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 A tout ce que nous fûmes et serons [Likolo]

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: A tout ce que nous fûmes et serons [Likolo]   Mar 5 Nov - 0:18



Le siècle est mort
Mais puisque brûlent encore
Les soleils aux couleurs du sang
De nos amours



Quand les tambours fatigués ne battent plus
Que l'arrivée d'une autre guerre
D'un autre amour


A nos fragiles aux horizons pleurantes
Il parait que l'océan chante
Pour nos amours
Pour nos amours
J’ai trop cru en ceux qui, comme moi, comptaient trop sur les autres. J’ai tant pensé qu’ils –qui? Eux. Tous- détenaient la réponse. Quelle réponse? A quelle question? A quoi bon…

J’ai trop cru que revenir sur mes pas suffirait à les effacer.

J’ai trop cru que chaque coucher de soleil éteignait plus qu’une journée, une ère. Souvent celle de tristesse, souvent celle de deuils.

J’ai trop cru, trop été déçu. Des autres. Mais aussi de moi.


Et me voilà aujourd’hui encore, comme il y a longtemps. Me voilà sur mes terres, ombre parmi les miens, revenu comme je suis reparti. Sans véritablement y réfléchir. Sans véritable raison. Sans plus d’autre endroit où aller me tromper.



Il n’est pas facile de revenir sur ses terres quand on est parti depuis trop longtemps. On ne peut s’empêcher d’espérer que, quelque part, le temps nous aura attendu. Que les saisons n’ont changé que notre visage, qu’il n’y a que nous qui avons grandi. Mais la vérité, c’est que les années marquent les autres, parfois bien plus qu’elles ne nous affectent. Je devrais l’apprendre à mes dépends ce soir-là.

J’ai traversé les terres à découvert, suivant les chemins tracés. J’aurais pu sans doute passer par des routes moins fréquentées, mais je n’avais pas envie de m’aventurer chez moi comme un voleur, comme un simple solitaire. J’étais chez moi, autant m’y habituer.

Chaque pas que je faisais me rappelait mon enfance. Je m’étais si souvent éloigné, jusqu’à me perdre, à l’époque où Solitude était mon amie, et que la Nuit demeurait mon refuge. C’est ainsi que j’appris à connaître ces terres mieux que je ne connaissais le château.

Les paladins de garde ce soir-là ne mirent pas longtemps à me trouver. Ils étaient deux, un jeune et un plus âgé. Je connaissais ce dernier, mais ne reconnus pas le jeune. Peut-être n’était-il qu’un enfant lorsque j’étais parti. Quoi qu’il en soit, lui non plus ne me reconnut pas, et il m’aurait sans hésité sauté dessus si son aîné n’avait pas montré un tel calme dédaigneux en me voyant. Je tentai de lui expliquer que j’étais revenu, pour de bon cette fois, mais il refusa de me parler. Le plus jeune le bombarda de questions à mon sujet, en vain. Le silence seul accompagna notre marche jusqu’au château. Je me sentais un peu vexé d’être escorté jusque chez le Seigneur comme un prisonnier, mais après tout ce que j’avais fait, je n’osais rien dire. Il valait mieux pour moi jouer profile bas.

Arrivés devant les quartiers du Seigneur, l’aîné ordonna au plus jeune de déguerpir. Je me retrouvai seul avec le paladin. J’osai lui demander qui était le Seigneur actuel, me demandant si j’allais retrouver la jeune fille d’Ensablée, mais au lieu de me répondre, il m’injuria et m’annonça que si le Seigneur acceptait de me reprendre, il se débrouillerait lui-même pour m’éliminer. Après quoi il me cracha aux pieds et s’en alla sans demander son reste. Je restai un moment immobile, l’air interdit. Méritai-je d’être traité ainsi ? Je n’étais après tout qu’un traître. Un instant, je pensai renoncer, rebrousser chemin et ne jamais revenir. Il n’avait pas tord, après tout. Même si le Seigneur m’accordait le pardon, je ne serais plus jamais un membre à part entière de la Maison. Qui m’accepterait encore comme l’un des siens après tout ce que j’avais fait ?

Mes pensées s’envolèrent vers Aby, vers mon étoile, mon autre moi. Je dois avouer avec honte avoir prié pour ne pas la croiser sur le chemin. Que pouvais-je lui dire ? Me croirait-elle si je lui disais que je l’aimais toujours ? Avait-elle vraiment besoin de savoir que je ne regrettais pas mon départ ? Qu’elle ne me complétait pas, que seul mon frère était capable de combler le vide de son absence ? Qu’aurais-je pu lui dire qui l’aurait sauvée ? Je ne me sentais pas l’âme d’un père, et je ne voulais pas savoir ce qu’étaient devenus mes enfants. Je ne voulais d’ailleurs pas accepter leur existence. Aby était Augure, avais-je brisé sa vie en lui faisait un enfant alors même que ça lui était interdit ? Était-elle seulement revenue ?

Je tentai de me reprendre. Je ne devais pas m’en inquiéter dans l’immédiat. Je n’aurais d’ailleurs peut-être bientôt plus jamais à y penser si le Seigneur décidait de me renvoyer à mon exil. Prenant mon courage à deux mains, je frappai à la lourde porte, et attendis le signe qui m’autoriserait à rentrer. J’entendis une voix grave me répondre, et en déduisis que ce n’était plus la fille d’Ensablée qui régnait sur ces terres. Qui, alors ? Une bribe de souvenirs s’accrocha à ma mémoire, tenta de délier un signe de reconnaissance… puis s’évapora. Je me décidai à entrer.

Il faisait chaud à l’intérieur. Un feu de bois brûlait dans l’âtre, diffusant une lumière accueillante. La pièce était modestement meublée, attestant un besoin plus pragmatique que de luxure. Au fond de la pièce, le dos tourné, se tenait le Seigneur, que je reconnus immédiatement à sa chevelure rousse. Un flot de souvenirs s’imposèrent à moi. Je crois que jamais je ne fus aussi heureux de le voir. Il n’avait encore relevé la tête, ne m’avait pas encore aperçu. Je n’avais plus peur, je savais qu’il m’accepterait, je savais qu’avec lui tout s’arrangerait. Il m’aiderait à me refaire une place. Je n’eus pas à réfléchir longtemps pour savoir quoi dire. Je me rappelais parfaitement de notre première rencontre… Je cueillis dans ma mémoire les premiers mots que je lui avais offerts, et les prononçai à nouveau, une pointe d’ironie dans la voix :

« - Ne veux-tu pas cesser de souffrir, Présence ? Ta mélancolie est tellement vibrante qu'elle chante des fausses notes dans le chant silencieux de la Nuit. »

J’ignorais alors combien, cette fois encore, mes mots tombaient justes.
J'ajoutai, sans attendre de réponse :

« - Je suis heureux de te revoir, Présence. Tu vois, je suis revenu, finalement. »
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Likolo du Miel
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MessageSujet: Re: A tout ce que nous fûmes et serons [Likolo]   Jeu 7 Nov - 3:57



« Ce ne sont pas les circonstances de la naissance qui importent, mais c'est ce que l'on fait du don de la vie qui détermine qui l'on est. » - Mewtwo.

    Les quartiers du Seigneur. Débauche de luxure et d'antiquités, souvenirs des temps révolus. Un lit double drapé de soie trônait dans le peu d'espace, aux côtés d'un bureau en vrac d'encre et de papiers froissés, jamais lus, d'une petite bibliothèque personnelle, d'armes rouillées, de tableaux et de brocs. Étranger, un homme se tenait en son centre. Il possédait une aura ample et triste, vêtu d'une armure de cuir et de tissu. Une sorte de lumière vide émanait de lui, bienveillante, puissante, et ternie par le poids des années. Il évoquait un sage et vieux soleil par sa barbe cuivrée et ses yeux de miel. Son regard se perdait dans la pièce lourdement meublée.

    Likolo du Miel devenait le nouveau Seigneur de la Maison du Vent. Depuis sa nomination, il avait passé le plus clair de son temps à proximité de ses paladins. Il se fondait parmi eux pour mieux les guider, souriant et fort, parcourant les terres pour la chasse ou les patrouilles comme leur égal. Pas un jour ne passait sans qu'il n'ait à remplir ses nouveaux devoirs de roi. Et, protecteur, il les aimait tous.
    Il ne pouvait cependant pas toujours éviter la solitude.
    Ce moment en était un. Immobile, main sur la paume de l'épée longue à sa hanche, il contemplait cette chambre remplie des objets ayant appartenu aux autres Seigneurs avant lui. Des sentiments contradictoires l'envahissaient. De la fierté de se tenir, solennel et honoré, là où ces grands rois s'étaient tenus, oui, mais pas seulement. Dans cette empreinte des nobles se trouvait comme la nuance de ce qu'il n'était pas et ne serait jamais. Sa mémoire perdue lui retirait les noms et les visages. Comment ne pas se sentir étranger dans ces quartiers remplis de l'histoire de la Maison du Vent ? Comment ne pas se sentir intrus lorsque tout ces objets désorganisés semblaient vide de sens, de valeur sentimentale, de souvenirs ?

    Il se glissa lentement entre les livres jaunis étalés au sol et la chaise poussée au milieu, pleine de poussière. De vieilles cendres achevaient de se dessécher dans l'âtre ancien. Depuis la fenêtre, un pâle soleil matinal éclairait le tout d'une lumière irréelle. Likolo, toujours en vadrouille dans les terres de la maison, avait jusque là soigneusement évité de dormir dans ses quartiers. Ce matin-là, aucun devoir de chef n'occupait son attention. Il se trouvait seul dans le silence du monde, enfermé à l'intérieur d'un espace étroit et glacé, entouré de meubles inanimés et indifférents. Un sentiment vint se nicher au creux du ventre de Likolo pour s'y lover amèrement : la Solitude. Il lui semblât que cette douleur lui fut familière. Ainsi sa vie passée dût-elle être emplie de nombreuses batailles autant que de nombreux vides.
    Cette pièce fourmillante lui rappelait cruellement qu'il était isolé. Sans famille, sans mémoire, sans piliers. Cela ne l'affectait pas lorsqu'il se trouvait dans les grands espaces, dans les plateaux verts balayés par le vent, sa maison, ses terres véritables. Mais ici, il comprenait soudain qu'il n'était plus rien. Il faisait face au vide de sa mémoire. Pas un flash, pas une image, rien.

    Sauf le visage de cette femme aux yeux de saphir.
    Cela aussi, ça n'avait plus de sens.

    Il caressa le bureau en bois de chêne, passa ses doigts rugueux à la surface encore douce d'un parchemin froissé, tâché d'une ancre craquelée. Son frère lui manquait. Kuman de l'Ambre, fou et meurtrier, restait son seul et unique frère de sang. Likolo aurait aimé pouvoir compter sur lui. Au lieu de cela, il devait sans cesse le veiller et garder un œil attentif. Ils étaient jumeaux. Likolo pouvait sentir la mélancolie de Kuman. Et ce dernier pouvait aisément lire en Likolo. Quant à ce qu'il y trouvait, le Seigneur l'ignorait, et ne souhaitait pas l'apprendre.
    Il avait tiré un trait sur son passé et tout ce qui l'y rattachait.
    Pris d'une détermination soudaine, il balaya brusquement les parchemins et les pots d'encres sur le bureau de bois. Dans des crissements de papier et des fracas d'argile, ces vieux objets volèrent en tout sens tandis qu'il nettoyait complètement le bureau. Bientôt, ce dernier fut neuf, propre, et vide.

    Likolo débarrassa ainsi la chambre entière et la vida.

    Tout y passa. Le lit fut retiré pour un sommier simple de draps rouges pour une personne. Il rangea les livres, nettoya la pièce, fit enlever les tableaux et les meubles superflus. Lorsque rien ne resta que la petite bibliothèque, le bureau et le sommier, il alluma un feu paisible et rassurant dans l'âtre. La nuit était tombée. Une douce lumière chaude se diffusait dans la pièce sobre et neuve. Debout devant la fenêtre, tournant le dos à la porte, Likolo souriait aux étoiles. Désormais, il était de retour chez lui. Peu importait ce qu'il fut autrefois. A l'image de cette chambre, sa mémoire vidée, propre, sobre. Accueillante et chaude aussi comme ce feu dans l'âtre. Par cette brisure en lui, il était de nouveau un homme. Réparé par l'oubli.
    Il n'avait pas besoin de souvenirs pour exister.
    Pour exister vraiment.

    « Ne veux-tu pas cesser de souffrir, Présence ? Ta mélancolie est tellement vibrante qu'elle chante des fausses notes dans le chant silencieux de la Nuit. »

    Muscles tendus, il serra les dents et sa main se crispa sur la paume de son épée. Il n'avait pas entendu l'un des siens s'approcher. Lentement, il se retourna et dévisagea l'inconnu d'un air impassible - au final, ce n'était pas quelqu'un qu'il connaissait. Likolo se détendit quelque peu. Le jeune homme qui se tenait devant lui, cheveux noirs bouclés et yeux verts doux, ne semblait pas hostile. Pourquoi de telles paroles alors, une telle ironie légère dans la voix ? Likolo détailla davantage l'étranger. Son corps mince semblait taillé pour la chasse, sans n'avoir vécu d'autres batailles que celles qu'imposent la tristesse de la vie. Il semblait s'accrocher au Seigneur comme une ultime lueur d'espoir. Likolo ne sur lui rendre cet éclat dans le regard. Il se contenta de lui sourire doucement, compréhensif, se doutant déjà de la suite.

    « Je suis heureux de te revoir, Présence. Tu vois, je suis revenu, finalement. »

    Une nouvelle fois, son passé revenait à l'assaut alors qu'il pensait l'avoir jeté par la fenêtre. Encore une de ses anciennes connaissances dont il ignorait désormais tout. Ce fut d'abord Shaé des Abysses, puis l'Anonyme Vagabonde, et maintenant ce jeune homme.

    Likolo garda un sourire doux, accueillant, compréhensif. Triste aussi.

    « Navré. Je ne souffre plus. Sans que je ne sache pourquoi, je ne possède plus mes souvenirs. J'ignore si vous m'avez connu, comment, pourquoi. Et je ne désire pas en être informé, à moins que cela ne revête d'une importance capitale pour l'avenir de la Maison du Vent. J'en suis le Seigneur, désormais. »

    Likolo plongea son regard de miel dans les yeux verts de l'étranger.

    « Si vous voulez vous adresser à moi en tant que tel, en revanche, je suis à votre écoute. »

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Aaren Des Mystères
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MessageSujet: Re: A tout ce que nous fûmes et serons [Likolo]   Jeu 7 Nov - 22:34

On n’oublie jamais un être aimé.


Son expression. Son regard vide, un peu triste, un peu désolé. Sa posture, désintéressée. Tout en lui démontrait une simple curiosité face au premier inconnu. Ce n’était pas Présence que j’avais en face de moi, mais sa seule carcasse évidée. Son indifférence me fit l’effet d’une douche glacée. Il y a avait trois personnes au monde qui comptaient pour moi. J’en avais trahi une, le second m’avait trahi. Le dernier m’avait désormais abandonné. Oublié. Rayé de sa mémoire, de son passé. Je cherchai désespérément de traces de coups, des blessures graves à la tête qui auraient justifié l’amnésie. Rien. Pas la moindre bosse. Pas la plus petite cicatrice. Une seule explication possible : cet oubli, il l’avait choisi.

« Navré. Je ne souffre plus. Sans que je ne sache pourquoi, je ne possède plus mes souvenirs. J'ignore si vous m'avez connu, comment, pourquoi. Et je ne désire pas en être informé, à moins que cela ne revête d'une importance capitale pour l'avenir de la Maison du Vent. J'en suis le Seigneur, désormais. »


J’aurais voulu le frapper pour effacer ce sourire niais, faussement compréhensif dont il s’était masqué. Il ne comprenait rien, ne comprendrait plus. Il était mon espoir, ou plutôt j’étais le sien. Espoir. C’est ainsi qu’il m’appelait. Je n’en avais plus rien aujourd’hui.

« Si vous voulez vous adresser à moi en tant que tel, en revanche, je suis à votre écoute. »

Il avait plongé son regard dans le mien. Je le maintins sans ciller. Je cherchai dans ses éclats d’or la force de pardonner. Encore. Qu’est-ce qui avait bien pu faire de lui un tel gâchis ? Il n’avait plus du soleil que le pâle reflet, et le rayonnement qu’il dégageait autrefois, rassurant, protecteur, n’était plus que lueur courageuse, comme la flamme d’une bougie au milieu de ténèbres grandissantes. Il avait du souffrir, bien plus que moi je n’avais souffert. Quel droit avais-je de le juger ? Je tentai de me raisonner, mais malgré tous mes efforts, je ne parvins pas à lui pardonner. Un seul mot vibrait dans ma tête : le qualificatif que je m’étais si tristement trouvé lui allait désormais aussi bien qu’à moi : lâche. Je me remémorai nos rencontres dans la nuit, nos vagues discussions, le partage silencieux. Que peut-on partager avec une boîte ? Il aurait pu tout aussi bien être fait de carton, je n’aurais pas vu de différence.

« Mon Seigneur, commençai-je avec un ton emplis de sarcasme. Veuillez pardonner mon impudence ! Il n’était pas de mon intention de… »

Je m’arrêtai dans un soupir. Je n’avais jamais joué de rôle, je n’allais pas commencer. Je l’observai à nouveau, plus attentivement. Il avait vieilli. Pas dans son corps, non, ce dernier était plus robuste qu’avant, plus fier aussi. Ses nouvelles fonctions lui allaient bien. Mais sur son visage, on pouvait percevoir des changements subtils qui indiquaient que des épreuves lourdes comme des années étaient passé. Ses joues s’étaient creusées, ses yeux avaient perdu de leur éclat. Je me sentis triste pour lui. Triste pour ce passé qu’il reniait. Triste pour tous ceux qui devaient l’aimer, tous ceux qu’il avait déçus.

Je m’assis au sol, habitué, contre un mur, et repliai mes genoux contre mon corps. Epuisé, je laissai mon visage disparaître entre mes mains. Les yeux fermés, je me mis à réfléchir. Je n’avais plus que lui. Je ne pouvais pas l’abandonner. Il m’avait sauvé, le jour où nous avions fui nos terres. Il m’avait pris dans ses bras, porté, rassuré.

Je relevai le visage vers mon Seigneur, un pâle sourire aux lèvres, et me mis à parler :

« - Je vais te raconter une histoire, jeune Seigneur. C’est l’histoire d’un jeune paladin, appelons-le… Présence. Parce que c’est ce qu’il était pour un enfant. Cet enfant, disons qu’il s’appelait Espoir. Parce que c’est ce qu’il était pour le paladin. Imagine une nuit, pleine d’étoiles, la lune brillant dans leurs yeux respectifs. Imagine cet enfant, perdu dans sa solitude, pensant à son frère perdu, et imagine ce paladin, rêvant de la Nuit qu’il aimait. C’est là que se passe cette histoire. Entre deux rêves. Dans la rencontre de ces deux êtres liés par leur amour pour la Nuit, et leur peur de la trahison. Présence souffre, et Espoir craint de grandir. Et ils se trouvent, l’un l’autre, partagent tant de silence, partagent tout ce qui ne se dit pas, tout ce qu’ils ne comprennent pas, mais qu’ils s’offrent malgré tout. Mais cette histoire ne se finit pas bien… parce que plus tard, l’Espoir finit par grandir, a devenir ce qu’il craignait devenir, mais il y a pire… La Présence est devenue une Absence. Jusque dans son propre corps, jusqu’à dans sa tête. »

Je marquai une pause. Je n’attendais pas de miracle, je ne m’attendais pas à ce qu’il se souvienne de moi. Je voulais juste… lui raconter. Lui dire qu’il y avait aussi du beau dans cette vie de laquelle il s’était détourné.

« - Tu sais, tu étais un héros pour moi. Tu m’as sauvé, un jour… Tu m’as porté sur un long trajet, dans les marécages, dans la boue dans laquelle j’avais bien failli me noyer. Je n’oublierai jamais ce jour… Et aujourd’hui, tu es le héros de tout ton royaume, mais tu n’es plus le mien. Tu n’es plus grand-chose… Qu’est-ce qu’un homme sans souvenir, Absence, y as-tu réfléchi avant de choisir de tout oublier ? As-tu pensé à tous ceux que tu faisais souffrir ? »

Je me relevai, soupirant à nouveau et, le regard baissé, la voix lasse, j’ajoutai :

« - Je suis parti pour la seconde fois, et pour la seconde fois je viens demander au Seigneur du Vent de me reprendre. Je suis né sur ces terres, je suis Aaren Des Mystères, et j’appartiens à la Maison du Vent. Je m’en suis trop longtemps détourné. Je regrette d’être parti. Je serai fidèle, si vous acceptez, mon Seigneur, de me reprendre. Je me battrai si vous me demandez de me battre, et je chasserai à engraisser nos enfants, je suis un excellent chasseur, mon Seigneur. Je saurai me rendre utile, si vous m’accordez votre pardon. »
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Likolo du Miel
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MessageSujet: Re: A tout ce que nous fûmes et serons [Likolo]   Ven 8 Nov - 18:01



There's no going back.

    Likolo observa silencieusement. Schéma éternel d'une frustration face à son amnésie qu'il ne pouvait pas leur enlever. L'amertume causée par la perte des souvenirs était comme étrangère à Likolo, mais chaque rencontre de son passée semblait la vivre à sa place. Combien encore de liens vides de sens l'attendaient au dehors ? Combien encore de ces scènes de déceptions qu'il devrait infliger ? Il soupira. Il aurait voulu simplement pouvoir vivre sans qu'on ne revienne le chercher à chacun de ses pas vers l'avenir. Il assumerait, cependant. Ces personnes devaient autrefois tenir à lui. Il resterait auprès d'elles jusqu'à ce qu'elles comprennent qu'il n'était plus rien de ce qu'il avait été - du moins, rien de leurs anciennes relations.
    Aucun retour en arrière possible. Il fallait aller de l'avant et construire de nouvelles choses.
    Dans les ruines de sa mémoire, cette brisure vide étincelante, il s'était dressé en tant que Seigneur du Vent. Fragile fil d'identité et pourtant force lumineuse du soleil qu'il devenait. Quelles que furent ces blessures et ces souffrances partagées qu'avaient mentionnées l'Anonyme Vagabonde, il n'en gardait qu'une poussière de rêves évanouis. Il ne faisait plus de cauchemars depuis des semaines. Le seul réel vide dans sa vie restait l'absence de son frère, Kuman de l'Ambre. Il ignorait pourquoi le seul lien passé qui comptait pour lui semblait être ce frère sanguinaire et meurtrier.
    Kuman fut le premier à le trouver au réveil.

    Kuman fut le seul à ne pas porter de jugement. Dans ses yeux verts piqués de pointes d'ambre, Likolo ne trouva qu'intérêt mêlé de folie. Kuman le voyait vraiment. Lui, tel qu'il était maintenant ; et pas comme le fantôme de ses souvenirs perdus.
    Il irait chercher son frère à la suite de cet entretien. Après tout, il se devait de garder un œil sur lui.

    Alors que le jeune homme s'asseyait contre un mur, perdu dans des réflexions inaccessibles, Likolo se posa doucement sur le sommier. Il ne pipa mot, puissance tranquille et patiente. Il attendait. Il ne savait pas quoi exactement ; mais ça ne saurait tarder. Il lui semblât connaitre la fougue de la jeunesse. Lorsque l'étranger releva les yeux vers lui, Likolo était prêt.
    Il écouta l'histoire sans dire un mot. Une Présence et un Espoir. Conte de temps révolus. Beaux, mais achevés. Beaux car achevés. Likolo perdit son sourire pour prendre une expression sérieuse et profonde.

    « J'espère ne jamais devenir un héros, pour personne. Ils finissent toujours par souffrir.
    En revanche, je suis le Seigneur de la maison, frère de Kuman de l'Ambre. Mes terres sont ici. Les hauts plateaux, le souffle sauvage et libre du vent, l'aigle qui chasse dans les plaines. Tout cela désigne qui je suis. Qu'est-ce qu'un homme sans terre, Aaren ? N'est-ce pas autant qu'un homme sans souvenirs ?
    Mes origines se trouvent ici. Dans chaque respiration des paladins, chaque pierre de ce château, chaque brin d'herbe. Peux-tu en dire autant ?
    Où es ta maison, Aaren des Mystères ?
    Qui es-tu vraiment ? »


    Il n'avait aucun pardon à accorder, aucune hésitation à avoir, la réponse lui semblait évidente. Il voulait simplement savoir : accueillait-il un membre de la Maison du Vent ou un homme sans terre hanté par des Absences ?


[Pff, désolée, c'est carrément nul... J'avais vraiment écrit un RP super long, j'étais plutôt fière... et il s'est effacé...]

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MessageSujet: Re: A tout ce que nous fûmes et serons [Likolo]   Ven 8 Nov - 20:24

Les héros finissent toujours par souffrir. La phrase se mit à battre au fond de moi, vibrante d’injustice et de cruelle vérité. Dans quel monde vivais-je ? Je pensai à toutes ces histoires qu’on m’avait racontées, à tous ces héros sacrifiés. Présence lui-même n’était pas heureux, je me souvenais encore du poids que lui pesait la douleur des autres. Il prenait tout en lui, et aurait donné sa vie sans hésiter si cela pouvait rendre une personne heureuse. Je réfléchis sincèrement à ce qu’il venait de me dire. Qu’avais-je à juger, après tout ? S’il était plus heureux ainsi, qu’y avait-il de mal à cela ? Et pourtant… Quelque chose n’allait pas dans ce raisonnement. Un aspect, simple, qui faisait toute la différence entre la justice et l’injustice. Si j’étais égoïste à désirer qu’il restât le même, peu importe son malheur, pour moi, si nous étions tous égoïste à l’aimer tel qu’il était et à refuser qu’il s’éteigne de cette manière, que dire de lui, qui, en prenant la décision de nous oublier, nous abandonnait, de la manière la plus lâche qui soi : sans se retourner, sans plus rien nous devoir, nous rayant simplement de sa réalité, de son histoire, de son identité. Je me trouvais face à un paradoxe qu’il m’était impossible de résoudre. Quel que soit le héros dans l’histoire, l’autre serait incontestablement l’égoïste. Il avait choisi pour nous. Mais dans son choix, il n’y avait aucun héros, il n’y avait qu’un égoïste. Non. C’était trop facile de penser ainsi. Il y avait une personne qui souffrait, tellement, qu’elle décida d’abandonner toutes ses certitudes, tous ses souvenirs, bons et mauvais, et de, sans état de conscience, tout reprendre à zéro. Je me confrontai à l’énormité du choix. Qu’est-ce que c’était de décider ne plus reconnaître ses propres enfants, sa propre femme ? Présence avait-il eu une femme ? Je l’ignorais. Des rumeurs avaient un jour couru sur une paladine de l’ombre dont il s’était épris, mais je n’en savais pas plus. L’on disait d’elle qu’elle était folle, et qu’elle avait fini par mourir sous les yeux de son amant. J’ignorais bien sûr sa réapparition miraculeuse, amnésique elle aussi, sinon, j’aurais certainement fait le lien à ce moment-là.

Qu’est-ce qu’un homme sans terre ? Tant de choses, me dis-je. J’avais été un homme sans terre, j’avais été un homme avec une femme, j’avais été un enfant avec un frère, et j’avais été cet homme bien plus que je n’avais été un paladin du Vent.

« - Je ne forge pas mon identité sur les lieux où me porte mon destin, répondis-je après réflexion. Je la forge selon les personnes auxquelles je tiens. Je fais partie des autres, ils font partie de moi, et je laisse dans chacun une part d’identité, comme je prends des autres une part de la leur. J’ai une part de toi en moi, Présence, mais toi, tu as perdu la part de moi que je t’avais donnée. En décidant de disparaître, tu as pris quelque chose qui m’appartenait, et je disparais un peu avec toi. Mon frère, également. Il est parti alors que je lui avais donné de moi la moitié de mon être, il est parti, et il a emmené une moitié de moi. Je ne vais pas te mentir, en rentrant ici, j’espère le retrouver. Peut-être aurais-tu entendu parler d’un certain Pirate, sait-on jamais… »

Je marquai une pause, repensant à mon frère. Je lui avais tant donné… J’avais véritablement l’impression d’être amputé, sans lui, et j’espérais me reconstruire. J’espérais qu’en rencontrant d’autres personnes, peut-être, je me remplirais d’eux, et comblerais le vide.

« - Je t’accorde que ce n’est pas la meilleure méthode. Les terres sont stables, elles ne sont ni loyales, ni déloyales, elles ne te trahiront pas. Si tu places ton identité en elles, tu la retrouveras à chaque fois que tu rentreras chez toi. Mais j’aime l’idée d’être fait des autres, de ce qu’ils m’ont apporté, de ce qu’ils m’ont enlevé aussi. Mes souvenirs sont ce qui me raccorde à eux, et même quand on m’aura tout pris, on ne pourra jamais m’enlever ces images. Je suis parti sur d’autres terres, et celles-ci m’ont manqué. Mais ce n’est pas mon identité que je suis venu chercher. C’est un nouveau départ. »

Je repensai à mon étoile, et me demandai ce que je lui avais pris en partant. Elle m’avait tant donné, et pourtant ça n’avait pas suffi. Comment avais-je pu être encore incomplet avec tout ce qu’elle m’apportait ? Son amour valait mille soleils, elle me comblait de joie et de bonheur et pourtant… Et pourtant je l’avais abandonnée. Je regardai Absence dans les yeux, me demandant si à lui aussi il lui était arrivé quelque chose de semblable, et une lueur de compréhension vint s’allumer en moi.

« - Tu veux savoir qui je suis. Je suis Aaren, fils du Vent. Je suis né sur ses terres, j’y ai grandi. Je fus nommé apprenti, l’on m’apprit les règles, la chasse, le combat et les règles de la Maison, et je fus nommé paladin. Ma maison est dans le cœur de mon frère et dans celui de ma bien-aimée. Mais j’ai perdu les deux, et lorsqu’un homme est perdu, il retourne à ses origines et reprend tout à zéro. C’est ce que tu as fait, n’est-ce pas ? »

Je soupirai, incapable moi-même de comprendre où je voulais en venir, m’embrouillant dans mes propres pensées. Je refusais d’admettre qu’il avait raison, que ses terres suffisaient. Je refusais d’admettre qu’un passé pouvait être si facilement balayé, que l’on pouvait si facilement oublier, sans que ça ne nous fasse le moindre mal. Je refusais d’admettre compter aussi peu à ses yeux.

« - Tu n’aimais pas être un héros non plus, à l’époque, ajoutai-je finalement. Mais tu ne pouvais t’en empêcher, et tu en souffrais. Je suis heureux que tu aies trouvé ta place, mais triste que ce soit au détriment des autres. Tu étais un homme noble, pure, simple, et tu dois certainement faire un grand Seigneur. Je serai honoré de te servir, c’est la vérité. Dis-moi seulement une chose, Absence… réponds à cette dernière question et, si tu réponds dans la négative, je n’aborderai plus jamais le sujet avec toi, je sortirai de cette pièce, sans me retourner, et j’apprendrai à te connaître à nouveau. Si tu réponds non, j’accepterai une bonne fois pour toute ta décision. Et si tu réponds oui… Je ne sais pas encore. »

J’inspirai un grand coup, me demandant pourquoi j’insistais à ce point, pourquoi j’avais tant besoin de savoir, puis je posai cette question qui me brûlait les lèvres :

« - N’as-tu donc aucun regret, Absence ? Ne regrette-tu pas, même un tout petit peu, ton passé ? N’as-tu pas, quelque part au fond de toi, un sentiment d’être incomplet ? »
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MessageSujet: Re: A tout ce que nous fûmes et serons [Likolo]   Dim 10 Nov - 2:27


« Long, is the path ahead
and though my body tires
and I have far to go

Home, I'm making my way home
my mind's already there
yes my mind is

Light. »


    Likolo passa la main dans ses cheveux roux, soudain fatigué. Ce jeune paladin se révélait plein de ressources et de questions. Et le Seigneur n'était pas certain de vouloir y répondre. Depuis son réveil, il ressentait au fond de lui le besoin impérieux de ne pas en savoir davantage que nécessaire. Kuman avait accepté cela. Kuman était resté près de lui, silencieux, attentif, jusqu'à ce que Likolo se reconstruise. Les raisons malsaines qui poussaient son frère à agir de la sorte importaient peu, au fond. Seules comptaient ses actions. Il n'avait fait de mal à personne depuis que Likolo le côtoyait. C'était même le contraire. Likolo eut un sourire triste face à l'ironie du sort. La Présence, c'était Kuman. Ce frère jumeau certes fou mais qui ne l'avait pas lâché de son regard d'Ambre. Était-ce une bonne ou mauvaise chose ? Sûrement mauvaise. Cependant, c'était la seule à laquelle Likolo pouvait se raccrocher. Maintenant qu'ils prenaient une distance tacite, due au face à face avec l'Anonyme Vagabonde, Likolo se retrouvait seul avec ses pensées.
    Presque seul.
    Il plongea ses yeux de miel dans le regard d'espérance d'Aaren. Qu'attendait-il de lui ? Une réponse positive, des regrets, une envie de savoir ?
    Likolo ne pouvait rien lui donner.

    « A mon tour de te raconter une histoire, jeune Aaren.
    Il était une fois des yeux qui s'ouvrent sur le monde. Un feuillage traversé par les rayons du soleil et doucement caressé par le vent s'étend au-dessus de lui. L'homme est allongé, seul, au milieu d'une forêt paisible et lumineuse. Des senteurs boisées se glissent sur son visage et lui tirent un sourire. Il aime instantanément cet endroit chaud et agréable. Murmures et bruissements. Tout n'est que silence et arabesques dorées filtrées par les arbres.
    Il reste étendu sans pouvoir bouger. Son corps ne lui répond plus. Peu importe : il est heureux. Il semble renaître dans la douceur de cette clairière. Aucun souvenir, aucune image, aucun nom n'afflue à sa mémoire. Il n'est pas troublé par l'absence d'identité. Au contraire. Il a le sentiment que c'est mieux ainsi. Sans savoir pourquoi, sans savoir comment, sans même désirer comprendre. Le temps n'a plus d'emprise. Étrange comme l'engourdissement physique le plonge dans une euphorie tranquille.
    Vient alors la douleur. D'abord picotements pâles, elle dévore peu à peu ses jambes et ses bras. L'homme sent que son corps se réveille. Il sait que des blessures internes l'ont brisé. Il sait que la mort ne l'a néanmoins pas pris. Il a survécu. Pourquoi a-t-il survécu ? Pourquoi a-t-il frôlé la mort ? Il l'ignore. Il pense qu'il vaut mieux pour lui ne pas savoir. Comme un murmure, comme un secret, le vent caresse son visage. "Ne pas savoir. Oublier. La mort recule."
    Un hurlement déchire l'harmonie de l'endroit.
    L'homme hurle. Sa douleur explose par tous les pores de son corps meurtri. Sais-tu ce qu'est la souffrance, Aaren des Mystères ? La pure souffrance physique, assoiffée de ton agonie, enivrée de ton supplice, prison de tes larmes. Il n'est d'autre existence. Le monde n'est que souffrance. L'homme est seul face à la cruauté de son sort. Qui peut lui dire pourquoi il souffre tant ? Qui peut lui donner une raison pour autant de douleur ? N'est-il pas de plus grande injustice ? Il a essayé de comprendre. Il a essayé de se souvenir. Mais il ne trouve aucune raison à son malheur. Il ne trouve même pas de visage rassurant pour le consoler. Il pleure et il maudit les arbres pour leur passible indifférence ; faute d'avoir ne serait-ce qu'un nom à haïr.
    Il s'endort épuisé de douleur.
    Lorsqu'il rouvre les yeux, le soleil s'est éteint et la nuit angoissante referme ses ténèbres sur la clairière. Il est toujours seul. Et la solitude, sais-tu en parler, Aaren ? Je pense que oui. Tous les hommes connaissent la solitude. Au fond, tout ce que nous recherchons, c'est un peu de compagnie pour combler nos vies. Tu me parles d'absence quand le monde entier n'est qu'un vide. Voilà la raison de ton désir de fonder ton identité sur les rencontres que tu fais. Peut-être qu'ainsi tu trouves un sens à ce vide dans leurs présences, ou même dans leurs absences. Cela te donne une raison d'exister comme mes terres m'offrent une raison de vivre. Mais revenons à mon histoire.
    L'homme allongé observe les feuilles sombres danser dans l'obscurité. Une brise fraîche l'effleure. Peu à peu, ses sens lui reviennent et la douleur reflue. Il se demande où il est. Qui il est. Pourquoi se trouve-t-il à demi-mort dans un endroit de silence et de solitude. C'est alors qu'un craquement résonne dans les bois alentours. D'espoir, ses yeux se tournent vers la source du bruit. De l'orée surgit ce qui sera à la fois son miracle et sa malédiction.
    Kuman de l'Ambre. Mon propre frère.
    Un homme grand, arrogant, aux yeux verts piqués de pointes d'ambre, vêtu de cuir pourpre aussi sombre que ses cheveux bruns-roux. Souffrance. Solitude. Mélancolie. Son visage devint pour moi la marque de mon salut. Il s'assoit près de moi, me jauge, m'examine ; ce sourire ironique toujours faussement juché sur ses lèvres. Je suis capable dès les premiers instants de lire en lui. Malgré ce dédain qu'il affirme par les gestes, il est hautement troublé. Je suis son frère jumeau. Tu devrais être mort, murmure-t-il ; oui, c'est aussi ce que je pensais, lui ai-je répondu.
    Kuman a pris soin de moi. Je t'ai dit que je fus capable de lire en lui. Alors je savais. J'ai appris à le connaître, de ses pulsions sanguinaires à sa mélancolie, en passant par la profonde haine qu'il nourrissait. Il avait tout perdu. Son mentor, Zafir, mort. Notre mère adoptive, Olympe des Cerisiers, morte. Il ne m'expliqua pas la dernière perte mais je le sentis dans son regard. Ainsi, Kuman était capable d'aimer. Je me demanda vers qui portât l'amour d'un être si rempli de rancœur et de folie. Je me posa aussi cette question de savoir si cette mort de l'être cher n'était pas la cause de toute cette folie. Et si tout n'était pas perdu ? Si je parvenais à ramener l'once d'humanité dans le cœur de mon frère. S'il apprenait à compter sur moi ?
    Un frère n'est-il pas toujours un frère ?
    Il m'a soigné, éduqué, silencieux mais attentif, railleur mais présent. Il me haïssait, oui. Je pouvais le sentir. J'aurai voulu savoir pourquoi ; je n'osais poser la question de peur de briser la paix précaire qu'il m'accordait. Je n'étais pas non plus curieux de découvrir notre passé. Connaître ces douleurs, ces souffrances, aussi terribles que l'état de pure torture physique dans lequel je m'étais réveillé, ne me tentait guère. Notre chemin semblait tracé dans les morts et les absences. Et si la folie de mon frère était aussi la mienne ? S'il était bel et bien ma vérité ? Nous sommes jumeaux. Il est mon miroir. Si je suis la lumière et qu'il est l'ombre, je sais que les souvenirs m'expliqueront où se trouve ma part de ténèbres.
    Mais l'histoire n'est pas terminée. Je n'ai pas voulu en savoir plus que nécessaire sur notre passé, toutefois Kuman m'a parlé des Maisons. Il m'a enseigné les us et coutumes de la nôtre. Lorsqu'il estima que je fus prêt, il m'emmena sur les terres du Vent. J'en tomba amoureux, Aaren. Je ne sais pourquoi. Mais ce canyon immense, ces rapides sauvages et indomptables, ces plaines vertes sans autre limite que l'horizon... N'est-il pas de plus belle incarnation de la liberté ? J'écartai les bras, cueilli par une bourrasque folle, lançait mon sourire au ciel. Derrière moi, Kuman se moquait. Il ne peut pas comprendre. Il a oublié le bonheur simple d'un cadeau de la nature. Je le plains, tu sais : tellement obnubilé par le passé qu'il ne peut lever les yeux vers le présent.
    Ainsi suis-je entré dans la Maison du Vent, accompagné par mon jumeau. J'ai aimé chacun de ses paladins et chaque parcelle du château. Je ne sais si tu peux encore comprendre, toi errant, qui a dû voir tant de terres différentes. Pour moi, cet endroit est ma maison. Je te l'accorde, il faut quelqu'un qui t'attend pour être heureux de rentrer chez soi.
    Mais moi qui n'avait rien, j'obtenais enfin quelque chose, tu comprends ? Le droit d'exister en ces lieux. Le droit de m'y sentir chez moi. Et je m'épanouissais sur ces terres, je m'y réparais, ces grands espaces devenant la grande part de mon identité. On ne pourra pas m'enlever ce sentiment. Cet attachement profond aux ancêtres dont, par naissance dans cette Maison, par loyauté envers ce territoire, je suis le descendant. Réponse à qui je suis. Enfin. Je me suis reconstruis sur cette idée et aujourd'hui, je suis le Seigneur de cette Maison que j'aime tant.
    Entre ces deux temps cependant, j'ai perdu mon frère. Je me suis imposé contre sa folie et depuis, une distance a émergée entre nous. Je suis devenu le Veilleur. Celui qui l'observe, qui garde un œil sur lui, son ennemi. J'espère pouvoir le retrouver. Me glisser de nouveau entre les barrières qu'il a construit et instiller le doute en lui. Je pense qu'il sait que je suis capable de faire tomber ses certitudes tout comme il influence les miennes.
    J'ai souvent fait des cauchemars. C'est terminé désormais. De mon passé, il ne me reste qu'une seule chose : un visage. Celui d'une femme aux yeux de saphir. L'ai-je aimée ? Je n'en ai plus la certitude. Elle devient floue, tout comme le reste. Mais je crois que si je devais avoir un regret, ce serait de ne pas l'avoir rencontrée de nouveau. Fixer ce rêve oublié serait peut-être une manière de plonger dans une réalité brute un songe mélancolique. Ainsi, je découvrirais qu'elle n'est plus rien pour moi, comme tous les autres, et je reprendrais ma vie.
    Je suis navré de devoir te répondre non. Dire que je me sens complet serait mentir ; mais cela n'a aucune importance. Je me sens vivant. Je me sens moi-même. Je n'ai qu'un désir : me reconstruire. Oui, la solitude m'envahit souvent. Je souhaite simplement être capable de reconstruire aussi mes liens et de trouver des personnes importantes dans ma vie. Sur ce point, je crois que je te rejoins. J'aimerais me faire une nouvelle part d'identité dans mes rencontres ; bien que cela prendra moins d'importance que ma Maison, je le crains. Cependant, ces terres ne sont-elles pas également celles de mes Paladins ? J'espère pouvoir être un bon Seigneur à leurs yeux.
    Bienvenue dans la Maison du Vent, jeune Aaren des Mystères. J'espère que tu pourras trouver le nouveau départ que tu désires. »


    Après cette longue tirade, le silence tomba lourdement sur la chambre. Seul le crépitement chaud du feu dans l'âtre venait troubler l'échange de regards. Likolo frissonna. Un mauvais pressentiment pesait dans son esprit. Ondulation inquiétante à la surface d'une eau claire, un souvenir flou tentait de percer sa mémoire.
    Pirate...

    « J'ai la sensation que tu ne devrais pas chercher à savoir, toi non plus. »

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MessageSujet: Re: A tout ce que nous fûmes et serons [Likolo]   Dim 10 Nov - 16:49


J'écoutai son histoire sans l'interrompre, le regard plongé dans le sien. Ainsi donc il était mort. Pour mieux renaître. Mieux ? Cela dépendait du point de vue. Je restai silencieux à l'évocation de sa souffrance, bien que mon corps entier y réagi, frissonnant de terreur à cette idée d'insurmontable douleur. La mort n'est-elle pas alors préférable? J'ignorais tout de la souffrance physique. Je n'avais connu des batailles que l'humiliation de la défaite, et je ne savais de la douleur que ce que j'avais vu chez les autres. Mon corps avait toujours été intact, ce qui, pour un guerrier de mon âge, relevait du miracle... ou bien était simplement le témoin de ma lâcheté. Etais-je lâche ou sage d'éviter tout combat ? Je l'ignorais moi-même.

Vins son réveil solitaire. Je m'imaginai à sa place, agonisant sur un sol qui ne me portait plus mais me retenait prisonnier, hurlant dans des ténèbres qui engloutissaient mes cris et les étouffaient en ne m'en laissant que les échos cruels, juste pour me rappeler qu'il n'y avait que moi. Moi et ma douleur.

Je me vois tourner la tête vers l'origine d'un bruit perçu, le coeur sursautant d'espoir. Et j'aperçois mon frère, enfin, qui vient me chercher, qui, grâce aux liens du sang peut-être, a retrouvé ma trace alors même que je me croyais perdu. Ce n'est pas un jeune homme aux cheveux roux mais un garçon aux cheveux noirs qui s'approche pour prendre soin de moi. Et je comprends Absence, tout en sentant que quelque chose dans son raisonnement m'échappait. Je savais ce que c'était que de vouloir prendre soin d'un frère qui semble tout faire pour nous éloigner. Je savais ce que c'était qu'aimer si fort, je savais ce que c'était que les responsabilités qui pèsent sur un grand frère. Je savais ce que c'était que de souhaiter ramener l'être qui nous est le plus proche sur le chemin qu'on a choisi et qu'on estime être juste. Oui, je comprenais. Mais j'ignorais cette haine qu'il me décrivait. Pirate m'aimait, de cela j'en étais sûr, et si un instant j'aurais cru qu'il me haïssait ainsi, je ne pense pas que je me serais tant accroché. Je l'aurais laissé partir. Je ne saisissais pas le paradoxe de son histoire. Pourquoi si Kuman le détestait l'avait-il soigné ? Et pourquoi cette haine ? Absence devait elle-même l'ignorer. J'avais mal pour lui. Une idée, discrète, presque fantomatique, vins s'insinuer dans ma tête. Kuman le haïssait et avait choisi de le soigner, de le ramener sur ses terres. Et s'il y avait un but derrière tout ça ? Et si c'était simplement pour pouvoir le manipuler à sa guise ? Qu'avait-il révélé à mon Absence pour qu'il décide de ne rien savoir de plus ? Et si ce refus venait seulement de son frère ? Au fond de moi naquit une flamme, brûlant pour cet être qui m'avait peut-être pris ma Présence. Je me promis de tirer cela au clair. Lorsque je le reverrais. Car je l'avais croisé, quelques jours plus tôt, avant même de retourner sur mes terres. Cette rencontre avait laissé un goût amer et, surtout, un terrible pressentiment. Absence savait que cet homme n'était pas bon. Pourquoi risquer de sacrifier la Maison pour tenter de le sauver de... de quoi ? De lui-même ? Je commençai à percevoir que mon héros d'enfance pouvait faire des erreurs. Il n'avait pas tant changé, finalement. Il décidait toujours de voir le meilleur chez ceux qui respiraient le chaos. Et cela l'aveuglait, parfois. Un frisson me parcourut, mais cette fois, ce fut par appréhension. Quelque chose me disait que ce jumeau n'avait pas fini de faire entendre parler de lui.

Enfin, Absence répondit à ma question. Je ne fus pas surpris de sa réponse, pourtant, alors qu'il terminait sa tirade, je sentis de petites gouttes dessiner des sillons sur mes joues. Je ne détournai pas le regard, ne séchai pas mes larmes. Je les laissai couler, sans nul effort pour conserver dignité ou fierté. Je n'avais jamais accordé d'importance à ces mots-là. Absence me confirmait qu'il était absence et souhaitait le rester. L'entendre me dire ainsi qu'il ne chercherait pas à se souvenir de moi, ni de quiconque, finit de me briser. Je l'avais perdu pour de bon. Au moins, me dis-je, il n'était pas mort. Mais quelle était la différence, au fond ?

Un lourd silence s'abattit dans la pièce lorsqu'Absence se tut. Je rompis l'échange de regard afin de sécher mes yeux. J'éprouvais soudain une intense fatigue, comme si soudain quelque chose de lourd pesait sur mes épaules. Je mis un mot sur cette sensation, un mot qui devrait m'accompagner les jours suivants : langueur.

« J'ai la sensation que tu ne devrais pas chercher à savoir, toi non plus. »

Je relevai le visage vers mon Seigneur. Plus aucun sourire n'éclairait mes lèvres, plus aucun espoir ne brillait dans mes yeux. J'avais accepté, simplement, sa réponse, et, comme promis, je ne l'embêterais plus avec ça.

« Je te remercie, Likolo, pour ta confiance et tes mots. »

Son nom sonna bizarrement, lorsque je le prononçai, je n'avais pas l'habitude de l'utiliser. Mais il était temps que je m'y habitue. Il n'était plus ni Présence, ni Absence. Il était Likolo, mon Seigneur. Ce n'était plus un ami, ni un père. Juste... un leader. Mais... Moi qui étais persuadé qu'on ne pouvait savoir où on allait si on n'ignorais d'où l'on venait, je me demandai qui il pourrait guider, si lui-même était perdu et refusait de l'admettre. Je n'osai cependant pas lui poser la question.

« Nous ne sommes pas pareils toi et moi, ou du moins nous ne le sommes plus. Je vais chercher mon frère, même si j'ai peur de ce que je vais trouver, même si j'ai peur qu'il me rejette, qu'il m'en veuille, ou encore qu'il m'ait oublié... Je dois savoir, son souvenir pulse en moi, comme cette femme aux yeux bleus pour toi. »

Je marquai une pause, puis...

« Elle s'appelle Saphira, mais fut renommée Elikya De l'Obscur par la Maison de l'Ombre. Mon frère m'avait parlé d'elle à l'époque, ils se connaissaient. Aux dernières nouvelles, elle aurait perdu la mémoire elle aussi, et se ferait appeler l'Innommée. Ce ne sont que des rumeurs, néanmoins, mais je pense que c'est elle la femme que tu cherches. Je doute que tu trouves quoique ce soit si tu croises son chemin. »

Je baissai les yeux, retenant une énième larme.

« Moi en tout cas, je n'ai rien trouvé... »

J'inspirai profondément, pour reprendre mes esprits.

« Je serai loyal, Seigneur likolo, et je servirai ma Maison du mieux que je le pourrai. Merci pour ton pardon. Merci de m'accepter. Tu n'auras pas à le regretter. »

Je fixai une dernière fois ce regard qui avait tant signifié pour moi, ce corps qui m'avait porté, ces lèvres qui m'avaient enseigné tant de vérités... puis je me détournai vers la porte et sortis, la tête haute, le coeur en miette, et l'âme indécise.

(Je propose qu'on termine ce rp ici? =) Tu réponds et on clôture? =))
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MessageSujet: Re: A tout ce que nous fûmes et serons [Likolo]   Mar 12 Nov - 13:55



And this part was for her
And this part was for her
Does she remember ?

    Likolo resta immobile, statue de cire assise sur le sommier. Il ne broncha pas tandis qu’Aaren des Mystères quittait la pièce. Il ne prononça pas un seul mot pour lui répondre. Ne fit pas un seul geste pour le retenir. Ses yeux de miel fixaient les lattes de bois au sol où quelques gouttes mordorées, reste des larmes d’Aaren, dansaient sous les lueurs du feu. Qu’apportent les souvenirs si ce n’est de la souffrance ? Des heures passèrent sans autre mouvement que les flammes de l’âtre et sa respiration lente. Éteint, cet éclat d’espoir dans les yeux du jeune paladin. Pourtant ses larmes continuaient de briller sur le plancher. N’était-ce pas signe qu’une brisure laissait place à d’autres lumières ? Aaren apprendrait à grandir. La vie s’étend plus loin que nos absences. Nous ne sommes que poussières. Likolo espérait simplement qu’Aaren trouverait son frère mieux qu’il n’avait perdu sa Présence. Et puisque ce jeune paladin se trouvait désormais sous son toit, Likolo veillerait sur lui. Son regard vide se releva vers le feu et des reflets au fond de ses iris brûlèrent soudain de chaleur et de vie, contraste avec la tristesse qui s’en dégageait. Aaren se trompait. Aucun souvenir ne pulsait en Likolo. Ne restait que des ruines.

    Lentement, une larme coula sur la joue creusée du vieux Seigneur. Il pleura silencieusement sous la sombre chaleur de l’âtre. Presque indifférent, il porta la main à son visage et, étonné, découvrit les perles mouillées sur sa peau. D’où venaient-elles ? Likolo haussa les épaules pour lui-même. De la fatigue, sans doute. Parler à ce jeune paladin, être impuissant devant ses requêtes, l’avait ému plus qu’il n’escomptait. Il essuya ses larmes d’un revers de manche, se releva d’un geste, eut un léger vertige, puis se traîna jusqu’à son bureau. La nuit mêlée au feu éclairaient l’endroit d’un mélange de mystère et de bienveillance. Demain, Likolo devrait reprendre ses fonctions de Seigneur et assurer l’existence de ses paladins. Ce soir, il désirait être simplement…

    Qu’était-il ?

    Likolo tira la chaise de chêne, s’assit au bureau et dressa un magnifique encrier noir, seul luxe qu’il avait désiré garder. Une plume noble de son aigle royal, Uriel, y trempait. Ce soir, il désirait être Likolo. Au-delà des autres et des liens tissés. Au-delà des terres et des fonctions assumées. Il désirait être Likolo dans son essence même, dans son être profond, cette face du prisme de soi que seule la solitude savait révéler. Que seule l’écriture pouvait exprimer. Il déroula un parchemin délicat, saisit sa plume et traça un seul mot d’une encre de jais.

    Seul le bruit du silence accompagna la contemplation de Likolo. Ce mot tracé, unique, isolé au milieu du parchemin vierge, marque ébène étrange et distante. Likolo le fixa, plongea dans ses lettres, l’imprima dans sa mémoire, lui appliqua divers sens, sans jamais en résoudre l’énigme.

    Il le ratura d’un trait net et droit.

    Rayure profonde, cicatrice noire ouverte sur le néant, inexistence.

Elikya

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