yeux. Il ne bougea pas, la lame à ses pieds était déjà presque oubliée, il se contentait d'attendre, silencieux. Mais le paladin s'arrêta. Et de nouvelles paroles s'élevèrent, enfin :
– Tu es quelqu'un de bien. Ne laisse personne te dire le contraire. Ne laisse jamais personne te prendre ton innocence, ni éteindre la flamme dans ton regard. Tache de continuer à croire en la beauté du monde et en la bonté des hommes, mais je ne t'en prie, ne laisse pas trop d'espoir t'aveugler. Les désillusions font parfois plus mal que toutes les blessures... Si un jour tu as besoin de quoi que ce soit, tu pourras toujours me demander. Je me fiche bien de ce que nos lois nous dictent, je me fiche bien des frontières. Sache que je serai là.
Simplement. Maximilian sentit son cœur se serrer. Il aurait aimé dire quelque chose, mais il savait que les mots ne serviraient à rien. Il pourrait lui dire, lui dire que des désillusions, il en avait déjà eu. Mais qu'à ses yeux, elles étaient des leçons de vie, un moyen d'aller de l'avant, encore et toujours. Que cet optimisme, c'était ce qui l'avait fait grandir. Que l'espoir ne l'aveuglait pas, il l'éclairait. Et que lui aussi serait présent. Que lui aussi était quelqu'un de bien. Il sourit. Son sourire était simple. À quoi bon s'alarmer d'un départ, finalement ? Il devait plutôt se féliciter d'une belle rencontre. Il espérait pouvoir apprendre à mieux connaître Aaren qu'il n'avait connu ses amis d'autrefois, ceux avec qui il n'avait partagé que quelques heures de vie, mais assez pour avoir su les apprécier. Ces quelques minutes aussi lui étaient précieuses, et il avait tendance à s'attacher vite.
Alors l'apprenti baissa les yeux sur le poignard, et, sans attendre plus longtemps, le prit et le coinça au niveau de sa ceinture. Un cadeau, oui. Il était certain que le sang ne coulerait pas sur cette lame. Il s'en fit le serment.

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